Des victimes américaines de prêtres pédophiles déposent une plainte contre le Vatican

Aux États-Unis comme ailleurs, l’Église catholique traverse une profonde crise de confiance en raison des révélations d’agressions sexuelles commises depuis des décennies par des prêtres.
Photo: Vincenzo Pinto Agence France-Presse Aux États-Unis comme ailleurs, l’Église catholique traverse une profonde crise de confiance en raison des révélations d’agressions sexuelles commises depuis des décennies par des prêtres.

Cinq Américains, victimes de prêtres pédophiles, ont porté plainte mardi contre le Vatican pour l’obliger à divulguer les noms et les dossiers de tous les membres du clergé soupçonnés d’abus sexuels conservés dans ses archives.

Ces cinq hommes « ont souffert à cause de la politique et de la pratique du Saint-Siège qui consiste à ne pas saisir les autorités en cas de soupçons d’agression sur un enfant et à imposer le secret à ses agents », selon la plainte déposée devant un tribunal fédéral du Minnesota (nord).

« Personne ne doit vivre ce que mes frères et moi avons vécu », a déclaré Stephen Hoffman, qui s’est associé à la plainte avec ses frères Luke et Benedict. « Je veux seulement que le Vatican fasse ce qui est juste », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse.

Les trois garçons, alors adolescents, ont été agressés à plusieurs reprises par le père Curtis Wehmeyer, arrêté en 2012 à la suite de l’intervention de leur mère. Le prêtre a été condamné à cinq ans de prison et un archevêque, soupçonné de l’avoir couvert, a été poussé à la démission en 2015.

Aujourd’hui, « ils ne veulent pas d’argent, mais réclament que le Vatican fasse le nettoyage » et « révèle ses secrets », a assuré leur avocat, Jeff Anderson, déjà à l’origine de quatre plaintes contre le Vatican.

Aujourd’hui, ils ne veulent pas d’argent, mais réclament que le Vatican fasse le nettoyage et révèle ses secrets

La première, en 2002 dans l’Oregon, a été suivie de dix ans de bataille judiciaire. La justice américaine avait estimé que le Vatican ne jouissait pas d’une immunité diplomatique mais avait refusé de le considérer comme « l’employeur » du prêtre mis en cause. La deuxième, en 2010, a été retirée pour ne pas compromettre une autre procédure.

Les plaignants dans les deux derniers dossiers, déposés fin 2018 en Californie, ont finalement retiré leur plainte pour s’associer à celle des trois frères.

L’un d’eux, Jim Keenan, 51 ans, a assuré avoir été agressé dans les années 1970 par un prêtre ayant fait l’objet de signalements tenus secrets par l’Église. « Je poursuis le pape et le Vatican parce que cela doit s’arrêter, ils ne sont pas au-dessus de nous », a-t-il déclaré.

Le dernier, Manuel Vega, 53 ans, s’est présenté comme l’une des trente victimes d’un curé mexicain qui, selon lui, a été autorisé par sa hiérarchie à rentrer dans son pays dès les premières dénonciations. Aujourd’hui, « il est peut-être encore en exercice, dangereux », a-t-il dit.

Aux États-Unis comme ailleurs, l’Église catholique traverse une profonde crise de confiance en raison des révélations d’agressions sexuelles, notamment sur des mineurs, commises depuis des décennies par des prêtres, longtemps couverts par leur hiérarchie.