L’amour au temps de la retraite

Jessica Dostie Collaboration spéciale
Trouver l’amour est parfois même encore plus enrichissant en vieillissant.
Photo: iStock Trouver l’amour est parfois même encore plus enrichissant en vieillissant.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

L’amour n’a pas d’âge. Comment refaire sa vie après un deuil ou une séparation ? Une introspection s’impose.

Diane (prénom fictif) vient de prendre sa retraite. Divorcée à la fin des années 1980, elle se rend compte qu’elle n’a pas fait son deuil de cette relation. Plus encore : sans le travail pour anesthésier ses émotions, la nouvelle retraitée constate qu’elle ressent toujours de la colère envers son ex-conjoint et, par extension, envers les hommes en général.

Des femmes (et des hommes) comme Diane, qui veulent guérir pour mieux vivre leur prochaine histoire d’amour, la thérapeute du deuil Suzanne Bernard en a vu régulièrement en 30 années de pratique. « Pour se donner les meilleures chances de réussite quand on retombe amoureux, affirme-t-elle, il faut d’abord avoir fait la paix avec le passé. » Et pas besoin de consulter un spécialiste pour y arriver, indique l’auteure d’Et si la mort m’aidait à vivre ? (Le Dauphin blanc).

Remettre les compteurs à zéro

Comment avancer sans traîner un boulet ? « Le deuil, que ce soit à la suite d’une rupture ou d’un décès, est un processus qui n’a rien de concret, précise la thérapeute, qui a fait un doctorat sur le sujet. C’est un travail intérieur qu’on accomplit avec une intention, celle de guérir la souffrance reliée aux pertes et aux deuils antérieurs. » Le processus et sa durée varient ainsi considérablement d’une personne à l’autre.

Pour certaines personnes, le deuil peut « se rapprocher d’un stress post-traumatique », analyse pour sa part Gilles Trudel, psychologue et professeur titulaire à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Même s’il n’existe pas de recette toute faite, ce cheminement repose typiquement sur quatre étapes : le choc et la négation (le moment où la personne apprend la nouvelle de la rupture ou du décès), l’expression des émotions (étape cruciale et difficile où la personne est amenée à admettre sa douleur), l’étape des choses non finies (qui lui permet de se distancier des émotions et de s’interroger sur le sens de la perte), puis le pardon et le « laisser partir » (un travail symbolique accompli grâce à la méditation, notamment).

« C’est une fausse croyance de penser qu’on va régler notre deuil en nous engageant rapidement dans une nouvelle relation », ajoute la thérapeute. Bien que ce soit tentant, la substitution n’aura pour effet que de mettre un baume en anesthésiant temporairement les émotions. « C’est une relation qui risque de ne pas durer, insiste Mme Bernard. Je remarque que les gens sont souvent trop impatients et ne prennent pas le temps de bien vivre leur deuil jusqu’à la fin. »

Il n’est pas vrai non plus que le temps seul va arranger les choses, rappelle-t-elle. « Si les émotions n’ont pas été nettoyées, elles ne disparaîtront pas par magie. C’est un peu comme mettre une grosse patch par-dessus [notre peine] ; ça restera là quand même. » Et parfois, comme Diane, c’est seulement à l’âge de la retraite, après avoir été dans l’action pendant plusieurs années, qu’on s’en aperçoit.

Après le deuil

Oui, il y a une vie après la quatrième et dernière étape, celle du « laisser partir ». Suzanne Bernard évoque le cas d’une dame qu’elle a reçue en consultation. À 60 ans, elle vivait très mal le deuil de son mari, qu’elle avait beaucoup aimé et accompagné jusque dans la mort. « Elle a eu le courage de traverser toutes les étapes puis, quelques années plus tard, elle a rencontré quelqu’un et elle s’est finalement remariée. À 70 ans ! »

L’amour n’a pas d’âge, donc. C’est parfois même encore plus enrichissant en vieillissant, selon Mme Bernard, puisque chaque partenaire aura eu le temps de développer son identité personnelle à l’extérieur du couple. « Pour autant que chacun ait résolu ses deuils antérieurs. »