Drame de Granby: «Elle avait juste besoin d'amour»

Des citoyens bouleversés par le drame de la fillette décédée se sont rendus au salon funéraire, à Granby, mercredi.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des citoyens bouleversés par le drame de la fillette décédée se sont rendus au salon funéraire, à Granby, mercredi.

Des dizaines de Québécois touchés par le décès, la semaine dernière, de la fillette de sept ans à Granby sont allés lui rendre hommage mercredi après-midi.

La dépouille de l’enfant était exposée dans un complexe funéraire du boulevard Pie-IX, à Granby, de 14 h à 17 h et de 19 h à 22 h. Ses proches, qui ont pris le temps de faire leurs adieux en privé avant, sont restés toute la journée pour recevoir les condoléances des visiteurs.

L’histoire de cette fillette qui a succombé à des blessures qu’elle aurait subies après avoir été ligotée et séquestrée par son père et sa belle-mère a secoué tout le Québec la semaine dernière. Certaines personnes n’ont d’ailleurs pas hésité à faire de la route juste pour lui rendre un dernier hommage.

« C’est tragique, ça ne devrait pas arriver en 2019 avec tous les filets de sécurité qu’on a : voisins, école, famille… », a confié au Devoir Michel Dugal qui attendait dans le stationnement du complexe funéraire une heure avant l’ouverture des portes. L’homme, qui ne connaît ni l’enfant ni sa famille, s’est déplacé de Saint-Hyacinthe mercredi, ressentant le besoin d’être présent, « pour la petite fille ».

Un dernier adieu

À quelques pas, Jolyka Quirion attendait aussi patiemment d’entrer dans l’établissement, un bouquet de fleurs à la main. Amie de longue date de la famille de l’enfant, Mme Quirion tenait à lui dire un dernier adieu et à offrir tout son soutien à ses proches.

« Je suis moi-même mère d’une petite fille de trois ans et jamais au monde je ne pourrais imaginer la perdre. C’est difficile, je ne veux même pas y penser. Nos enfants ne devraient pas partir avant nous », a-t-elle laissé tomber avant de se mettre en fil devant le complexe funéraire.

Famille, voisins, amis et parfaits inconnus se sont dirigés un à un vers la chapelle — la plus grande salle de l’établissement — où l’enfant était exposée. Autour d’elle se trouvaient des fleurs, des peluches, des photos et des dessins déposés en guise de témoignages.

Nombre de personnes sont ressorties les larmes aux yeux, le coeur gros.

Karine Darcy, la directrice de l’organisme Aide, conseils et assistance aux familles québécoises, s’est quant à elle complètement effondrée, ne pouvant échapper un cri de désespoir. Cette dernière connaissait bien la famille de la fillette. Elle avait été pressentie par la grand-mère paternelle qui cherchait alors de l’aide pour obtenir sa garde.

De son côté, Robert Cyr n’a pas eu le courage d’entrer, restant en retrait dans le stationnement. Originaire de Bonaventure en Gaspésie, il était de passage quelques jours à Granby afin de récupérer des meubles pour le magasin familial. Il était, comme « toute la société québécoise », au courant de l’histoire tragique de la fillette et n’a pu s’empêcher de passer.

« Cette enfant, elle commençait seulement à découvrir la vie, elle avait juste besoin d’amour, de tendresse, d’être guidée pour grandir. Je comprends vraiment pas que ça soit arrivé », a-t-il dit, la voix tremblante.

S’il considère que l’exposition reste un moment intime pour la famille et ses proches, il se rendra par contre à ses funérailles religieuses qui se dérouleront à 11 h jeudi, à l’église Saint-Eugène.

C’est le prêtre Serge Pelletier qui officiera la cérémonie. Une tâche à laquelle il se prépare depuis plusieurs jours, conscient que « tout le Québec aura les yeux rivés » sur l’événement. « Je vis plein d’émotions depuis une semaine, je vais certainement pleurer ma vie après coup, a-t-il avoué moins de 24 heures avant la cérémonie. Oui on est habitué à faire ça, mais on n’est pas fait en caoutchouc non plus. »

Mercredi après-midi, l’église Saint-Eugène était déjà remplie des peluches qui avaient été déposées sur les lieux du drame dans les jours suivant la mort de la fillette. Une ambiance qui donne le ton à la cérémonie.

« J’ai parlé longuement avec les parents et on donnera la place aux hommages, aux témoignages sur la petite fille. On n’est pas là pour politiser l’événement ou critiquer le système. Il y a déjà des enquêtes pour ça », a poursuivi le prêtre.

Quatre enquêtes ont été demandées par le gouvernement Legault dans la foulée du décès de la fillette afin de faire la lumière sur sa fin tragique.

Quant au père et la belle-mère de l’enfant de sept ans, ils ont été arrêtés peu après sa découverte. Le couple est accusé de séquestration. La belle-mère est aussi visée par une accusation de voies de fait.

Nommer l’enfant ou non?

L’interdit de publication, qui concerne tout ce qui permettrait d’identifier la victime ainsi que les témoins, a donné quelques maux de tête au complexe funéraire Le Sieur, qui a offert la cérémonie gratuitement aux proches de la fillette décédée. L’avis de décès publié ces derniers jours indiquait clairement le nom de l’enfant, soulevant la surprise des citoyens.

« On a eu plusieurs appels de citoyens nous disant qu’on n’avait pas le droit. On a décidé de le retirer ce matin et remplacer son nom par « La petite » pour gérer la situation », a expliqué le propriétaire de l’établissement, Éric Le Sieur.

« Dans les faits, on avait le droit, tant qu’on ne faisait pas le lien avec le crime ayant conduit à son décès ». Plusieurs proches de la fillette se sont toutefois révoltés sur les réseaux sociaux, ne comprenant pas la nécessité de taire le nom de l’enfant jusque dans son propre avis de décès. Ils y voient une « injustice » et une volonté « de cacher son histoire » et « de l’emmurer dans l’anonymat ».