66 décès liés à la canicule à Montréal lors de l’été 2018

Les victimes sont mortes en majorité à leur domicile (80%), et les deux tiers d’entre elles étaient âgées de 65 ans et plus (66%).
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les victimes sont mortes en majorité à leur domicile (80%), et les deux tiers d’entre elles étaient âgées de 65 ans et plus (66%).

La vague de chaleur extrême qui a frappé le Québec l’été dernier a entraîné la mort de 66 personnes sur l’île de Montréal, révèle une enquête de la Direction régionale de santé publique (DRSP), publiée mercredi.

Entre le 30 juin et le 5 juillet 2018, les Montréalais ont dû supporter des températures extrêmes, atteignant pendant plusieurs jours entre 32 et 35,5 °C, et ne descendant pas en dessous de 20 °C même la nuit. Si les températures ont diminué à partir du 5 juillet, les effets de cette forte chaleur sur la santé de la population se sont fait ressentir plusieurs jours après, jusqu’au 8 juillet.

La DRSP a analysé l’ensemble des 328 décès survenus dans cette période sur le territoire montréalais, pour conclure que 66 d’entre eux étaient liés à la chaleur. Dans un bilan préliminaire, en juillet, 53 décès avaient été signalés comme étant liés à la canicule.

Selon le rapport, les victimes sont mortes en majorité à leur domicile (80 %), et les deux tiers d’entre elles étaient âgées de 65 ans et plus (66 %). Le faible revenu, l’isolement et les problèmes de santé mentale ou de maladies chroniques sont aussi des facteurs de risque importants lors des canicules, a précisé la directrice de la DRSP de Montréal, la Dre Mylène Drouin, en conférence de presse mercredi. Parmi les personnes décédées à Montréal, 72 % souffraient notamment d’une maladie chronique, 25 % étaient atteintes d’un trouble schizophrénique, et 18 % avaient une dépendance à l’alcool ou aux drogues.

Mylène Drouin a également précisé que « les personnes vulnérables qui habitent dans des îlots de chaleur sont deux fois plus à risque de décès lors d’un épisode de chaleur ». Il s’avère que sur les 66 personnes décédées, les deux tiers (66 %) résidaient dans un îlot de chaleur, majoritairement dans les arrondissements de Rosemont–La Petite-Patrie, Ville-Marie, Mercier–Hochelaga-Maisonneuve et LaSalle.

La DRSP a aussi comparé la situation de 2018 avec celle de la précédente canicule en 2010. Constat ? Les taux de décès liés à la chaleur ont diminué « considérablement », passant de 9,3 à 6,4 décès quotidiens par millions d’habitants.

Des recommandations

« Ça reste des décès évitables, laisse tomber la Dre Drouin. On a l’obligation de poursuivre nos efforts, pour qu’année après année, on puisse voir une baisse de ce taux de mortalité. »

La DRSP y est donc allée de quelques recommandations : créer un registre des lieux les plus à risque, mieux cibler les personnes vulnérables pour adapter l’intervention sur le terrain. Un suivi plus rapproché est notamment prévu dans certaines résidences privées pour aînés considérés plus à risque. En 2018, neuf personnes sont décédées dans ce type d’établissement pendant la canicule, contre une personne dans le secteur public, en CHSLD.

Pour contrer les îlots de chaleur, la DRSP propose de verdir rapidement certains quartiers avec des aménagements temporaires, comme des murs verts ou des saillies de trottoir. Certaines initiatives de verdissement sont d’ailleurs déjà en cours dans plusieurs arrondissements.

De « bonnes idées » selon Claudel Pétrin-Desrosiers, porte-parole de l’Association canadienne des médecins pour l’environnement (ACME), mais « qui ne sont que des mesures pour tamponner le problème ». « Le problème, ce sont les changements climatiques, et on n’a toujours pas développé de politique assez ambitieuse pour les combattre », regrette-t-elle, rappelant que les canicules vont se faire de plus en plus fréquentes, plus intenses et plus longues avec les années.

1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 16 mai 2019 13 h 30

    Encore les changements climatiques pour détourner l'attention

    « Le problème, ce sont les changements climatiques, et on n’a toujours pas développé de politique assez ambitieuse pour les combattre »

    Parler de changements climatiques pour expliquer la présence des îlots de chaleur, c'est dire « Nous n'y pouvons rien ». Les changements climatiques, c'est un phénomène global alors que les îlots de chaleur, c'est local. Les îlots de chaleur n'ont que peu à voir avec les changements climatiques. Cependant, diverses mesures pour lutter contre les îlots de chaleur contribueront à la réduction des causes des changements climatiques alors que l'inverse n'est pas toujours vrai – et même pas souvent vrai au Québec avec les gouvernements provincial et fédéral qui carburent encore aux recettes infefficaces (mais dictées par une industrie qui n'a pas comme priorité de rétablir l'équilibre écologique auquel nous faisons face).

    Il est politiquement de bon ton de parler d'urgence climatique. L'urgence ? S'il y a urgence, ce serait plutôt l'urgence d'éduquer les masses pour que la culture environnementale change, et comme des changements culturels ne se font pas du jour au lendemain, il n'y a plus une minute à perdre.

    L'environnement, c'est bien plus que le seul climat. Et les mesures retenues par Ottawa et Québec, les voitures à batteries et les taxes carbones, seront à la limite de l'inutile en ce qui concerne le climat et parfaitement inutiles en ce qui concerne les îlots de chaleur.

    Il y a urgence à planter des arbres, sachant que l'on vient de sacrifier plusieurs géants adultes, il y a urgence à désasphalter, sachant que des dizaines de kilomètres carrés d'espaces goudronnés sont des capteurs de chaleur. Il y a urgence à freiner le n'importe quoi en matière d'habitations et d'édifices, il y a urgence à désautomobiliser... Bref, il y a urgence à remettre la ville en harmonie avec les espèces vivantes et à mieux réguler l'usage du territoire urbain.

    Bref, l'environnement, c'est bien plus que les changements climatiques.