Le parcours sinueux du professionnel immigrant

Plusieurs professionnels ayant élu domicile au Québec auraient hésité à s’y établir s’ils avaient su les difficultés qu’ils rencontreraient pour faire reconnaître leur diplôme et ainsi pouvoir exercer leur profession dans leur pays d’adoption.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plusieurs professionnels ayant élu domicile au Québec auraient hésité à s’y établir s’ils avaient su les difficultés qu’ils rencontreraient pour faire reconnaître leur diplôme et ainsi pouvoir exercer leur profession dans leur pays d’adoption.

Pour plusieurs professionnels fraîchement débarqués au Québec, il existe un écart important entre les exigences perçues et les exigences réelles pour faire reconnaître leur diplôme. Ce problème de communication, de même que le manque d’accompagnement, pose un obstacle important à leur intégration professionnelle, révèle une étude rendue publique mardi par le Conseil interprofessionnel du Québec (CIQ).

Parmi les diplômés de l’étranger qui abandonnent les procédures pour obtenir leur droit de pratique au Québec, près de la moitié (48 %) considèrent que l’information obtenue en amont ne correspond pas à la réalité québécoise. Certains soulignent même que les renseignements qu’ils avaient dénichés étaient « complètement déconnectés de la réalité ». Ces constats découlent d’un sondage effectué auprès de 500 décrocheurs et d’entretiens téléphoniques réalisés par la firme Léger et commandés par le CIQ, qui représente les ordres professionnels québécois.

De toute évidence, l’information sur la reconnaissance des diplômes est « inadéquate, incomplète ou n’est pas comprise », observe Gyslaine Desrosiers, la présidente du CIQ. Les demandeurs pensent peut-être qu’il s’agit d’une formalité, mais une fois ici, ils vivent « un choc des réalités », explique-t-elle.

Or, les différents organismes avec lesquels ils font affaire ne leur simplifient pas la tâche. Plusieurs répondants ont « vivement critiqué » le fait qu’ils devaient fournir les mêmes renseignements à plusieurs entités et que l’information qui leur était fournie variait d’un intervenant à l’autre. Sous le coup d’un choc culturel, plusieurs auraient souhaité parler en personne à un agent de l’ordre professionnel auquel ils aspiraient adhérer, mais seulement 25 % ont eu cette chance.

Plus de transparence

De manière générale, les décrocheurs ont exprimé le désir de plus de transparence. Ils auraient par exemple aimé connaître dès le départ le taux de succès des candidats à la reconnaissance professionnelle, pouvoir consulter la correction de leur examen professionnel après un échec et savoir quel titre ils obtiendraient en fin de compte. « Certains [répondants] ont même avoué que, d’avoir obtenu cette information plus tôt, ils auraient reconsidéré leur décision d’immigrer au Canada », peut-on lire dans le document préparé par Léger.

« Le sondage est intéressant parce qu’il montre où sont les goulots d’étranglement, où ça achoppe », commente Pier-André Bouchard St-Amant, professeur à l’École nationale d’administration publique. L’économiste n’était pas impliqué dans la rédaction de la présente étude, mais avait signé à l’automne 2018 un rapport pour le CIQ qui concluait qu’il était avantageux pour l’État de soutenir financièrement les immigrants dans leur effort pour faire reconnaître leur diplôme.

Sans surprise, le sondage de mardi a confirmé le fait que la question financière est un obstacle majeur pour les demandeurs. M. Bouchard St-Amant s’est plutôt étonné, lui aussi, de « la dissonance entre ce qui est perçu par les demandeurs comme nécessaire et ce qui est nécessaire en réalité ».

La bonne nouvelle, selon lui, c’est que ce problème peut être « réglé facilement ». La solution d’un guichet unique, comme cela a été exposé dans l’étude du CIQ, lui apparaît particulièrement prometteuse. Les immigrants en quête de reconnaissance professionnelle n’auraient à fournir leurs informations qu’à un seul intervenant pour faire leur demande.

Sur le plan de l’information, une ressource simplifiée est d’ailleurs en développement. En août dernier, le ministère de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion a annoncé le financement d’un portail numérique nommé Qualifications Québec. Le site Web, pour le moment en version préliminaire, doit rassembler, à terme, les informations sur 500 métiers et professions.

En 2016-2017, 3661 demandes ont été faites par des diplômés hors Québec afin d’adhérer à un ordre professionnel. Du lot, environ 2300 personnes ont été invitées à suivre une formation ou à participer à un stage complémentaire. Selon la moyenne des dernières années, un tiers d’entre ces demandeurs finiront par abandonner ou échouer.