Des millions d’aide dorment dans les coffres d’Ottawa

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s’étonne du peu de popularité du Programme national d’atténuation des catastrophes.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s’étonne du peu de popularité du Programme national d’atténuation des catastrophes.

C’est une critique qui revient souvent en période d’inondation : la cartographie des zones inondables au Québec est à bien des endroits désuète, voire absente. Or, le gouvernement fédéral a mis de l’argent à la disposition des provinces pour s’y attaquer. Non seulement le programme a été peu utilisé, mais le Québec n’a pas sollicité un sou !

Le Programme national d’atténuation des catastrophes (PNAC), établi en 2015 pour une période de cinq ans, est doté d’une enveloppe de 200 millions de dollars. Il offre aux provinces et territoires du financement pour évaluer les risques d’inondation, mettre à jour la cartographie, élaborer des mesures d’atténuation ou réaliser celles-ci.

 

200 millions
C’est le budget que le gouvernement fédéral a mis à la disposition des provinces pour les aider à se protéger contre les désastres naturels, comme les inondations.

 

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Ralph Goodale, s’étonne du peu de popularité de ce programme. « Le PNAC est en place depuis quatre ou cinq ans, et bien franchement, je dois dire que je suis surpris qu’il n’ait pas été utilisé davantage pour cartographier les risques d’inondation et aider les provinces et les villes à savoir exactement ce qui se produira dans les cours d’eau si elles reçoivent cinq, dix ou quinze pouces de précipitations », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse vendredi visant à expliquer ce que fait Ottawa pendant les inondations actuelles. « Mais depuis un an ou deux, parce que nous avons vécu des situations tragiques à travers le pays, l’intérêt pour le programme a augmenté. »

Selon les données obtenues par Le Devoir, les provinces n’ont demandé que 7,5 millions de dollars la première année du programme, puis 12,8 millions, 24 millions et enfin presque 33 millions en 2018-2019. Au total, donc, seulement 77 des 200 millions ont été distribués. Il ne reste qu’un an au programme.

Le Québec n’a pas obtenu un sou parce qu’il n’a pas signé d’entente avec Ottawa pour ce fonds, indique-t-on du côté fédéral. Le gouvernement du Québec a indiqué qu’il ne serait pas capable d’expliquer avant la semaine prochaine pourquoi une telle entente n’a pas été signée.

Le PNAC a été annoncé dans le budget fédéral de février 2014 dans la foulée de l’inondation historique survenue à Calgary l’été précédent et ayant débouché sur l’évacuation de 80 000 personnes (à l’époque, ce fut la plus importante catastrophe naturelle de l’histoire du Canada).

Si Québec n’a pas demandé d’argent d’Ottawa, il a néanmoins investi ses propres deniers. Dans la foulée des inondations de 2017, un programme de mise à jour de la cartographie des zones inondables a été lancé l’an dernier : 20,5 millions sont destinés à huit communautés métropolitaines, villes ou MRC pour terminer leurs cartes d’ici décembre 2020, et 27,6 millions serviront d’ici 2023 à cartographier une cinquantaine de bassins versants.

Financer les déménagements

Par ailleurs, le ministre Goodale a pris acte du désir du premier ministre québécois François Legault de financer le déménagement des résidents situés en zone inondable. Il a rappelé que c’est ce qu’avait fait la ville de Calgary après l’inondation de 2013. Il souscrit à cette idée et se montre disposé à discuter avec les provinces d’une éventuelle participation d’Ottawa à un tel programme.

« Il [M. Legault] a parlé d’un incitatif pour relocaliser les gens. Aucune demande n’a encore été faite pour demander la participation du gouvernement du Canada, mais il va sans dire que nous devrons regarder ce qui est approprié dans les circonstances », a-t-il indiqué.

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