Opération nettoyage en attendant la réparation de la digue

Sur la 23e avenue de la municipalité bordant le lac des Deux Montagnes, l’eau s’était retirée suffisamment pour libérer plusieurs maisons et permettre aux habitants de constater l’ampleur des dégâts causés par la crue.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Sur la 23e avenue de la municipalité bordant le lac des Deux Montagnes, l’eau s’était retirée suffisamment pour libérer plusieurs maisons et permettre aux habitants de constater l’ampleur des dégâts causés par la crue.

Alors que les travaux pour consolider la digue naturelle de Sainte-Marthe-sur-le-Lac allaient bon train, des dizaines de résidents inondés depuis une semaine étaient affairés dimanche à vider et à nettoyer leur maison abîmée par la forte montée des eaux qui a frappé la municipalité la semaine dernière.

L’eau se retire tranquillement le long des avenues qui relient la rue Louise au bord de l’eau, un kilomètre plus au nord, mais de nombreuses maisons sont encore inondées, certaines sections des rues étant recouvertes d’entre un à trois pieds d’eau.

La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, a d’ailleurs souligné en point de presse dimanche matin que le niveau de l’eau du lac des Deux Montagnes était à la baisse, une bonne nouvelle pour les sinistrés.

Alors que Jean Doré, le responsable des opérations de réparation de la digue — qui a cédé dimanche dernier et qui a entraîné l’évacuation de 6000 résidents —, a dit aux médias que les travaux seraient terminés « sans faute » dimanche, « à des heures peut-être tardives », la mairesse Paulus a préféré se faire prudente.

« On a pu amorcer cette délicate opération consistant à superposer des couches de membranes et de pierres, a expliqué la mairesse. Nous estimons que le colmatage sera complété le mardi 7 mai si tout se déroule comme prévu. On se croise les doigts. »

Une équipe de travailleurs et de plongeurs se sont affairés dès samedi à colmater les brèches.

Nettoyer

Sur la 22e avenue, l’eau s’était retirée suffisamment pour libérer plusieurs maisons. Plusieurs des habitants avaient déjà commencé à faire le grand ménage de leur domicile, dimanche.

Les terrains étaient remplis de déchets de toutes sortes. Du gypse détrempécôtoyait des amas de livres, des canapés, des portes, des ventilateurs et des vêtements. Les piles impressionnantes révélaient l’ampleur des dégâts.

Chez Jean-Pierre Huppé, une petite armée d’amis de l’extérieur de la ville était venue en aide. « On a récupéré des vêtements, mais on pense que plus rien n’est bon, dit M. Huppé. Il faut faire enlever le Gyproc pour faire sécher les murs. C’est pas mal là où on en est. » Petit « baume », ses assurances paieront une partie des dommages, conjointement avec le programme d’indemnisation du gouvernement Legault.

Les citoyens qui veulent visiter leur maison dans les zones à accès restreint doivent suivre une procédure précise, soit aller chercher une permission à l’hôtel de ville, revenir au poste de commandement de la Sûreté du Québec, puis attendre qu’un policier les accompagne sur les lieux.

Réjean Cyr était justement en train d’attendre son tour. Les bras croisés, il prenait quelques minutes pour décompresser. « En tout, ça prend une heure, une heure et demie, pour aller chez nous », dit-il. L’ancien mécanicien a perdu 150 000 $ d’outils, selon ses estimations. « Mes assurances ne veulent pas payer. Ils ont dit un non catégorique. »

Pourtant, M. Cyr garde le sourire, même si certaines nuits sont plus difficiles que d’autres. « On n’a pas le choix, simonac, on ne peut pas rien faire d’autres… Je peux pas aller travailler. J’avais un contrat, mais je ne peux pas partir trois jours à l’extérieur comme ça. »

Son travail ? Il grimace un peu : il vide des piscines creusées. « J’ai pas le coeur à ça, mettons ! J’ai pas le moral à ça pantoute, j’en ai eu assez, de l’eau. »

Solidarité

Un autre qui connaît l’eau, c’est François Sauvé. Pompier à Pierrefonds, il oeuvrait à faire des sacs de sable pour des gens sinistrés quand la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a cédé.

M. Sauvé venait dimanche d’avoir le feu vert d’un maître électricien pour rebrancher sa maison de la 22e avenue sur le réseau électrique. Il note que tout le voisinage se serre les coudes.

« Quand je vais avoir fini de ramasser, je vais aller chez mon autre voisin pour aider. Ma génératrice quand j’en aurai plus besoin, je vais la passer à mon voisin. On mange ensemble, on prend un café ensemble, on s’entraide pour passer à travers. »

Ont-ils confiance en la nouvelle digue solidifiée ? « En tant que musicien, j’ai un bémol là-dessus !, lance Robert Phaneuf, revenant tout juste de son domicile inondé avec en main un cor français dans son étui noir. On ne sait même pas de quelle façon ils l’ont réparée. On attend. On aura des réponses un jour. »

L’homme a perdu dans l’inondation plusieurs instruments de musique et des tas de partitions musicales accumulées depuis 55 ans.

Compte-t-il rester à Sainte-Marthe-sur-le-Lac ? « Je ne sais pas ce qu’il va arriver. Pour l’instant, on a juste une brochure, mais on a une question à chaque paragraphe. On va être patients. »

Ailleurs au Québec

La situation est demeurée stable dimanche sur le front des inondations à travers la province. En soirée dimanche, la Sécurité publique faisait état de 5447 maisons inondées (une de moins que le bilan présenté plus tôt en matinée) et de 10 386 personnes évacuées (48 personnes de plus). Le nombre de résidences isolées est chiffré à 3989. Les régions les plus touchées sont encore les Laurentides et l’Outaouais. Dans les Laurentides, on dénombre 1929 maisons inondées et 6264 personnes évacuées, dont 736 et 5506 à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. En Outaouais, la situation semble s’être légèrement aggravée puisque les autorités font état de 2031 maisons inondées et de 3237 personnes évacuées. À Gatineau seulement, on recensait 2031 personnes évacuées. Par ailleurs, 356 personnes n’avaient pu regagner leur domicile en Montérégie, dont 303 à Rigaud. On comptait toujours 210 personnes évacuées à Montréal et 266 à Laval.

La Presse canadienne