Kirby Jambon: le poète des bayous

Quand il était petit, Kirby Jambon refusait de parler français. Aujourd’hui, ce Franco-Louisianais du bayou Lafourche enseigne et publie en français. Il a même remporté le prix Henri de Régnier de l’Académie française pour l’un de ses recueils en 2014. Né de parents francophones, il a d’abord fait ses études, en anglais, comme tout le monde, pour devenir professeur. C’est au hasard d’un voyage au Nouveau-Brunswick, avec ses parents alors qu’il a 26 ans, qu’il découvre sa profonde identité francophone.

« J’avais l’impression de découvrir une partie de moi que j’avais perdue, dit-il, rencontré à l’école d’immersion française des Prairies, à Lafayette, où il enseigne. À partir de ce moment-là, j’ai demandé à mes parents de me parler seulement en français. » Il s’inscrit à l’Université Sainte-Anne, en Nouvelle-Écosse, terre de ses lointains ancêtres. « Je ne voulais pas parler en français si j’allais le parler mal », dit-il. De retour au pays, il enseigne en immersion française, puis écrit et publie de la poésie en français. « Pour écrire, j’avais des appréhensions au début », raconte-t-il. Un de ses compatriotes du bayou Lafourche, David Cheramie, publie d’abord un premier recueil de poésie en français. Kirby Jambon lui emboîte le pas et fait paraître L’école Gombo, son premier ouvrage. Il est publié par les Cahiers du Tintamarre, une petite maison d’édition francophone liée au Centennial College, dans le nord de la Louisiane.

« Mon père, qui m’a appris le français, ne pouvait pas le lire. Il n’avait jamais appris le français écrit. Alors je lui ai lu à voix haute », raconte-t-il.

En 2014, le prix de l’Académie française arrive comme un baume dans une communauté francophone qui s’est fait dire durant des siècles qu’elle bâclait le français. « Moi, je n’avais pas besoin de validation, mais je crois que la culture en a besoin. Et mes parents et mes grands-parents en avaient besoin. »

Le professeur demeure épaté que l’Académie française, cette instance qui dicte la manière d’écrire aux francophones du monde entier, décerne un prix à son recueil traversé d’expressions et de patois typiquement louisianais. « L’Académie française, sa responsabilité, c’est de normaliser la langue. Et avec toutes mes références, les expressions, le français de chez nous qui est dans le livre, ils ont donné un prix à ce livre ? C’était fou… » dit-il.

Ce patois, Kirby Jambon essaie de l’enseigner le plus possible à ses élèves, qui ne parlent pas français à la maison et apprennent un français standard à l’école. Mais il ne s’inquiète pas outre mesure de la perte de la langue vernaculaire. « Les langues évoluent, sinon elles crèvent, dit-il. On était en train de tout perdre. Mais certaines gens ont commencé à travailler notre culture et notre langue. Il y avait assez de français qui restait pour faire une fondation. »

Ce reportage a été financé grâce au soutien du Fonds de journalisme international Transat–Le Devoir.

Consultez la suite du dossier

Cajun ou cadien?

Cajun ou cadien?

Le français de Louisiane a évolué au rythme de ses métissages.