La ville de demain est-elle pensée pour les aînés?

Martine Letarte Collaboration spéciale
Le défi d’inclure les aînés alors que la ville devient de plus en plus intelligente est réel. Et complexe.
Photo: iStock Le défi d’inclure les aînés alors que la ville devient de plus en plus intelligente est réel. Et complexe.

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Alors que la société est vieillissante, les villes deviennent de plus en plus intelligentes. Les aînés sont-ils suffisamment considérés dans cette transformation ? C’est ce qui a été discuté récemment à l’Université Concordia lors de l’événement B/OLD Vieillir dans notre ville, qui proposait deux jours de conférences publiques et une programmation de deux semaines à Espace 4, un lieu créé pour tisser des liens entre l’université et la communauté. Conclusion : le défi d’inclure les aînés alors que la ville devient de plus en plus intelligente est réel. Et complexe.

« On parle beaucoup de ville intelligente, avec le développement d’innovations et de technologies pour aider les collectivités et les populations aînées, mais dans ces discours, on oublie souvent de demander aux personnes âgées ce qu’elles veulent, on prend des décisions pour elles, ou on les exclut de la vision de la ville de demain qui est plus orientée vers la jeunesse », constate Constance Lafontaine, directrice associée du projet de recherche ACT qui se penche sur la question du vieillissement avec la prolifération de nouvelles formes de communication médiatisée.

Écouter les aînés

Avec engAGE, un centre de recherche sur le vieillissement, ACT a organisé cet événement thématique à Concordia. L’un des éléments déclencheurs a d’ailleurs été la consultation publique de la Ville de Montréal menée à l’hiver 2018 dans le cadre de la stratégie du gouvernement du Québec Municipalité amie des aînés. Cette démarche allait mener au Plan d’action municipal pour les personnes aînées 2018-2020. La consultation — menée en février avec le froid, la neige et les trottoirs souvent glacés ! — avait été annoncée en ligne. Puis, il y a eu un sondage, toujours en ligne. Après la publication d’une lettre ouverte d’ACT et engAGE, la démarche avait été bonifiée pour être plus inclusive.

« Depuis cinq ans, tous les ordres de gouvernement se tournent beaucoup vers des processus de consultation de la population en ligne, donc les réseaux sociaux, les sondages en ligne, des consultations annoncées en ligne, constate Constance Lafontaine. On se dit que les personnes âgées pourront répondre dans le confort de leur salon, qu’elles seront donc incluses, écoutées. Mais le problème, c’est que la population aînée n’est pas aussi présente en ligne que les plus jeunes. »

Elle mentionne particulièrement les gens de 75 ans et plus avec un faible taux de scolarité, qui vivent en condition de pauvreté.

« C’est la population qui est la moins en ligne, précise-t-elle. Cela fait en sorte que les réalités des personnes aînées marginalisées sont rendues complètement invisibles dans les consultations publiques. »

L’événement B/OLD Vieillir dans notre ville, tenu à l’Université Concordia, et auquel la Ville de Montréal a participé, soulignait donc le besoin d’élaborer des méthodes pour rejoindre les populations aînées qui sont dans une situation de vulnérabilité.

D’ailleurs, pas moins de 20 % des aînés vivent sous la mesure du faible revenu à Montréal, contrairement à 12 % à Toronto, à 7 % à Edmonton et à 13 % à Halifax. Et si on regarde par sexe, à Montréal, ce sont 25 % des femmes aînées et 17 % des hommes aînés.

« Il faut comprendre que la pauvreté et le vieillissement se vivent différemment d’une personne à une autre, selon le sexe, la langue parlée, le statut d’immigration, etc. Il y a une foule de questions auxquelles il faut penser lorsqu’on parle de vieillissement. »

Branchés, les aînés ?

80 % des aînés québécois disposent d’une connexion Internet à domicile, une hausse de 20 % par rapport à 2014.

60 % vont quotidiennement sur le Web, une hausse de 9 points de pourcentage en deux ans.

51 % possèdent une tablette électronique et plus du tiers (37 %) un téléphone intelligent, des augmentations de 12 et 11 points de pourcentage respectivement, en deux ans.

70 % sont d’avis que les technologies facilitent l’accès à des services sociaux ou à des soins de santé.

57 % voient également, grâce au Web, une porte ouverte vers un meilleur accès aux loisirs, permettant notamment des options de consommation à distance, le visionnement en direct ou la participation à des clubs de lecture par visioconférence.

40 % des aînés se disent très ou assez enthousiastes quant au futur des technologies et des objets intelligents comme partie intégrante de la vie quotidienne dans le foyer.

68 % croient que les technologies aident à renforcer le sentiment de sécurité à la maison.

58 % estiment que les technologies peuvent aider à briser l’isolement.

Source : NETendances 2018, Vieillir à l’ère numérique, CEFRIO