Hausse du niveau d'inquiétude face aux inondations

Des résidents de Rigaud ont rempli des sacs de sable en grande quantité, jeudi, pour tenter d’endiguer l’inondation prévue.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Des résidents de Rigaud ont rempli des sacs de sable en grande quantité, jeudi, pour tenter d’endiguer l’inondation prévue.

Les fortes pluies attendues au cours des prochains jours font craindre le pire et incitent à la plus grande prudence : des mesures d’urgence ont déjà été adoptées dans certaines villes et certains élus demandent d’ores et déjà à leurs concitoyens de ne pas engager le combat contre la nature, combat qu’ils jugent perdu d’avance.

Pourtant, malgré l’appel de leur maire à ne pas dépenser d’énergie inutilement, de nombreux résidents de Rigaud s’affairaient jeudi à ériger des murs de sacs de sable pour freiner la montée des eaux prédite.

« On n’est toujours pas pour rester les bras croisés en attendant que l’eau arrive. Nous, on fait de la prévention », lance Suzanne Labrie, qui avec l’aide de son fils et de proches encerclait sa résidence avec des centaines de sacs de sable.

Le message est très simple : évacuez. Sortez de là, vous êtes dans une zone inondable, les sacs de sable, ça ne donnera rien.

 

Tout comme pour plusieurs autres riverains, les derniers jours ont des airs de déjà-vu, puisqu’en 2017 sa rue avait été complètement submergée. Les cicatrices de cette dernière inondation sont toujours visibles, plusieurs maisons ayant été depuis démolies et les terrains, rachetés par la Ville. « Les dommages ont été trop importants, ils n’ont plus été autorisés à reconstruire », explique Mme Labrie.

C’est sur les ordres des policiers, assistés par des militaires des Forces armées canadiennes, que Mme Labrie et plusieurs voisins s’étaient résous à évacuer leur résidence il y a deux ans.

« Cette fois-ci, je vais partir avant, mais je vais continuer à venir faire un tour », assure-t-elle.

En matinée, le maire de Rigaud a averti que la montée des eaux prévue au cours de la fin de semaine du congé pascal sera pire que celle de 2017. « Il y a des citoyens qui ne veulent pas y croire, mais je vous le dis, ça s’en vient. Le wishful thinking, ça ne donnera rien », a déclaré le maire Hans Gruenwald. « Le message est très simple : évacuez. Sortez de là, vous êtes dans une zone inondable, les sacs de sable, ça ne donnera rien », a-t-il ajouté. Il a ordonné aux riverains d’évacuer leur résidence dans les 24 prochaines heures. Cette fois, a-t-il dit, il ne fera pas appel aux policiers pour forcer l’évacuation et a prévenu que si certains décident de rester, ce sera à leurs risques. « Ça va arriver tellement vite que les gens n’auront pas le temps de se préparer », a-t-il fait valoir. Il a insisté sur les limites à résister aux forces de la nature. « En 2017, j’ai vu des gens s’arracher le coeur à travailler 24 heures sur 24 pendant deux semaines pour réaliser qu’il manquait finalement deux pouces de sacs de sable. Ça tire de l’énergie, tout ça, même les gens les plus organisés et les plus en forme succombent à la force de la nature », a souligné M. Gruenwald.

Sur le chemin de la Pointe-Séguin, où l’eau a déjà commencé à envahir les terrains, William Bradley n’est pas impressionné par les avertissements des autorités.

« C’est facile de nous dire de ne rien faire […] Nos efforts sont utiles. J’ai deux génératrices, et s’il y a de l’eau dans la maison, bien, on montera la télévision. Et s’il faut partir, on a notre chaloupe », explique l’homme qui a lui aussi vécu les inondations du printemps 2017.

À Gatineau, le maire Maxime Pedneaud-Jobin a opté pour une stratégie contraire à celle de son homologue de Rigaud.

« Comme en 2017, je persiste à dire que les gens peuvent défendre leur maison le plus longtemps possible avant d’être évacués. La dernière fois, quand les pompiers leur ont dit qu’il était temps de partir, les gens obéissaient », a-t-il souligné.

