Matières résiduelles - Le compostage comme solution

Les Québécois produisent 20 tonnes de matières résiduelles chaque minute. Une quantité importante si l'on considère l'objectif que s'est fixé la province pour 2008: récupérer 65 % des matières recyclables. Présentation de deux lauréats de Phénix de l'environnement ayant contribué à la mise en valeur de matières résiduelles.

Compospro est un centre de compostage de La Malbaie, créé il y a un peu plus de deux ans par le propriétaire d'une pépinière de la région, Jean-Claude Bernier. Ce projet fait suite à un besoin exprimé par 11 producteurs de volaille. «Les éleveurs de volaille avaient du fumier dont ils voulaient se débarrasser et nous, à la pépinière, on avait besoin de compost», résume M. Bernier. À partir de là, les choses se sont enchaînées. Après un investissement de 2,3 millions de dollars, Compospro est rapidement devenu le centre de traitement des fumiers de la région, permettant ainsi une gestion de divers résidus.

«C'est une réussite sur toute la ligne, car on a pris des risques en se lançant dans cette aventure. On a mis beaucoup d'efforts et aujourd'hui, ça fonctionne», enchaîne son créateur. Déjà, lors de sa première année d'exploitation, le centre traitait près de 9300 m3 et produisait ainsi plus de 7300 m3 de compost.

Le site de compostage de Compospro se divise principalement en deux aires de production. La première sert à l'entreposage des intrants et au compostage. C'est là, entre autres, qu'on traite les lixiviats — eau chargée de polluants. La seconde est constituée de serres jumelées et sert à la fabrication du compost.

Les effets positifs sont visibles. «Il y a beaucoup moins d'odeurs que lorsqu'on faisait directement l'épandage du fumier sur les terres, et les liquides néfastes qui émanaient du compost traditionnel ont presque disparu», explique-t-il. À la suite du traitement, les «bactéries et les coliformes fécaux disparaissent, et le taux de minéraux devient plus stable».

Évidemment, Compospro perçoit son Phénix dans la catégorie «Mise en valeur de matières résiduelles — entreprise de compostage» comme une reconnaissance pour le travail accompli. Jean Bernier profite de l'occasion pour soutenir qu'une agriculture respectueuse de l'environnement est possible mais que, pour y arriver, «il faut créer un équilibre équitable entre les intérêts du producteur, du distributeur et du consommateur».



Bell Canada

Pour sa part, depuis janvier 1993, Bell Canada applique une politique de protection de l'environnement qui vise la réduction des impacts de ses activités sur l'environnement. Le Programme de gestion des matières résiduelles met en avant le principe des 3RV (réduire, réutiliser, recycler et valoriser). Dix ans plus tard, les résultats commencent à se faire sentir.

Le programme de collecte à permis la récolte, entre autres, de 181 tonnes de matières résiduelles dangereuses (aérosols, chiffons contaminés, piles alcalines et rechargeables, etc.) en Ontario et au Québec. À titre d'exemple: 1000 tonnes de batteries de centraux désuètes ont été envoyées au recyclage au cours de la dernière année. «C'est vraiment une réussite et c'est pour cela qu'on n'hésite pas à la publiciser», note un gestionnaire de projet en environnement de Bell Canada, François Nerron.

L'idée de départ vient d'une question toute simple: qu'est-ce qui était jeté et qu'on pouvait récupérer? Le lauréat du Phénix pour la catégorie «Mise en valeur des matières résiduelles — programme de réduction de ses résidus» a rapidement constaté que certaines matières résiduelles comme le cuivre, l'acier et le plomb prenaient le chemin du dépotoir alors qu'elles auraient facilement pu connaître une seconde existence. Bell a donc remédié à la situation. Ainsi, l'équipement jugé en bon état de fonctionnement est revendu à des fins de réutilisation. En 2003, on estimait à 5444 tonnes les matières résiduelles recueillies dans l'ensemble des centres de travail centraux de l'entreprise.

«Avec notre programme, on ratisse large», note M. Nerron. En plus de recycler certaines matières, Bell a mis sur pied un centre de formation en entreprise et récupération (CFER). Celui-ci recueille et trie les matières recyclables produites par 14 centres de travail du Québec. Mais surtout, le CFER est une école qui propose une formation en recyclage à de jeunes adultes sans travail et sans diplôme d'études secondaires. Bell participe également aux programmes Ordinateurs pour les écoles du Québec et Computers for Schools du Canada. Dans le cadre de ces projets, il a jusqu'à présent donné près de 13 000 ordinateurs.

L'entreprise, qui injecte environ 13 millions de dollars annuellement dans son programme environnemental, en est maintenant à l'étape de consolidation. Au cours des prochaines années, Bell devrait perfectionner les structures déjà existantes comme le programme Zéro Déchet et le programme Recycler-Réutiliser-Recomposer. «On devrait les élargir à toutes les filiales, Bell Mobilité et Sympatico par exemple», précise François Nerron.

Par ailleurs, l'entreprise se défend bien d'utiliser son programme à des fins de marketing. Car «au-delà de l'image, il y a la substance», conclut le responsable en environnement.