Retour à la maison pour des habitants de Sainte-Marthe-sur-le-Lac

Escorté et aidé par un policier, un sinistré de Sainte-Marthe-sur-le-Lac transporte des effets personnels qu’il a pu aller chercher dans sa résidence inondée.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Escorté et aidé par un policier, un sinistré de Sainte-Marthe-sur-le-Lac transporte des effets personnels qu’il a pu aller chercher dans sa résidence inondée.

Des résidents du secteur inondé de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, qui ont été évacués d’urgence samedi soir, ont pu regagner leur domicile mardi. Mais ils ne sont pas au bout de leurs peines, puisque leurs demeures seront dépourvues d’électricité et d’eau potable, et ce, pour une période indéterminée. Le retour à la normale s’annonce long.

Les sinistrés devront s’armer de patience. Plusieurs d’entre eux ont dû se contenter, mardi, d’une brève visite dans leur domicile, le temps d’aller récupérer quelques effets personnels. C’était l’occasion pour eux de constater, pour une première fois depuis l’évacuation précipitée de samedi, l’étendue des dégâts. Danielle Fortin ignorait dans quel état elle allait retrouver sa demeure, mais elle envisageait le pire, car elle s’est fait dire que dans sa rue, l’eau avait monté jusqu’à la poitrine. « On va devoir y aller en bateau. Si c’est une perte totale, je ne veux pas rester là. Personne ne veut revivre ça », a-t-elle dit.

Elle est revenue en après-midi portant plusieurs sacs d’effets personnels. « C’est fini. Le frigo était couché. On ne voyait plus les lampadaires tellement qu’il y avait de l’eau », a-t-elle lancé en retournant rapidement à sa voiture.

Murielle Brien a eu plus de chance. « Il n’y a pas eu d’eau à l’intérieur », a-t-elle indiqué, visiblement soulagée après sa brève visite.

 
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Un résident de Sainte-Marthe-du-Lac tente tant bien que mal de faire évacuer l’eau du sous-sol de sa maison.

Sans électricité ni eau potable

Lundi, la mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, avait annoncé la levée partielle de l’ordre d’évacuation décrété à la suite du bris d’une digue. Les résidents dont la maison a été épargnée — 1485 maisons n’ont pas été inondées — peuvent désormais retourner à leur demeure, mais ce retour sera partiel, car il n’y aura ni eau potable ni électricité ni services sanitaires, a prévenu le directeur du Service de sécurité incendie de Deux-Montagnes-Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Norbert Vendette. « Nous ne recommandons pas aux gens de demeurer dans leur résidence tant que les services publics ne seront pas rétablis », a-t-il dit sans pouvoir préciser d’échéancier pour ces maisons ni pour les 877 autres qui ont été inondées.

Les autorités en santé publique prônent d’ailleurs la prudence. « C’est sûr que cette eau [entourant les maisons] est considérée comme souillée. On n’a pas besoin de la faire tester », a expliqué Marie-Claude Lacombe de la direction de la santé publique des Laurentides.

Négligence ?

La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac a toutefois dû se défendre d’avoir fait preuve de négligence concernant les travaux visant le rehaussement de la digue. Ceux-ci n’ont pas pu être réalisés à temps pour prévenir les inondations qui ont touché une partie de sa municipalité. Comme le rapportait mardi Le Journal de Montréal, un rapport d’expert mandaté par la Ville avait pourtant recommandé, dès novembre 2017, que soient effectués d’importants travaux de rénovation pour rehausser la digue. En février dernier, la municipalité a finalement demandé un certificat d’autorisation, mais les travaux estimés à 2,3 millions n’étaient prévus qu’à l’automne 2019.

« Il n’y a pas eu de négligence. Mais il y a de la bureaucratie », a soutenu la mairesse Sonia Paulus en réponse aux critiques sur la lenteur de la municipalité à lancer les travaux.

 
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne La mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac, Sonia Paulus, a rencontré la presse en fin d’après-midi mardi.