Le maire Pedneaud-Jobin a même lancé un appel aux citoyens pour aider les riverains à remplir des poches de sable. Une corvée de solidarité est même prévue vendredi de 10 h à 16 h.

État d’alerte

En raison des inondations imminentes, plusieurs municipalités ont été forcées d’enclencher des mesures d’urgence, jeudi. « Il y a un corridor de précipitations qui va longer le fleuve partant de l’Outaouais jusqu’au Bas-Saint-Laurent, et qui amènera de 50 à 80 mm dans certaines régions », rappelle Thomas Blanchet, porte-parole du ministère de la Sécurité publique.

À Montréal, la Ville a annoncé en fin d’après-midi déployer son plan d’intervention d’urgence, entre autres dans les arrondissements d’Ahuntsic, de Pierrefonds-Roxboro, de L’Île-Bizard–Sainte-Geneviève, de Rivière-des-Prairies–Pointe-aux-Trembles et de Montréal-Nord.

Le maire de Laval a déclaré l’état d’urgence alors que 1500 adresses pourraient être touchées par les débordements.La Loi sur la sécurité civile permet aux municipalités de faire un tel décret en cas de grave sinistre afin de réagir plus rapidement.

« Nous pourrons notamment effectuer les dépenses nécessaires et octroyer tous les contrats qui pourraient être requis, comme l’achat de sable ou d’équipement, sans passer par les processus habituels », a expliqué le maire de Laval, Marc Demers, dans un communiqué. Des sacs de sable sont actuellement distribués dans la municipalité afin de contenir la progression des eaux. Des rues sont fermées et des secteurs sont surveillés par les autorités. Une patrouille se déplaçant de porte en porte sera bientôt mise en place afin de repérer des « enjeux de sécurité et de santé ».

Ce sera à leurs risques s’ils décident de rester là, parce qu’il va arriver un moment où les services d’urgence ne seront plus en mesure de se rendre

 

La Ville de Deux-Montagnes avait activé des mesures de prévention. Près de 1700 blocs de béton imperméabilisés à l’aide d’une membrane souple en polyéthylène étaient déployés jeudi le long du lac des Deux Montagnes de façon à créer une digue.

À Beauceville, où les citoyens ont été surpris mercredi par une rapide montée des eaux après qu’un embâcle eut cédé, la Ville les a autorisés à réintégrer leur domicile.

« Nous maintenons une surveillance adaptée jusqu’à ce que le risque soit éliminé, soit à la suite du départ de l’embâcle et selon la température annoncée », a indiqué Paul Morin, directeur des communications de Beauceville.

Collaboration exigée

La ministre de la Sécurité publique a également lancé un appel à la collaboration des citoyens qui résident dans des zones inondables.

« Sans être alarmiste, il faut être réaliste », a-t-elle soutenu. « Je pense aux gens qui ont été inondés dans le passé, ils doivent être conscients que le risque est avéré », a-t-elle ajouté.

Elle a insisté sur l’importance de suivre les indications des autorités et de ne pas attendre à la dernière minute pour évacuer. « Soyez prudents, ne prenez pas de risques inutiles », a-t-elle martelé. Pour l’instant, l’aide de l’armée n’est pas nécessaire, a indiqué la ministre Guilbeault, qui assure que les ressources actuelles suffisent.


Avec Alexis Riopel
1 commentaire
  • Claude Bariteau - Abonné 19 avril 2019 16 h 42

    En 2017, le gouvernement Couillard n'a pas créé un groupe d'étude pour identifier les moyens susceptible de stopper les afflux d'eau à l'ouest de Montréal causés par la rivière Gatienau et les niveaux d'eau du Saint-Laurent. Résultat : on est au même point. Idem pour les hausses de niveaux d'eau sur le Richelieu et la Chaudière, qui affectent les riverains à qui on a permis de se construire dans des zones devenues à haut risque.

    La solution n'est pas uniquement de compenser des relocalisations. Il faut aussi se doter d'outils (barrages, etc) pour prévoir le futur qui n'annonce pas une diminution des inondations dans plusieurs régions.

    Il y a pourtant urgence de le faire.