L’incontournable électrification des transports

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
On prévoit que, d’ici la fin de 2020, 100 000 véhicules électriques rouleront au Québec, et 1 million en 2030.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir On prévoit que, d’ici la fin de 2020, 100 000 véhicules électriques rouleront au Québec, et 1 million en 2030.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Alors que le transport routier ressort comme le plus gros émetteur de gaz à effet de serre (GES) au Québec, nombre d’experts plaident pour son électrification rapide. Parmi eux, Daniel Breton, directeur électrification des transports chez Marcon Consultants et panéliste aux assises de l’UMQ, qui auront lieu la semaine prochaine. Propos recueillis par notre collaboratrice spéciale Hélène Roulot-Ganzmann.

Pourquoi l’électrification des transports est-elle devenue incontournable ?

Daniel Breton :
En 2016, 43 % des GES provenaient des transports au Québec. C’est la première source des gaz à effet de serre. Pire, si l’on regarde entre 1990 et 2016, c’est le seul secteur où les émissions ont augmenté. Dans l’industrie, elles ont baissé de 20 %, pendant que dans le transport, elles augmentaient de 22 %. Et si l’on ne considère que le transport routier, c’est une hausse de plus de 50 %. Enfin, d’un point de vue canadien, les émissions de GES du transport sont nez à nez avec celles de l’exploitation pétrolière et gazière, à 24 % contre 27 %.

Il s’agit donc là d’un moyen d’atteindre les objectifs en matière de baisse des émissions de gaz à effet de serre…
C’est un des objectifs puisque nous avons la chance, au Québec, de bénéficier d’une production électrique principalement renouvelable et que nous avons des surplus. C’est donc un moyen de diminuer notre dépendance au pétrole importé et la pollution atmosphérique, mais aussi de créer des emplois au Québec.

Quels types d’emplois ?
De plus en plus d’entreprises travaillent en électrification des transports au Québec. Que ce soit dans la production de l’électricité, avec Hydro-Québec, dans la fabrication de recharges, ou même de véhicules, motos, bateaux, camions ou autobus, et de moteurs, de piles, de technologies électriques créatrices d’emplois. Il y a déjà des milliers d’emplois, mais d’ici 2025, ils devraient augmenter de 300 à 500 %. C’est un créneau d’avenir pour des emplois de qualité au Québec, en plus de diminuer notre dépendance aux énergies fossiles. Tout le monde en sort gagnant.

Quels sont les objectifs en la matière ?
On prévoit que d’ici à la fin 2020, 100 000 véhicules électriques rouleront au Québec, et un million en 2030. Le Québec s’est doté en 2017 d’une loi visant l’augmentation du nombre de véhicules automobiles zéro émission, fixant des quotas de vente aux constructeurs. Déjà en 2018, il s’est vendu deux fois plus de véhicules électriques qu’en 2017. Sur le plan mondial, on a mis cinq ans à avoir le premier million de véhicules routiers électriques et seulement six mois pour le deuxième. On peut vraiment parler d’une accélération.

Quel est le rôle des municipalités dans ce tableau ?
Elles doivent être un exemple. Les villes ont des flottes de véhicules qui peuvent tout à fait être électriques. Ensuite, de plus en plus de gens souhaitent acheter une voiture électrique, mais il y a le problème des bornes électriques. Les municipalités pourraient permettre à leurs employés d’acquérir une voiture électrique en installant des bornes dans les stationnements de leurs bureaux. Elles devraient aussi collaborer avec Hydro-Québec pour l’installation de plus de bornes de recharge rapide sur le territoire municipal. Et puis, il y a le volet transport collectif. Les flottes d’autobus seront bientôt électriques, l’autopartage va lui aussi inexorablement s’électrifier. Les villes doivent comprendre que le virage est inévitable.

Ne le comprennent-elles pas ?
La Ville de Montréal a annoncé en début d’année l’achat de 800 autobus hybrides… Or, selon moi, la technologie hybride est déjà désuète. On a manqué une occasion historique d’accélérer l’électrification des transports. On me répond que Montréal est une ville trop densément peuplée pour pouvoir avoir les terrains nécessaires pour installer les bornes. Je suis très sceptique par rapport à ça parce qu’à Paris, en 2020, il y aura 1000 véhicules 100 % électriques en circulation et qu’à Shenzhen, en Chine, ils en ont déjà 16 000. Nous, on en a trois ! Ce sont pourtant des villes où la densité de population est bien plus grande. Certaines municipalités du Québec ont-elles quand même déjà pris ce virage ? Tout le monde ne traîne pas la patte, heureusement, et il y a des leaders en la matière. Je pense à Laval ou à Sainte-Julie, pour ce qui est de la mobilité durable. À Montréal pour l’autopartage. Espérons que ces exemples feront en sorte d’accélérer les choses. C’est maintenant que l’on doit prendre le virage parce que nous ne sommes qu’aux balbutiements d’une véritable révolution. L’électrification n’est en effet qu’une étape qui nous mènera ensuite aux véhicules autonomes. On s’en va vers un grand bouleversement, et il faut s’assurer que les municipalités du Québec montent bien dans le train.