Une ONG américaine s’efforce de faciliter l’accès aux pilules abortives

Des manifestants ont dénoncé la fermeture de la dernière clinique d’avortement à Saint Louis, Missouri, le 30 mai.
Photo: Jacob Moscovitch Agence France-Presse Des manifestants ont dénoncé la fermeture de la dernière clinique d’avortement à Saint Louis, Missouri, le 30 mai.

Au pays de Donald Trump, l’offensive pour annuler l’arrêt « Roe c. Wade » représente un sérieux recul pour l’accès à l’interruption volontaire de grossesse. Mardi dernier, les Nations unies faisaient appel aux autorités américaines pour assurer l’accès à des procédures d’IVG sécuritaires, évoquant comment la loi restrictive votée en Alabama pourrait ouvrir la voie à des réseaux d’avortements illégaux et risqués.

Aux États-Unis, des manifestantes sortent ces jours-ci dans les rues, brandissant des cintres en guise de sanglants rappels des IVG illégales d’antan. Or, à l’heure de la pharmacologie en ligne et des réseaux de soutien pour les femmes plus vulnérables, l’avortement informel sort au grand jour et se porte au secours de celles pour qui l’étau se resserre. Dans tel contexte, les services postaux pourraient être les meilleurs alliés des femmes.

L’entrée en scène de l’avortement pharmacologique — exécuté en combinant deux médicaments, le misoprostol et la mifepristone — rend obsolète le recours aux méthodes d’IVG moyenâgeuses. Dans un tel contexte, plusieurs femmes remettent les cintres au placard, se tournant vers l’avortement « maison », procédure rendue possible par le commerce en ligne.

« Depuis les six derniers mois, nous avons reçu des demandes de 21 000 personnes. Cela démontre que les gens recherchent activement des services d’avortement. L’aspect confidentiel et pratique de ce que nous offrons est perçu comme une issue bénéfique, dans le climat politique horrible qui règne actuellement aux États-Unis. Le jour du jugement en Alabama, nous avons reçu de nombreux appels de gens qui voulaient se procurer la pilule abortive », explique au téléphone Elisa Wells, cofondatrice de l’organisme Plan C, qui oeuvre depuis 2015 à bâtir un mouvement pour un meilleur accès à la pilule abortive pour ses concitoyennes américaines.

Elisa Wells et l’autre cofondatrice de Plan C, Francine Coeytaux, sont toutes deux des militantes de longue date en matière de santé reproductive. C’est lors d’un voyage en Éthiopie qu’elles ont décidé de fonder leur ONG axée sur l’accès plus démocratisé à l’IVG. « Nous voyions des femmes sortir de la pharmacie avec un kit d’avortement à 5 $-10 $, dans ce pays où le système de santé vit de très grands défis. Pendant ce temps, chez nous, aux États-Unis, de tels services nous sont interdits pour des raisons politiques. »

La mission de Plan C consiste à accomplir un travail de repérage et d’évaluation (en collaboration avec d’autres chercheurs) des sites d’achat en ligne de pilules abortives en évaluant leur validité par l’entremise de bulletins de notes. Les cofondatrices de l’organisme entendent également apporter du soutien aux personnes marginalisées en fonction de leur race, de leur statut socio-économique et de leur identité de genre. Elles entretiennent des liens avec des doulas d’avortement et des réseaux informels de soins offerts aux femmes qui décident d’avorter. « Avant tout, nous croyons en la capacité des gens de prendre des décisions qui les concernent. »