Après les inondations, les demandes de réparation

Comme ses voisins, Germain Goyer doit retirer de sa maison sinistrée tout ce qui est irrécupérable.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Comme ses voisins, Germain Goyer doit retirer de sa maison sinistrée tout ce qui est irrécupérable.

Pendant que de nombreux résidents de Sainte-Marthe-sur-le-Lac en avaient plein les bras avec le nettoyage de leur sous-sol détrempé, Québec a confirmé vendredi qu’il allait soutenir la reconstruction de la digue bordant leur quartier — et un sinistré a déposé une demande d’action collective contre les autorités municipale et provinciale pour leur « négligence ».

« Dès les prochaines semaines, notre objectif est de travailler à la consolidation de cette digue pour pouvoir anticiper une éventuelle crue en 2020 », a déclaré le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, dans une conférence de presse à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Il était accompagné de ses collègues les ministres Andrée Laforest (Affaires municipales et Habitation) et Sylvie D’Amours (Affaires autochtones).

La municipalité a donc donné le feu vert pour effectuer des travaux d’urgence qui viseront à solidifier la digue — seulement colmatée temporairement pour l’instant — afin qu’elle puisse résister aux crues du printemps prochain. Dans un second temps, le gouvernement soutiendra la municipalité pour la construction d’une nouvelle digue dont le niveau sera plus élevé, sans donner plus détails.

Cependant, dans les rues désormais vidées des eaux, les mines sont plutôt basses. Les sinistrés se dépêchent de sortir leurs meubles gâchés par l’inondation et d’arracher murs et planchers de leur sous-sol afin de prévenir les moisissures.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les sinistrés se dépêchent de sortir leurs meubles gâchés par l’inondation et d’arracher murs et planchers de leur sous-sol afin de prévenir les moisissures.

« Tout ce que je veux, c’est que nous retrouvions notre petit coin tranquille », indique au Devoir Richard Lauzon, l’instigateur de l’action collective. Comme plusieurs, il estime que les autorités ont manqué à leurs responsabilités dans le dossier de la digue. « Des gens pleurent, sont dépressifs, c’est très difficile de les consoler », dit ce cadre retraité de chez Bombardier, qui tentera de venir en aide à sa communauté par la voie des tribunaux.

Le sinistré souhaite représenter les victimes de l’inondation causée par la brusque montée des eaux à la suite de la rupture de la digue le 27 avril dernier. Cette journée-là, une brèche d’une vingtaine de mètres s’est formée dans cette digue construite dans les années 1970. Les 6000 citoyens qui résidaient dans le secteur touché ont eu moins de 15 minutes pour évacuer leur domicile.

Dans la requête de M. Lauzon, on peut lire que « l’inondation de ce printemps 2019 et la rupture de la digue […] ne constituent pas un accident ou un simple phénomène naturel imprévisible ». La rupture de la digue, « qui était endommagée et fragilisée », « était prévisible ». La catastrophe, soutient le sinistré, est « la conséquence d’omissions opérationnelles d’agir et du non-respect du principe de précaution ».

L’homme réclame donc à la Ville de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, à la municipalité régionale de comté (MRC) de Deux-Montagnes et au gouvernement du Québec une somme de 350 000 $ en dommages compensatoires et de 50 000 $ en dommages punitifs pour chaque propriétaire ou occupant sinistré.

Dans sa requête, M. Lauzon rappelle que la fragilité et le mauvais état de la digue étaient connus des autorités, qui n’ont pas mis en oeuvre les moyens nécessaires pour limiter les risques en la réparant.

Quelques jours après l’importante inondation, Le Journal de Montréal révélait qu’un rapport d’expert mandaté par la municipalité avait recommandé, dès novembre 2017, que soient effectués d’importants travaux de rénovation pour rehausser la digue.

La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac s’était alors défendue d’avoir fait preuve de négligence. « Il n’y a pas eu de négligence. Mais il y a de la bureaucratie », avait soutenu Sonia Paulus en réponse aux critiques sur la lenteur de la municipalité à lancer les travaux. La Ville avait finalement demandé un certificat d’autorisation en février dernier, mais les travaux n’étaient prévus qu’à l’automne 2019.