La mairesse a fait valoir que le travail d’expertise et les exigences en matière d’octroi de contrats n’avaient pas permis à sa municipalité d’agir plus rapidement. « Faire expertiser une digue de 3,5 kilomètres, c’est sûr que ç’a pris du temps. Ils ne l’ont pas fait en criant ciseau », a-t-elle dit. « Vous savez très bien qu’il faut aller en soumission publique quand les montants sont élevés. »

Mais la mairesse doute que la digue, même rehaussée, aurait pu empêcher les inondations. « On a l’impression que c’était par le bas que [la digue a cédé]. C’était devenu trop liquide, parce que c’était de la glaise. Mais je m’avance. Je ne suis pas une experte dans ce domaine », a-t-elle admis.

Il n’y a pas eu de négligence. Mais il y a de la bureaucratie.

Mardi, le premier ministre François Legault a dit ignorer si la digue de Sainte-Marthe-sur-le-Lac serait reconstruite. Pour Sonia Paulus, la réfection de la digue demeure un objectif. « Nous n’étions pas en zone inondable parce que nous avions la digue », a-t-elle indiqué. « Ça va être à revoir avec les autorités compétentes. Nous, on s’enligne pour rehausser la digue et faire les réparations nécessaires. »

Maisons mobiles

Des citoyens croisés mardi n’étaient pas prêts à mettre la mairesse en cause. « Sa propre maison est inondée. Il y a peut-être eu de la négligence, mais je ne pense pas que cela vienne d’elle », a confié une résidente. Rappelons que Sonia Paulus est mairesse depuis 2005 et a été réélue trois fois.

Le niveau de l’eau a peut-être baissé depuis dimanche à Sainte-Marthe-sur-le-Lac, mais de nombreuses questions demeurent quant aux décisions à venir.

Le secteur comportant des maisons mobiles a été particulièrement touché. Les résidents sont propriétaires de leur demeure, mais ils louent leur parcelle de terrain au Domaine des maisons modulaires Deux-Montagnes appartenant à Michel Langlois. Celui-ci s’est présenté sur les lieux du sinistre mardi.

À une résidente qui lui demandait ce qu’il ferait des maisons, Michel Langlois avait peu de réponses à donner. « On va s’occuper de nos locataires en premier. Après ça, on va s’occuper du reste. On fait ce qu’on peut », a-t-il indiqué. Des 231 maisons mobiles du Domaine, 150 ne sont pas accessibles en raison de la crue des eaux.

Certaines résidences devront vraisemblablement être démolies, mais M. Langlois n’a pas voulu s’avancer à ce sujet : « Les autorités ont des plans de match. C’est à elles de les dévoiler, pas à moi. Mais il y a des pertes totales. C’est clair. »

Il faudra beaucoup de temps pour que la situation revienne à la normale dans les zones sinistrées par les inondations, et la sécurité civile s’apprête à ouvrir un nouveau front sur la rivière Richelieu cette semaine.

Les dernières prévisions d’Environnement Canada laissent entrevoir quelque 40 millimètres de pluie dans le sud du Québec, une quantité qui ne sera probablement pas aussi importante dans le corridor de la rivière des Outaouais et du fleuve Saint-Laurent, mais qui n’épargnera pas le lac Champlain.

Selon Éric Houde, de la sécurité civile, « la rivière Richelieu va se mettre à monter aussi. On va tomber en inondation moyenne », a-t-il confié à La Presse canadienne.

On s’attend ainsi à des débordements dans la baie Missisquoi et le long de la rivière Richelieu entre le lac Champlain et le barrage de Chambly, soit dans les mêmes secteurs qui avaient été durement touchés en 2011, notamment la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu.

Bilan cumulatif impressionnant

Un tel dénouement viendrait encore gonfler des chiffres déjà impressionnants.

Les bilans fournis quotidiennement par la sécurité civile, faut-il le préciser, ne comprennent que les maisons inondées et les sinistrés évacués au moment où ils sont publiés.

Ainsi, alors que le bilan de mardi fait état de 6704 résidences inondées et de 10 264 personnes évacuées, le bilan cumulatif obtenu par La Presse canadienne démontre que, depuis le début des inondations, 182 municipalités ont été touchées, 9070 résidences et 273 commerces ont été inondés et pas moins de 12 034 citoyens ont été évacués.

La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, faisait preuve d’un optimisme modéré, mardi matin, en affirmant que l’on pouvait voir « la lumière au bout du tunnel », mais tout indique que ce tunnel sera encore très long.