Inondations: des maires sinistrés se sentent abandonnés par Québec et Ottawa

Des milliers de sacs de sable ont été empilés par endroits afin de limiter les dégâts.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Des milliers de sacs de sable ont été empilés par endroits afin de limiter les dégâts.

« On a vraiment besoin d’un blitz de l’armée ; qu’ils viennent nous aider pendant deux ou trois jours pour tout libérer ça », implore Michel Bourdeau, maire de la municipalité de Terrasse-Vaudreuil, aux prises depuis maintenant 38 jours avec des inondations historiques.

« Les sinistrés sont fatigués ; ils sont brûlés. » Et pourtant, contrairement à 2017, l’armée n’aidera pas les citoyens de la MRC de Vaudreuil-Soulanges pour l’opération de nettoyage.

Une poche de sable gorgée d’eau peut peser de 50 à 60 livres, souligne M. Bourdeau en entrevue. Des milliers de sacs de sable ont été empilés par endroits. « Les citoyens ne seront pas capables. Et il y a des personnes âgées. »

Les mesures d’urgence sont encore en vigueur dans neuf municipalités de la MRC située à l’ouest de l’île de Montréal. Toutes sont encore inondées.

« Le ministère de la Sécurité publique nous dit que l’armée ne viendra pas sur les terrains des citoyens, que les soldats vont juste aider à libérer les routes et les terrains municipaux. Mais ce sont les citoyens qui ont besoin d’aide », insiste le maire. « Des gens vont tomber en dépression. »

Se disant oubliés par Québec et Ottawa, les maires des neuf municipalités de la MRC ont directement interpellé les premiers ministres François Legault et Justin Trudeau, mercredi, dans une lettre ouverte intitulée Les caméras se retirent… le gouvernement aussi.

D’une voix commune, ils réclament une aide financière et logistique rapide et concrète et dénoncent ce qu’ils perçoivent comme un désengagement des deux paliers de gouvernement. « Vos gouvernements semblent avoir déjà tourné la page sur cet événement et semblent insensibles aux demandes des municipalités qui sont aux premières loges des inondations », écrivent les neuf signataires.

À Terrasse-Vaudreuil, une soixantaine de maisons sont encore inondées. « C’est vraiment un cri du coeur qu’on envoie aux gouvernements », souligne M. Bourdeau. « Les inondations sont loin d’être finies. Ça commence seulement à descendre. » Le retour à la normale est prévu pour le 10 juin. « Le temps est en train de gruger les sinistrés. »

Coûts faramineux

Les neuf municipalités demandent une nouvelle fois au gouvernement Legault de prendre en charge la totalité des frais liés à l’hébergement d’urgence, comme ce fut le cas lors des inondations de 2017. « En vous engageant auprès des municipalités sur des périodes de 15 jours en 15 jours, vous placez ces dernières dans une position insoutenable », dénoncent les maires.

Actuellement, Québec se charge de 75 % des frais d’hébergement et de soutien alimentaire et les municipalités doivent payer les 25 % restants. Aucune planification à long terme n’est en vigueur ; les ententes avec Québec devant être renouvelées toutes les deux semaines. Les chambres d’hôtel ne peuvent ainsi être réservées que pour de courtes périodes. En raison de mariages ou de réservations touristiques, certains sinistrés ont été contraints de changer d’hôtel, certains à plus d’une reprise.

Avec la décrue beaucoup plus lente cette année, la note pour l’hébergement et le soutien alimentaire s’annonce particulièrement salée. Les maires disent craindre pour la santé financière de leurs petites municipalités. « Et je vous rappelle que les municipalités n’ont pas le droit de présenter un déficit », souffle Michel Bourdeau.

Dans leur missive, les neuf maires déplorent également des communications déficientes avec le gouvernement du Québec. La dernière téléconférence entre le ministère de la Sécurité publique et les municipalités touchées remonte au 18 avril, aucune consultation publique n’est prévue et un seul bureau de rétablissement temporaire sera ouvert à Rigaud, les 30 et 31 mai, notent-ils. « Ne trouvez-vous pas cette situation déplorable ? », lancent-ils à l’adresse du premier ministre Legault.

Échos à Québec

À Québec, la députée libérale de Vaudreuil, Marie-Claude Nichols, a fait écho aux demandes des maires. « Les modalités (pour les frais pris en charge par le gouvernement) ont changé ; les municipalités ne reçoivent que l’aide aux deux semaines. […] C’est aux 14 jours que les sinistrés jouent à la chaise musicale », s’est-elle insurgée lors de la période de questions. Certains sinistrés étaient présents à l’Assemblée nationale pour l’occasion.

« Chaque fois que le besoin s’est fait sentir, j’ai accordé une prolongation pour rendre les dépenses d’hébergement admissibles à un remboursement gouvernemental », a répondu la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

La ville de Rigaud confirme avoir obtenu une prolongation jusqu’au 19 juin pour la prise en charge de 75 % des frais d’hébergement d’urgence et pour le soutien alimentaire. « C’est la seule chose qu’on a réussi à avoir, un 15 jours de plus, souligne Marie-Andrée Gagnon, directrice des communications pour la municipalité de Rigaud. Mais on finit par devoir encore payer 25 % des frais. »

La ministre Guilbault assure que son cabinet demeure en communication étroite avec la mairie de Rigaud. « Nous sommes en action directement sur place », a-t-elle insisté. La ministre ira d’ailleurs à la rencontre des maires jeudi.

Ni le ministère québécois de la Sécurité publique ni les Forces armées canadiennes n’ont voulu nous détailler le mandat exact confié aux Forces armées canadiennes pour l’opération de nettoyage dans la MRC de Vaudreuil-Soulanges.

Avec Dave Noël

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