À Aylmer, des sinistrés se sentent abandonnés

Mario Sainte-Marie, qui réside à Aylmer, un quartier de Gatineau, observe sa propriété encerclée par l’eau.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Mario Sainte-Marie, qui réside à Aylmer, un quartier de Gatineau, observe sa propriété encerclée par l’eau.

Alors que le Québec en entier a les yeux rivés sur ses régions inondées, les résidents de l’une d’entre elles se sentent laissés pour compte. À 20 km à l’ouest du centre-ville de Gatineau, les riverains du secteur Aylmer sont en colère et se sentent oubliés.

« J’en ai beaucoup à dire ! » lance un homme au volant de sa camionnette. « Je me sens abandonné par la municipalité. Tout le monde parle de Quyon, de Gatineau. Personne ne s’occupe de nous », déplore-t-il, au milieu d’un tronçon de rue d’Aylmer submergé par plus d’un demi-mètre d’eau.

Les inondations y sont, comme ailleurs, pires qu’en 2017. Mais contrairement aux rues de Pointe-Gatineau, celles d’Aylmer ne sont pas fermées aux véhicules ni surveillées par la police. Les voisins s’entraident : l’un prête sa camionnette à l’autre pour qu’il puisse aller se chercher des sacs de sable, une troisième prend des nouvelles en voyant passer celui du bout de la rue. « Il y a eu de merveilleux samaritains, qui nous prêtent des camions ou qui viennent s’assurer que tout va bien », relate Polly Granack, dont la maison est encerclée d’eau. Elle et son mari ont même découvert un repas MacDonald’s sur le pas de leur porte, cette semaine, gracieuseté d’un voisin.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir La digue qui protège la municipalité de Quyon, dans le Pontiac, a été rechaussée et solidifiée avec l’aide de l’armée.

Mais Mme Granack trouve elle aussi que son quartier n’est pas suffisamment épaulé. « C’est bien beau des militaires aux centres de distribution de sacs de sable, mais c’est sur le terrain qu’on les veut. Pour faire des digues, transporter des sacs », renchérit un autre voisin, dont la maison tient bon pour l’instant puisqu’elle a été construite sur un terrain quelque peu surélevé. Mais il présente un cas isolé. Quelques résidences qui longent la rivière des Outaouais semblent abandonnées, entourées d’eau, leurs sacs de sable engloutis et enjambés par la rivière qui atteint les murs de ces maisons.

D’autres résistent tant bien que mal. Mme Granack et son conjoint Mario Ste-Marie sont encerclés d’eau. Autour de leur clôture de sacs de sable, leur terrain est noyé, mais pour l’instant seul le vide sanitaire est inondé grâce aux six pompes qui expulsent l’eau qui s’infiltre par le sol gorgé d’eau. Leur fosse septique est inondée. Le couple campe en quelque sorte dans sa résidence, sans eau potable ni toilette. Il refuse néanmoins d’évacuer.

Pas question non plus de quitter la maison achetée il y a 36 ans, martèle M. Ste-Marie, qui venait tout juste il y a deux semaines d’obtenir le feu vert du gouvernement québécois pour faire réparer les dégâts des inondations de 2017.

Et malgré la pluie qui s’abattait de nouveau sur la région mercredi, le couple demeurait optimiste de pouvoir rester chez lui.

Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Une autre résidence d’Aylmer aux prises avec la montée des eaux.

« On sait que la situation s’améliore un peu partout au Québec. Chez nous, l’eau continue de monter et elle va continuer de monter encore jusqu’à la fin de la semaine », a prévenu le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. Le niveau d’eau devrait augmenter d’encore 16 cm d’ici jeudi à Aylmer, et de 33 cm d’ici vendredi à Gatineau. La région attendait 15 à 25 mm de pluie d’ici jeudi matin, mais les précipitations étaient moins abondantes que prévu mercredi après-midi.

Bien qu’on s’attende encore à une montée des eaux de la rivière des Outaouais, la mairesse de Pontiac avait désormais confiance que la digue temporaire protégeant le secteur de Quyon tiendrait le coup. Elle a été renforcée par des ingénieurs des Forces armées canadiennes et de la municipalité au cours des derniers jours, explique en entrevue Joanne Labadie. « Le chemin n’existe plus. On a monté [un rempart] de sept ou huit pieds. C’est complètement rempli avec de la gravelle, des blocs de béton, etc. Je crois que ça va tenir. »

92 résidents du secteur Quyon ont déjà été évacués. Si la digue devait se fissurer, la municipalité serait dans l’obligation d’évacuer la totalité des quelque 360 résidents restants.

Mais la situation n’est pas comparable à la catastrophe évitée de justesse à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, précise Mme Labadie. « C’est une digue temporaire qu’on a construite pour l’inondation. Ce n’est pas une digue permanente comme ils ont à Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Donc ce n’est pas la même situation du tout. […] Si ça lâche, ça va inonder une portion du village, mais les résidents ne sont pas à risque direct. » Ce sont plutôt les réseaux d’aqueduc et d’égout qui flancheraient, rendant nécessaire l’évacuation.


Avec Hélène Buzzetti

Niveaux d’eau stables

Tout indique que les plateaux d’inondation tant attendus ont finalement été atteints, mercredi. Le bilan publié en début de soirée demeurait néanmoins lourd, avec 10 895 personnes évacuées et 7230 résidences inondées au Québec. « On arrive à une certaine baisse », a confirmé le porte-parole de la sécurité civile, Éric Houde, en entrevue avec La Presse canadienne. Selon lui, mis à part quelques hausses de faible amplitude, les niveaux sont généralement stables ou en baisse dans la province. M. Houde note cependant qu’une nouvelle source d’eau viendra s’ajouter sous peu aux lacs du fleuve Saint-Laurent. Les gestionnaires du bassin des Grands Lacs, qui retiennent l’eau dans ces immenses mers intérieures en attendant que les niveaux baissent au Québec, devront bientôt relâcher cette pression. Cela fera monter le niveau du lac Saint-Louis et ralentira la baisse du lac des Deux-Montagnes, selon M. Houde. La Presse canadienne et «Le Devoir»