Le mal change de place

Un citoyen de Gatineau, Mike Laurent, s’est déplacé mercredi en canot dans les rues inondées de la ville.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Un citoyen de Gatineau, Mike Laurent, s’est déplacé mercredi en canot dans les rues inondées de la ville.

Alors que l’intensité des crues printanières avait diminué en Beauce, mercredi, les eaux continuaient à s’élever dans plusieurs zones au nord du fleuve, de l’Outaouais à la Capitale-Nationale. Le niveau des lacs des Deux-Montagnes et Saint-Pierre devrait se stabiliser vers la fin de la semaine, mais les rivières coulant du nord ne font que commencer à se gonfler, avertissent les autorités.

« On a deux situations au Québec actuellement, synthétise Thomas Blanchet, porte-parole du ministère de la Sécurité publique. Sur la rive sud du Saint-Laurent, on est en décrue. Le niveau des rivières est à la baisse. Les municipalités de la rivière Chaudière commencent même à faire des séances d’information pour la réintégration des résidences. »

« Mais on a des hausses du niveau pour l’archipel de Montréal, le lac des Deux-Montagnes et le lac Saint-Pierre, enchaîne-t-il. Il n’y a pas de maisons supplémentaires qui sont inondées, mais le niveau de l’eau est en hausse. Même chose pour l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière, la Mauricie et la Capitale-Nationale. Au nord de ces régions-là, il y a encore beaucoup de neige, donc les risques y sont élevés. Là-bas, la crue printanière commence. »

La municipalité de Saint-André-d’Argenteuil se situe justement à l’intersection de la rivière des Outaouais, qui monte doucement, et de la rivière du Nord, alimentée par la fonte des neiges dans les hautes Laurentides. Cette dernière n’avait pas débordé au printemps 2017, mais a paralysé une partie du centre-ville cette année.

« On a fait beaucoup de travail sur les routes parallèles à la rivière, explique le maire de la municipalité, Marc-Olivier Labelle. Ça a été très efficace. C’est une bonne nouvelle, étant donné qu’on s’attend encore à une augmentation du niveau de la rivière du Nord dans les prochains jours. »

Il estime que la préparation des autorités et des citoyens s’est généralement révélée adéquate. Tout le monde voulait limiter les dommages. « Les cicatrices de 2017 sont bien présentes, que ce soit sur le terrain ou dans la tête », lance-t-il au téléphone.

Au niveau de 2017

En après-midi, le débit à la Centrale hydroélectrique Carillon, sur la rivière des Outaouais à la hauteur de Saint-André-d’Argenteuil, était de 8200 m3/s. Au printemps 2017, il s’est élevé jusqu’à 9164 m3/s. « Compte tenu des précipitations des derniers jours, et Dieu sait qu’il y a encore beaucoup de neige dans le nord, on devrait s’approcher du débit de 2017 », explique Francis Labbé, un porte-parole chez Hydro-Québec, qui s’attend lui aussi à ce que la crue se poursuive plusieurs jours.

À Laval, les travaux visant à contenir les eaux se poursuivaient mercredi pendant que le lac des Deux-Montagnes, tout juste à l’ouest, continuait sa montée en menaçant d’isoler les résidents de petites îles à la pointe sud-est de la ville.

En début de soirée, le niveau de l’eau s’élevait à 13 cm en dessous du pont de l’île Bigras, qui donne aussi accès aux îles Pariseau et Verte. Quelque 380 personnes résident sur ces îlots, dont l’entrée routière pourrait être coupée si le pont est submergé. La Ville assure toutefois qu’un accès piétonnier serait maintenu si le pont était fermé aux automobiles.

Un peu plus loin à Laval, en bordure de la rivière des Mille-Îles, une digue haute de 4 à 6 pieds et longue de 775 mètres est en construction dans le secteur de la rue Riviera.

« C’est sûr que les niveaux vont continuer à monter. On ne laissera pas les citoyens au dépourvu », soutient Louis-Philippe Dorais, responsable des communications à la Ville de Laval.

Visite de Trudeau

À Gatineau, le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu au centre d’aide aux sinistrés situé dans le district du Lac-Beauchamp, un secteur de la ville touché par les inondations, en début d’après-midi mercredi.

 
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau s’est rendu mercredi à Gatineau pour saluer le travail des bénévoles et des militaires.

Après avoir salué le travail des bénévoles sur place, le premier ministre a pris la parole pour dire que ce triste scénario risque « malheureusement » de se reproduire.

« Il va falloir que l’on continue à travailler ensemble, qu’on regarde avec les résidents comment on va pouvoir accepter que c’est une nouvelle réalité à laquelle on va faire face dans les années à venir. Il faut commencer à penser à comment on va s’adapter, comment on va aider les gens », a-t-il déclaré.

Selon le bilan de mercredi d’Urgence Québec en soirée, 2499 résidences étaient inondées, 2177 étaient isolées et 972 personnes avaient évacué leur domicile.

On attend, pour vendredi, des précipitations de l’ordre de 25 mm de pluie dans la région métropolitaine.

Avec La Presse canadienne