Un cas d’exception

Mme Paulus était justement présente auprès des ministres dépêchés par Québec à la conférence de presse annonçant la reconstruction de la digue. La nouvelle a constitué un soulagement pour elle, qui tenait à ce que les sinistrés puissent reconstruire leur maison.

Il y a quelques jours à peine, le premier ministre François Legault avait indiqué qu’aucune décision n’était encore prise quant à la reconstruction de la digue. Depuis le début de la crise, le premier ministre prône plutôt les déménagements en dehors des zones à risque.

« Je n’ai pas le sentiment qu’on hésitait, a défendu M. Charette en conférence de presse. On voulait surtout bien faire le travail pour apporter les bonnes réponses aux citoyens de Sainte-Marthe. »

« Même fragile, cette digue-là aujourd’hui continue de protéger des milliers de personnes qui n’ont pas été touchées le 27 avril dernier, a-t-il continué. Donc, c’est la décision qui s’imposait dans les circonstances. » Le ministre n’a cependant pas confirmé que tous les sinistrés auraient l’autorisation de rebâtir leur maison, puisque les cartes des zones inondables sont à l’examen.

Ces décisions ont été prises par le groupe d’action ministériel formé le 1er mai et présidé par la vice-première ministre Geneviève Guilbault. Il s’était réuni pour la première fois mercredi.

M. Charette a aussi expliqué vendredi qu’il allait permettre des travaux d’urgence, comme la Loi sur la qualité de l’environnement l’autorise à le faire. Concrètement, cela signifie notamment que les travaux de consolidation de la digue ne seront pas soumis à un Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE).

De longues démarches

Dès samedi matin, M. Lauzon effectuera la tournée de son quartier pour convaincre ses voisins de la pertinence de l’action collective qu’il veut lancer. « Je vais leur dire que ça va nous donner des outils pour négocier avec le gouvernement. » Toutefois, il les mettra aussi en garde : « Ils ne doivent pas s’attendre à ce que ce soit réglé demain matin. »

Un Marthelacquois rencontré vendredi par Le Devoir partage cet avis. « L’action collective, ça peut prendre 5 ou 10 ans. J’ai le temps de mourir deux fois d’ici là », a-t-il lancé, une montagne de débris devant sa maison.

3 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 11 mai 2019 13 h 27

    Dépassées

    Les digues, c'est dépassé. À moins que le quartier soit précieux et doive être préservé (comme à la Nouvelle-Orléans, em Louisiane), il n'y a pas de raison de rediguer et reconstruire.

  • Will Dubitsky - Abonné 11 mai 2019 13 h 39

    CAQ: Rien sur la lutte contre le changement climatique, acceptant simplement le changement climatique comme inévitable

    Ce qui est particulièrement triste, après deux inondations majeures survenues au Québec en 3 ans, CAQ se consacre exclusivement à l’adaptation au changement climatique, sans aucun intérêt pour la lutte contre le changement climatique.

    C'est comme si CAQ avait accepté l'inévitabilité de l'intensification des changements climatiques. CAQ ne dit rien à l'effet que Québec a tiré des leçons de ses erreurs et qu’il élaborera maintenant un plan visant à atteindre les objectifs du gouvernement du Québec à l’horizon 2020 et à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030, conformément à la nécessité définie par le Groupe intergouvernemental sur la Changement climatique.

    • Pierre Bernier - Abonné 12 mai 2019 14 h 19

      Épaisseur du réel !

      En cette matière, il faut faire attention au raisonnement simpliste.

      Comment peut-on un seul instant « suggérer » que si le Québec réduisait son émission de gaz à effet de serre (même à « 0 »), son gouvernement et sa population n’auraient pas à gérer les impacts et les effets des changements climatique s?

      Parlez-en aux habitants des zones côtières, notamment dans le Pacifique... ou encore aux « ours polaires ». Lesquels, vous en conviendrez, ne sont déjà pas de grands émetteurs !

      Le discours politique pertinent (même celui des adeptes de QS) nécessite de ne pas faire abstraction du réel et cibler les bonnes choses.