Septuagénaire et heureux de l’être

Catherine Couturier Collaboration spéciale
Certains chercheurs avancent que le niveau de bonheur moyen arriverait à son paroxisme à 20 ans et à 70 ans.
Photo: iStock Certains chercheurs avancent que le niveau de bonheur moyen arriverait à son paroxisme à 20 ans et à 70 ans.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Moins de stress, plus de temps, plus de stabilité. Les septuagénaires se diraient plus heureux que les jeunes — est-ce que 70 ans est le nouveau 20 ans ?

Alors que les piètres conditions de vie dans les CHSLD font les manchettes au Québec, plusieurs études réalisées ces dernières années avancent que les personnes âgées seraient plus enclines au bonheur que leurs cadets. Une enquête de Statistique Canada parue en 2018 rapportait ainsi que les personnes âgées de 60 à 80 ans étaient plus satisfaites à l’égard de la vie que les plus jeunes. Le niveau de satisfaction s’accroissait même avec l’âge !

Apogée du bonheur

« C’est certain que les personnes de 70 ans sont arrivées à une stabilité dans leur vie », explique André Ledoux, membre de l’Observatoire vieillissement société et auteur de plusieurs livres sur le sujet. L’auteur et penseur croit que le fait d’avoir moins de préoccupations par rapport à ses enfants, atteint une certaine sécurité financière, et plus de temps libre amène une certaine sérénité à cet âge.

Un sondage de Revera, mené en collaboration avec Léger Marketing, avait également affirmé en 2012 que les aînés de 66 ans et plus envisageaient leur vieillissement avec optimisme. Une tendance émergerait également des études sur le bonheur dans les dernières années, celui d’un bonheur suivant une courbe en U. En effet, quoique le sexe, les circonstances et la personnalité jouent sur le bonheur, certains chercheurs avancent que le niveau de bonheur serait affecté par l’âge, 20 ans et 70 ans étant l’apogée du niveau de bonheur en moyenne.

Bonheur pour tous ?

Mais tout n’est pas rose. « Il faut bien entendu nuancer, ce n’est pas tout le monde qui va pouvoir arriver à ces éléments [moins de stress et de préoccupations, sécurité financière et temps libre] », ajoute M. Ledoux. « Les conditions de vieillissement sont aussi diverses que les vieillissements », rappelle Isabelle Van Pevenage, membre de l’équipe Vieillissement, exclusions sociales, solidarités (VIES).

« Quand on parle des personnes âgées, on s’imagine qu’elles sont toutes riches et oisives », illustre la sociologue de l’Université de Montréal. Or, vieillir peut comprendre son lot de stress, financiers ou autres, et d’inégalités.

« Il ne suffit pas d’être en santé pour être heureux », poursuit Mme Van Pevenage. Les « conditions gagnantes » du bonheur en vieillissant, outre l’accès à des soins de santé et à des structures de soin, comprennent aussi le maintien d’un réseau social. Un sujet sur lequel André Ledoux ne pourrait être plus d’accord : « C’est important d’avoir autour de soi des gens qui nous aiment, nous acceptent. »

Après la retraite, il est donc primordial de se rebâtir un réseau social : « Le secret d’une retraite heureuse réside dans le fait de rester actif et de briser l’isolement », explique Pier-Luc Turcotte, ergothérapeute. Bénévolat, jardinage, chorale ; l’important est de trouver une occupation significative et qui correspond à ses intérêts et à ses valeurs.

Certains éléments fondamentaux aident à être plus heureux, affirme M. Ledoux, comme une attitude positive vis-à-vis de la vie, et le lâcher-prise. Ces attitudes sont bonnes à tout âge… même si, ultimement, on acquiert une certaine « sagesse » en vieillissant. « À 70 ans, on a beaucoup plus de temps derrière soi que devant. C’est important d’en profiter », conseille André Ledoux.