Parité: vers une politique d’égalité entre les femmes et les hommes à l’UMQ

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
La mairesse de Montréal, Valérie Plante (à gauche), et l’ex-mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche, qui s’est illustrée par sa gestion pleine d’humanité de la tragédie ferroviaire en 2013.<br />
 
Photo: Graham Hughes et Paul Chiasson La Presse canadienne La mairesse de Montréal, Valérie Plante (à gauche), et l’ex-mairesse de Lac-Mégantic, Colette Roy Laroche, qui s’est illustrée par sa gestion pleine d’humanité de la tragédie ferroviaire en 2013.
 

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

18 % des maires sont des femmes. C’est seulement deux points de plus qu’en 2013 et quatre de plus qu’en 2009. « À ce train-là, si nous ne sommes pas plus proactifs, ça va prendre du temps pour parvenir à la parité », souligne Maude Laberge, mairesse de Sainte-Martine et présidente de la Commission Femmes et gouvernance de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). Raison pour laquelle une politique d’égalité entre les hommes et les femmes sera adoptée lors des assises.

Parmi les conseillers municipaux, 34 % sont des femmes. Et pourtant, les citoyens aspirent à pouvoir en élire plus. En politique municipale, il n’y a en effet pas de discrimination dans l’urne. Une femme qui se présente a autant de chances qu’un homme de se retrouver au conseil.

« Il y a moins d’élues que d’élus parce qu’il y a moins de candidates que de candidats, résume Mme Laberge. Les freins sont culturels. Nous sommes le fruit de la société dans laquellenous vivons et les femmes que nous sommes aujourd’hui ontgrandi dans un monde où les conseils municipaux étaient des boys’clubs. On ne se sent pas la légitimité d’y aller. On se dit qu’on n’y connaît rien en tuyaux et en asphalte. Mais on s’y connaît peut-être en environnement ou en qualité de vie. Et c’est tout aussi pertinent. »

L’élue regrette également que les femmes ne soient pas plus poussées par leur entourage à s’engager en politique. Les modèles sont difficiles à déboulonner et de la même façon que l’on n’encourage pas un garçon à se lancer dans une carrière d’infirmier même s’il démontre de l’intérêt pour ce travail, nombreux sont ceux qui pensent encore que la politique est un milieu trop dur pour une femme.

Changement de culture

Photo: UMQ Maude Laberge

Maude Laberge siège quant à elle au conseil municipal de Sainte-Martine depuis une dizaine d’années. Comme elle a toujours été engagée dans divers comités depuis le secondaire, cela lui est apparu tout naturel de s’impliquer à ce niveau lorsqu’elle est revenue s’installer dans sa municipalité après des études à Montréal. Seule femme au conseil durant son premier mandat, elle ne cache pas qu’elle a dû s’adapter et faire preuve de patience.

« Le maire était en place depuis plus de vingt ans, raconte-t-elle. En 275 ans, Sainte-Martine n’avait vu passer avant moi que deux femmes. Les hommes étaient tous d’un certain âge, et c’est sûr que des hommes, entre eux, ça parle d’une certaine façon. J’étais gênante. Mais au bout de six mois, la culture et le climat de travail ont commencé à évoluer. Il y avait moins d’agressivité. C’était gagnant pour tout le monde. »

Il faut donc montrer aux femmes qu’il est possible de faire de la politique autrement, de manière plus constructive. Montrer également que d’autres femmes s’en sortent très bien. La mairesse de Montréal en est un bon exemple, elle qui dirige la principale ville du Québec. Mais également des femmes comme Colette Roy Laroche, qui s’est illustrée par sa gestion pleine d’humanité de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic en 2013.

« Elle s’adressait directement au public, elle était sincère, elle a démontré que faire de la politique, ce n’est pas juste se battre dans une arène, estime Maude Laberge. L’UMQ lui a remis le prix Francine Ruest-Jutras, qui récompense chaque année une femme qui s’est illustrée de façon particulière en politique municipale. Ce prix sert à mettre en avant des modèles pour donner le goût à plus de femmes de s’impliquer. »

Risques d’épuisement

Dans la même veine, l’UMQ veut faire adopter, lors des prochaines assises, sa politique d’égalité entre les femmes et les hommes. Un texte en trois volets, dressant d’abord un état des lieux des inégalités et du retard en matière de représentation des femmes sur l’échiquier municipal, avant de fixer des cibles en matière de parité tant dans les divers comités et commissions qu’au CA et dans l’administration de l’association.

« Ça ne va pas se faire du jour au lendemain, mais nous souhaitons que, chaque fois qu’un nouveaumembre est nommé, il soit choisi avec pour objectif la parité, explique la mairesse de Sainte-Martine. Et ce, même dans la Commission Femmes et gouvernance, qui pour l’instant n’est composée que de femmes. La parité donne toujours de meilleurs résultats, les décisions sont toujours plus éclairées. »

Une politique d’autant plus difficile à mener que le nombre de femmes est bien inférieur à celui des hommes dans le milieu.

« Ça fait peser beaucoup de poids sur les épaules des mairesses, admet Maude Laberge. En proportion, elles sont plus engagées que les hommes dans les comités et les commissions. Si l’on considère qu’elles peuvent aussi avoir de jeunes enfants et que, dans les plus petites municipalités, elles sont obligées de travailler à temps plein à côté pour payer l’hypothèque, le salaire du maire n’étant pas suffisant, il y a des risques d’épuisement. »

Pour pallier cela, l’UMQ a décidé d’ouvrir ses instances aux conseillères. Selon l’intérêt qu’elles portent à tel ou tel sujet, ces dernières pourront siéger dans certaines commissions afin de pourvoir les postes réservés aux femmes, et ainsi permettre à celles qui sont engagées depuis plusieurs années de souffler un peu.

Un nouveau guide épicène à l’UMQ

L’Union des municipalités du Québec est sur le point de lancer son nouveau guide épicène portant sur la féminisation des mots et des textes. « Nous passons à une nouvelle génération de guide épicène, note Maude Laberge. Le but est de féminiser tous les documents municipaux pour les rendre plus inclusifs, mais sans que cela vienne alourdir les textes. »

Il s’agit ainsi de modifier les façons de penser. Avant la prise de conscience, par exemple, il était d’usage d’avoir à l’ordre du jour une « période des citoyens ». Celle-ci s’est par la suite transformée en « période des citoyens et des citoyennes », ce qui manque un petit peu de légèreté.

« Si l’on réfléchit autrement, on peut inscrire à l’ordre du jour des « Questions citoyennes » et on résout ainsi le problème, explique la mairesse de Sainte-Martine. Le nouveau guide donne plusieurs exemples de ce type de rédaction épicène adaptée au monde municipal. On espère ainsi qu’un grand nombre de municipalités suivront le mouvement. »