Les zoos dans la ligne de mire

Certaines institutions, comme le Zoo de Granby, sont partie prenante de programmes de recherche voués à la protection d’espèces menacées et consacrent de vastes portions de leurs profits à ces activités.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Certaines institutions, comme le Zoo de Granby, sont partie prenante de programmes de recherche voués à la protection d’espèces menacées et consacrent de vastes portions de leurs profits à ces activités.

Depuis le début de cette semaine, la ménagerie qui regroupe une centaine de lions, tigres, alpagas, zèbres, ours, kangourous et primates victimes d’actes de cruauté et de négligence — dont est accusé le propriétaire du Zoo de Saint-Édouard, Normand Trahan — est dispersée dans des lieux plus adaptés et plus hospitaliers. L’enquête criminelle menée par la SPCA de Montréal, qui a conduit à l’arrestation du propriétaire de l’établissement mauricien, a soulevé de profondes questions quant aux bonnes pratiques des zoos.

« Ce processus d’enquête est le résultat d’un signalement de quelqu’un qui a visité le zoo et a constaté de la maltraitance. En apprenant que le Zoo de Saint-Édouard avait été condamné à plusieurs reprises, mais avait toujours réussi à retrouver son permis, on s’est posé des questions à savoir si le système fonctionnait bien », indique Me Sophie Gaillard, directrice de la défense des animaux et responsable de l’opération de la SPCA.

« C’est la première fois qu’une saisie d’animaux de cette envergure est faite dans un jardin zoologique. Nous sommesl’une des seules organisations au monde à nous pencher sur toutes les espèces animales dans l’optique d’améliorer les lois, les restrictions, les conditions de permis qui visent les animaux en captivité », ajoute Eva Demianowicz, responsable de campagne pour Humane Society International, l’organisme qui se charge de l’opération de sauvetage du Zoo de Saint-Édouard.

« Pour assurer le placement des animaux exotiques du Zoo de Saint-Édouard, nous avons fait appel à notre réseau de partenaires qui compte plusieurs refuges en Amérique du Nord et aux États-Unis. Ces endroits appliquent les standards de garde les plus élevés », évoque la porte-parole de HSI.

Si la saisie du Zoo de Saint-Édouard, en Mauricie — qui s’échelonnera sur plusieurs semaines —, représente une première poursuite criminelle pour cause de cruauté animale au Québec, l’éthique des zoos est une préoccupation qui revient périodiquement dans le discours public, dans un contexte de prolifération d’images et d’opinions sur la vie animale sur le Web.

« On constate que les mentalités quant aux droits des animaux évoluent. On sent que le public est derrière nous pour faire appliquer les lois qui protègent les animaux de compagnie commeles animaux exotiques. Depuis 10-15 ans, les peines sont plus sévères pour les cas de cruauté et de négligence », indique Me Sophie Gaillard.

Changement de mentalités

En 2014, le sort de Marius, une jeune et saine girafe du Zoo de Copenhague euthanasiée et donnée aux lions (par crainte de consanguinité), a suscité une levée de boucliers parmi les défenseurs des droits des animaux dans le monde entier. En mai 2016, une bonne partie de la planète Facebook s’est indignée après avoir assisté sur YouTube à la mise à mort de Harambe, un gorille de 17 ans qui menaçait la vie d’un petit garçon de trois ans qui s’était malencontreusement retrouvé dans un enclos du Zoo de Cincinnati.

Certains font du très bon travail de conservation et traitent adéquatement les animaux

Et depuis que la planète Facebook a crié son indignation à l’endroit du dentiste américain qui a assassiné le lion Cecil, le rapport « touristes et animaux exotiques » revient ponctuellement dansla conversation à l’ère de la réflexion sur les espèces menacées d’extinction dans l’Anthropocène.

Recherche ou tourisme ?

Reste que tout n’est pas noir ou blanc dans la réflexion sur la pertinence des zoos, presque 100 ans après l’ouverture de celui de Londres, plus vieux parc zoologique de la planète.

Certains, comme le Zoo de Granby, sont partie prenante de programmes de recherche voués à la protection d’espèces menacées et consacrent de vastes portions de leurs profits à ces activités.

Un autre argument des « pro-zoos » est qu’ils permettent à des personnes assoiffées de connaissances fauniques, qui n’ont pas les moyens de s’offrir un safari en Afrique, d’avoir un contact avec des espèces exotiques.

« Nous sommes à la fois horrifiés et très inquiets d’avoir appris que des animaux exotiques avaient subi de telles maltraitances », indique Susan Shafer, directrice générale de l’Association des zoos et aquariums du Canada (AZAC), qui craint que les accusations à l’endroit du Zoo de Saint-Édouard ne provoquent une généralisation négative à l’endroit des zoos.

« Certains font du très bon travail de conservation et traitent adéquatement les animaux », souligne Susan Shafer, qui indique qu’au Québec, 7 établissements (sur 40) se sont volontairement soumis au processus d’accréditation pour atteindre les meilleures pratiques en matière de bien-être, de santé, de nutrition et de protection du public. Il s’agit de l’écomusée, du Zoo de Saint-Félicien, du Zoo de Granby, du Parc Safari, de l’Aquarium de Québec, du Biodôme et du parc Omega.

Ces sites, soutient Susan Shafer, procurent aux animaux un plan de la « naissance à la mort » et des aménagements appropriés aux espèces qu’ils hébergent.

Vie en captivité

En contrepartie, des philosophes qui réfléchissent au rapport entre humains et non-humains et à la santé des écosystèmes dénoncent le caractère oppressif de la vie en captivité.

« Les cages des zoos contribuent à forger la division humain-animal. Les zoos enseignent aux enfants que les animaux n’ont pas le droit à la liberté ou à la vie privée, ou encore à un quelconque droit fondamental de vivre librement », écrivaient dans un texte éditorial du Globe and Mail les philosophes Sue Donaldson et Will Kymlicka, coauteurs de l’ouvrage Zoopolis. Une théorie politique des droits des animaux.

Pendant ce temps, le manque de ressources et l’absence d’accréditation officielle pour encadrer et surveiller les pratiques d’individus et de petits établissements en possession d’animaux exotiques laissent la voie ouverte à des pratiques abusives ou négligentes, affirme Eva Demianowicz.

« C’est un domaine qui manque de ressources et qui demande un certain réveil de la part des autorités, afin de resserrer les normes et d’intervenir plus régulièrement. »