Les sinistrés de Gatineau commencent à souffler un peu

Le calme régnait dans les rues inondées de Gatineau jeudi.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le calme régnait dans les rues inondées de Gatineau jeudi.

Le Québec attendait beaucoup de pluie, mais celle-ci n’aura finalement pas été au rendez-vous jeudi, stabilisant du coup le portrait des inondations un peu partout dans la province, même en Outaouais où le sommet des crues se fait encore attendre.

« Si on remonte la rivière des Outaouais dans le Pontiac, ça semble vouloir se stabiliser pendant qu’à Gatineau, où se jettent la rivière Gatineau et la rivière des Outaouais, il y a encore du mouvement à la hausse, mais c’est lent », a expliqué à La Presse canadienne le porte-parole de la sécurité civile, Éric Houde. « Plus vers l’aval, à Rigaud et au lac des Deux Montagnes, ça tend à se stabiliser. »

Le temps anormalement froid pour la saison contribue à la décrue en ralentissant la fonte des neiges dans le nord des zones inondées. Le pont Galipeau, qui relie l’île de Montréal à L’Île-Perrot par l’autoroute 20, a aussi été rouvert.

Du coup, les données de la sécurité civile n’avaient pratiquement pas bougé entre mercredi soir et jeudi : le nombre de personnes évacuées est demeuré stable, à 10 895, tout comme le nombre de maisons inondées, à 7229, et le nombre de résidences isolées, qui était de 4063.

Stabilité en Outaouais

La relative stabilité régnait aussi en Outaouais. Gatineau ne retient pas son souffle même si on s’attend à ce que le niveau de l’eau augmente encore d’ici la fin de la journée ou samedi avant d’atteindre enfin son sommet.

C’est que cette eau supplémentaire ne devrait pas faire beaucoup plus de sinistrés qu’il n’y en a déjà, explique en entrevue le maire de Gatineau, Maxime Pedneauld-Jobin.

« Il y a comme un effet de cuvette. Les terres basses qui devaient être inondées l’ont été. Ce n’est pas comme si on avait un quartier au complet qui était touché [par une augmentation du niveau de l’eau]. Ce sont les mêmes maisons, mais qui seront plus touchées. »

Surtout, assure le maire, la municipalité est prête. Gatineau a franchi le cap du million de sacs de sable distribués, ce qui représente le double de ce qui avait été fait en 2017. « Les maisons sont protégées, la demande de sacs de sable est maintenant réduite au strict minimum, ce qui devait être fait a été fait. »

La demande de sacs de sable est maintenant réduite au strict minimum, ce qui devait être fait a été fait

Une promenade dans le secteur du parc du Lac-Beauchamp a permis de constater cet état de fait. C’était le calme plat jeudi midi. Pas une âme qui vive charriant des sacs. Les embarcations étaient amarrées, les kiosques de distribution de nourriture n’avaient pour seuls clients que les bénévoles qui les tenaient. « Où est tout le monde ? » « Il se repose », répond l’un d’eux.

Gatineau se réjouit aussi que 2019 ne connaîtra fort probablement pas une seconde crue, comme cela avait été le cas en 2017, selon les prédictions de la Commission de planification de la régularisation de la rivière des Outaouais.

À Ottawa, la Ville a indiqué qu’elle réduisait de manière temporaire sa demande de bénévoles.

Des logements et de l’argent

Gatineau s’occupe surtout de veiller sur les citoyens ayant décidé de garder le fort. Entre 600 et 700 « appels de bienveillance » sont faits quotidiennement auprès de ces irréductibles pour s’assurer que tout va toujours bien, explique M. Pedneaud-Jobin. « Notre service de ressources humaines s’est transformé en centre d’appels. »

En 2017, c’étaient les pompiers qui effectuaient ces vérifications en personne. « C’était énormément de travail et, parfois, c’était dangereux » lorsque l’état de la voie cachée sous l’eau était inconnu. Les pompiers de Gatineau se concentrent maintenant sur les cas « les plus à risque ».

Par ailleurs, le maire indique que l’invitation lancée plus tôt cette semaine aux propriétaires de logements pour rendre ceux-ci disponibles aux sinistrés pour de courtes périodes a été entendue. « On a eu énormément d’appels. »

Avec un taux d’inoccupation d’à peine 1,2 %, Gatineau est aux prises avec une importante pénurie de logements. En association avec une entreprise spécialisée dans l’hébergement temporaire, la Ville tente de constituer une banque de logements qui servirait de guichet unique.

Une fois que les propriétaires de logements disponibles se sont manifestés, l’entreprise s’occupe de les équiper en meubles et en ustensiles divers et la Ville les attribue aux sinistrés. Les logements sont offerts au prix coûtant, explique le maire, ce qui demeure « bien moins cher que l’hôtel ».

Par ailleurs, le gouvernement fédéral semble sur le point d’annoncer qu’il imitera le Québec en versant lui aussi des fonds à la Croix-Rouge.

Interrogé à la Chambre des communes par le Bloc québécois, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a indiqué qu’il était « en étroite discussion avec la Croix-Rouge » et qu’il aurait quelque chose à dire « d’iciquelques jours ».

Son entourage explique qu’Ottawa doit aussi prendre en considération les inondations survenues dans d’autres provinces avant de déterminer le montant à verser.

Avec La Presse canadienne