La situation risque de s’aggraver dans les prochains jours

Les autorités de sécurité publique ont lancé en milieu d’après-midi, jeudi, une alerte avisant tous les citoyens en aval du barrage de la Chute-Bell d’évacuer sans délai.
Photo: Hydro-Québec Les autorités de sécurité publique ont lancé en milieu d’après-midi, jeudi, une alerte avisant tous les citoyens en aval du barrage de la Chute-Bell d’évacuer sans délai.
La situation va s’aggraver au cours des prochains jours avant que les sinistrés connaissent un répit avec les précipitations attendues.

Les prévisions de précipitations d’Environnement Canada, relativement modestes en début de semaine, n’ont cessé d’augmenter et laissent maintenant entrevoir le déversement de quantités importantes d’eau qui s’ajouteront à la fonte des neiges à l’intérieur des terres dans les régions les plus touchées, soit l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie.

Le dernier bilan dévoilé vendredi matin montre d’ailleurs une progression constante du nombre de sinistrés à travers la province, alors que 3148 résidences sont présentement inondées, 2305 autres sont isolées par l’eau qui les rend inaccessibles et 1111 citoyens sont évacués.

Ces chiffres, en plus, ne tiennent pas compte des milliers de sinistrés dans les secteurs où l’eau est redescendue et qui ne sont plus sur la liste d’Urgence Québec.

Pour ce qui est de la pluie attendue, alors que les prévisions faisaient état d’un 20 à 30 millimètres en début de semaine dans les régions touchées, la trajectoire du système qui frappe maintenant le Québec s’est déplacée vers le nord, de sorte que l’on parle maintenant de 40 à 50 millimètres de pluie au cours des deux prochains jours dans le corridor le plus touché, soit toute la rive nord du Saint-Laurent, de l’extrême-sud jusqu’à la Côte-Nord.

Barrage en débordement
Pendant ce temps, le barrage de la Chute-Bell, sur la rivière Rouge, à la limite de l’Outaouais et des Laurentides, demeure sous très haute surveillance après l’évacuation d’urgence, jeudi, de tous les citoyens en aval après qu’Hydro-Québec eut averti d’un risque de rupture de l’ouvrage centenaire, avertissement qui a semé un vent de panique dans le secteur.

La Sûreté du Québec a procédé à l’évacuation de 61 résidences. Une soixantaine de personnes ont pu évacuer d’elles-mêmes, mais une quinzaine d’autres ont dû être rescapées par hélicoptère, leurs résidences n’étant plus accessibles par voie terrestre.

Les policiers entendent retourner dans chacune des résidences pour s’assurer que leurs habitants n’y sont pas retournés durant la nuit.

Hydro-Québec, de son côté, a installé une caméra de surveillance et des limnimètres pour mesurer les niveaux d’eau au barrage.

La société d’État note que le débit a atteint, jeudi, 1000 mètres cubes à la seconde, soit le débit maximal pour lequel l’ouvrage a été conçu lors de sa construction en 1915 et on s’attend à une hausse de ce débit avec la pluie et la fonte des neiges.

Le porte-parole d’Hydro-Québec, Éric Moisan, a reconnu qu’« au-delà de 1000 mètres cubes, on ne connaît pas le comportement de la centrale si jamais on avait plus d’eau ».

Il a toutefois précisé qu’un barrage « ne cède pas nécessairement ; c’est du béton, c’est très solide » et que le débit actuel fait en sorte que l’eau passe sur l’évacuateur : « C’est une crête déversante. L’eau passe par-dessus et c’est conçu pour ça, mais on voit qu’avec le débit, l’eau passe à côté et c’est ça qui nous inquiète dans le fond. »

État d’urgence et d’alerte
À Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a averti ses citoyens de se préparer au pire. « D’ici lundi ou mardi, on devrait dépasser les niveaux les plus élevés de 2017, et ce, partout sur le territoire », a-t-il dit en conférence de presse vendredi avant-midi.

« Ce qu’on va vivre dans les prochaines semaines, on ne l’a jamais vécu », a-t-il ajouté.

Dressant le bilan, le directeur du service des incendies Denis Doucet a fait état de 1800 logements et 4142 personnes touchés par la crue des eaux.

À Ottawa, l’état d’urgence a été décrété jeudi par le maire Jim Watson, provoquant l’envoi d’aide militaire et la visite, vendredi matin, du premier ministre ontarien Doug Ford.

La capitale fédérale attend 400 soldats vendredi pour prêter main-forte dans les zones inondées qui sont situées loin du centre de la ville. Le maire Watson a dit s’attendre à plus de dégâts qu’aux inondations de 2017.

À Laval, devant la prévision d’augmentation des niveaux d’eau, les autorités municipales ont recommandé aux citoyens des secteurs les plus à risque d’évacuer dès maintenant et annoncent qu’elles cessent la livraison de sacs de sable dans ces secteurs afin de concentrer toutes leurs énergies à la sécurité et la protection des citoyens et des employés.