Francophonie: les critères d’admission sont à revoir, dit la secrétaire générale

Louise Mushikiwabo s’intéresse à l’expansion de la langue française dans l’univers numérique, à la formation des enseignants, à l’entrepreneuriat féminin et particulièrement à l’éducation des filles en Afrique.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Louise Mushikiwabo s’intéresse à l’expansion de la langue française dans l’univers numérique, à la formation des enseignants, à l’entrepreneuriat féminin et particulièrement à l’éducation des filles en Afrique.

Les critères d’admission imposés aux pays désireux de faire partie de la Francophonie sont à revoir, selon la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Louise Mushikiwabo.

Mme Mushikiwabo propose d’ailleurs de décréter un moratoire sur d’éventuelles nouvelles adhésions d’ici le prochain Sommet de la Francophonie, afin de mener une réflexion sérieuse sur le sujet.

Elle tient à ce que cette question soit à l’ordre du jour du prochain Sommet de la Francophonie, qui se tiendra à Tunis, en novembre 2020, un événement au cours duquel on soulignera par ailleurs les 50 ans de cette organisation.

C’est ce qu’elle a indiqué mardi durant une rencontre de presse tenue en marge de sa visite de quelques jours au Québec.

Voilà « une question importante sur laquelle le sommet de Tunis devra se pencher », a dit Mme Mushikiwabo lorsqu’elle a été invitée à dire si le temps était venu de revoir, voire de resserrer, les critères d’adhésion à l’organisation internationale, aux contours identitaires encore mal définis après un demi-siècle d’existence.

Dans plusieurs pays membres, qu’on pense à l’Arménie, à l’Égypte ou au Vietnam, pour ne nommer que ceux-là, la langue française n’est parlée que par une fraction congrue, voire infinitésimale, de la population.

L’an dernier, en Arménie, lors du dernier sommet, la demande d’adhésion de l’Arabie saoudite, qui n’a pas la réputation d’afficher un attachement particulier à la langue de Molière, avait créé un malaise, aggravé par son dossier noir quant au respect des droits de la personne.

Finalement, devant le tollé, Riyad avait retiré sa candidature, renonçant pour l’instant à devenir membre observateur de l’OIF. N’empêche. Cette histoire montre que le risque de voir la Francophonie se transformer en auberge espagnole est bien réel.

« La langue française n’est pas une fin en soi. C’est ce qu’on peut faire avec la langue française » qui compte, dit Mme Mushikiwabo, soucieuse de voir l’organisation refléter l’état des lieux actuel et non celui d’il y a 50 ans.

Priorités

La nouvelle secrétaire générale revendique une Francophonie « des temps présents ». Car « la Francophonie de 1970 est très différente de la Francophonie de 2020 », selon elle.

Elle s’intéresse par exemple à l’expansion de la langue française dans l’univers numérique, à la formation des enseignants, à l’entrepreneuriat féminin et particulièrement à l’éducation des filles en Afrique, le continent où se jouera l’avenir de la langue française.

Les budgets de l’OIF doivent augmenter, mais l’organisation doit d’abord fairele ménage dans ses états financiers avant « de demander une contribution supplémentaire » aux membres, a dit la secrétaire générale, accompagnée pour la circonstance de son bras droit, la Québécoise Catherine Cano.

L’an dernier, l’OIF a dû puiser dans son fonds de réserve pour boucler son budget annuel.

Nommée en octobre, Mme Mushikiwabo n’a toujours pas de résidence fixe. Elle dit vouloir avoir un portrait détaillé des finances de l’organisation avant de décider si elle va louer ou acheter un appartement à Paris, où est situé le siège de l’organisation.

En matinée, la secrétaire générale s’est entretenue avec le premier ministre François Legault à son cabinet.