Des lacs, des chercheurs et des citoyens

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Le scientifique Yannick Huot (à droite) est responsable de l’ambitieux projet de recherche.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le scientifique Yannick Huot (à droite) est responsable de l’ambitieux projet de recherche.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Associé au Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie (GRIL), le projet Lake Pulse, dirigé par le scientifique Yannick Huot de l’Université de Sherbrooke, relève le défi d’échantillonner plus de 600 lacs au pays pour mesurer l’impact direct des êtres humains sur ceux-ci. À terme, on souhaite dresser un portrait pancanadien de la santé de nos lacs et ainsi comprendre, gérer et conserver les ressources d’eau douce du pays. Pour y arriver, on compte sur une vaillante équipe de chercheurs, étudiants, partenaires et citoyens intéressés par l’impact direct de l’homme sur la qualité de l’eau.

Le projet qui a vu le jour en 2016 entame sa troisième et dernière saison d’échantillonnage. Jusqu’à maintenant, même s’il est encore beaucoup trop tôt pour tirer quelque conclusion que ce soit, le chercheur Yannick Huot, qui dirige le projet, n’est pas surpris d’avoir noté des lacs en moins bonne santé qu’avant dans le sud de l’Ontario et dans les Prairies, où il y a plusieurs plans d’eau endommagés par l’agriculture.

« Dans les régions plus nordiques en revanche, il y a peu d’impacts humains directs sur les lacs, indique le chercheur. Bien entendu, il y a les effets des changements climatiques ou encore des pluies acides, mais pour le moment, nous nous concentrons sur l’impact direct humain lorsque les hommes sont présents dans le bassin versant. » Parmi les activités humaines qui viennent influencer la santé d’un lac, on retrouve entre autres l’agriculture, l’urbanisation par les routes, les ensembles résidentiels, commerciaux et industriels et la présence de fosses septiques près des lacs, tout particulièrement lorsqu’elles sont mal entretenues.

S’impliquer en tant que citoyen

La santé des lacs est l’affaire de tous et à terme, l’équipe de Lake Pulse espère que des mesures seront mises en œuvre pour contribuer à l’amélioration de la qualité des lacs et limiter l’impact humain sur ceux-ci. « Pour chacun des lacs, nous tenterons de bien faire comprendre aux gens ce qui a amené la mauvaise santé du plan d’eau. En comprenant pourquoi la santé du lac s’est dégradée, ils pourront mieux agir pour répondre à la problématique, espère le professeur au Département de géomatique appliquée. Toutefois, il arrive que certaines situations dépassent l’individu. Alors, s’ils souhaitent s’impliquer dans leur milieu ou dans leur association, il y aura des solutions pour eux. En travaillant collectivement, les choses pourront s’améliorer pour les lacs. »

Démocratiser la science

L’équipe du projet Lake Pulse, qui passe une grande partie de son temps sur le terrain, fait également de grands efforts pour bien expliquer la démarche scientifique et rendre le projet le plus accessible possible pour les citoyens, comme le soutient Yannick Huot : « Nous souhaitons rendre ça interactif, convivial et accessible. C’est quelque chose à quoi on tient beaucoup. Pour que ce soit utile pour les citoyens, la collecte de données et la présentation des résultats doivent être compréhensibles. »

Anaïs Oliva est candidate au doctorat à l’Université de Sherbrooke et a quitté la France pour se joindre à l’équipe de Lake Pulse. Celle qui s’intéresse à la télédétection appliquée aux lacs est d’avis que le succès d’un projet d’une telle envergure passe aussi par l’engagement des riverains : « On parle avec les gens, on répond à leurs questions et on attise leur curiosité. On tente de mettre la science à la disposition des citoyens. Si on veut que nos résultats soient connus, ça fait partie de notre rôle que de faire l’effort d’aller démystifier ça auprès des gens, ne serait-ce que de faire comprendre l’intérêt général du projet. »

Pour profiter des lacs encore longtemps

« Ce sont l’envergure nationale du projet et l’importante de la participation des citoyens qui m’ont attirée vers Lake Pulse. C’est peu fréquent dans les projets de recherche », souligne Cindy Paquette, étudiante au doctorat qui prépare son troisième et dernier été de collecte de données. Ses intérêts de recherche portent sur l’influence des activités humaines sur le zooplancton et la possibilité d’utiliser ce dernier comme indicateur de la qualité de l’eau d’un lac. « Avec des carottes de sédiments prélevées au point le plus profond du lac, on peut retourner à des centaines d’années en arrière et ainsi reconstruire l’histoire des changements dans les lacs et noter les perturbations humaines », résume-t-elle.

Mais d’un point de vue beaucoup plus concret, le temps qu’elle passe sur les berges et sur l’eau lui permet d’observer une chose qui ne fait pas de doute : « Les gens sont soucieux de la qualité de l’eau d’un lac. Ils sont accueillants, ils veulent en savoir plus, ils veulent s’impliquer. On est chanceux, au Québec, d’avoir des lacs en bonne santé, rappelle Cindy Paquette. Pour nous, avoir une maison au bord d’un lac signifie baignade, kayak, etc. Pourtant, il y a certaines régions marquées par l’agriculture ou les industries, où les citoyens n’ont plus accès aux lacs, tout simplement parce qu’on ne peut plus les utiliser. »

Pour sa part, Yannick Huot insiste sur le fait que Lake Pulse à lui seul ne pourra pas changer les choses et ajoute que ce sera aux gouvernements de mettre en place de nouvelles réglementations. La base de données qui dressera un portrait canadien de l’état de santé des lacs sera en ligne d’ici 2021. Elle fournira certainement toute l’information requise pour alimenter la réflexion et inviter les associations de riverains à s’impliquer davantage.

Cet été, pour conclure l’étape de collecte de données à l’échelle du pays, cinq équipes partiront vers la Colombie-Britannique, le Yukon, les Territoire du Nord-Ouest et l’Alberta, particulièrement la région touchée par l’exploitation des sables bitumineux.

Le projet Lake Pulse en chiffres

680 lacs à échantillonner sur une période de trois ans
47 étudiants à former
40 chercheurs et collaborateurs
13 universités canadiennes participantes
Des centaines de variables analysées pour chacun des lacs

Pour plus d'informations: http://lakepulse.ca