Les citoyens de Beauceville constatent les dégâts des inondations et se préparent au pire

On a fait appel à l’équipement lourd pour déplacer les immenses blocs de glace que la rivière Chaudière a emportés avec elle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir On a fait appel à l’équipement lourd pour déplacer les immenses blocs de glace que la rivière Chaudière a emportés avec elle.

Inondés année après année, des sinistrés de la spectaculaire crue à Beauceville envisagent de plus en plus d’abandonner leur résidence au bord de la rivière pour aller s’installer ailleurs.

« La ministre [Geneviève Guilbault] a raison. On ne peut plus reconstruire aussi près de la rivière. Chaque année, c’est stressant parce qu’on se demande si on va être corrects. Les familles ne devraient plus prendre ces risques-là », estime Florence Couture-Rodrigue, rencontréealors qu’elle constatait mercredi les dégâts dans sa résidence.

Son sous-sol a été complètement submergé. Sous la force du courant, son appareil de chauffage central a été déplacé et flottait au beau milieu de la pièce, entouré de plusieurs objets. Pour la première fois, l’eau a même réussi à pénétrer le rez-de-chaussée.

Je vais vous le dire bien franchement, si le gouvernement me rachète le terrain, je m’en vais. Je suis décidé, je passe à autre chose.

 

Depuis mardi, la municipalité de 6339 habitants est en état d’urgence. Vers 6 h mardi, la rivière Chaudière est sortie de son lit.

Après avoir habité 62 ans à quelques pas au sud de la rivière Chaudière et avoir vécu les inondations majeures de 1957 et 1991, la Beaucevilloise de 87 ans tente de se résoudre à accepter que le temps est venu de quitter la maison où elle a élevé ses enfants.

« Ç’a été pire qu’en 1991. À l’époque, l’eau était montée lentement, mais mardi, c’est arrivé subitement. C’était épouvantable », raconte la dame, qui malgré la résilience de ses mots ne pouvait cacher le pincement au coeur devant l’état de sa demeure. « C’est certain que j’aimerais quand même pouvoir revenir passer un dernier été ici », confie-t-elle.

Un de ses voisins, Richard Alain, assure que si l’offre de la ministre de la Sécurité publique d’un incitatif financier pour s’installer ailleurs lui est présentée, il quittera le bord de la rivière.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Florence Couture-Rodrigue dont le sous-sol a été inondé, l’eau réussissant même à s’infiltrer au rez-de-chaussée.

« Je vais vous le dire bien franchement, si le gouvernement me rachète le terrain, je m’en vais. Je suis décidé, je passe à autre chose. À la hauteur d’eau que j’ai eue cette année, ça commence à bien faire ! » a-t-il laissé tomber alors qu’il vidait son sous-sol.

Répit de courte durée

Du côté nord de la rivière, où se trouve le centre-ville de la municipalité de 6339 habitants, le même scénario se vivait. Le soleil radieux de mercredi a fait du bien au moral, mais les Beaucevillois étaient conscients que cette lueur était de courte durée.

En fin d’après-midi mercredi, la situation était toujours critique. Le temps chaud et la pluie prévus durant la fin de semaine du congé pascal pourraient de nouveau gonfler la rivière Chaudière. De 35 à 50 millimètres de pluie sont attendus entre jeudi et samedi et des températures douces entre 8 et 10 degrés ont été annoncées. L’important embâcle de 4 km s’est légèrement déplacé sans toutefois écarter la possibilité d’une deuxième montée des eaux.

« On essaie de sauver ce qu’on peut, parce qu’avec la pluie attendue dans les quatre prochains jours, on pense que l’eau remontera », mentionne Julie Lessard, qui profitait du répit pour vider le commerce familial. L’entreprise d’installation électrique subira d’importantes pertes, prédit Mme Lessard.

« On a perdu des dizaines de milliers de dollars de matériaux, alors on veut tenter de récupérer le maximum », mentionne-t-elle.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Marc Bernatchez observe le paysage rendu dramatique par tous ces blocs de glace.

Le boulevard Renaud, la principale rue commerciale qui longe la rivière Chaudière, était toujours paralysé tandis que la plupart des établissements qui s’y trouvent ont été inondés. L’eau s’était retirée pendant la nuit, laissant le temps aux gens de commencer le grand nettoyage.

Le IGA, seule épicerie de la ville, a dû se résoudre à vider et à jeter des étalages complets de nourriture aux poubelles.

« L’eau est montée trop haut, on ne peut pas courir de risque, alors on jette », a indiqué un employé, qui jetait le contenu d’un panier d’épicerie dans un immense conteneur.

Marc Bernatchez, qui réside sur le boulevard Renaud, peinait à réaliser l’ampleur de l’inondation. Devant les énormes blocs de glace complètement figés devant le commerce où il travaille, il raconte la scène catastrophique qui s’est déroulée sous ses yeux la veille.

« Je ne suis pas propriétaire du logement que j’habite, mais j’envisageais justement de l’acheter cette année […] On était rendus à prendre une décision, mais disons que ce qui vient d’arriver met fin à notre réflexion », dit-il.

Il estime lui aussi qu’il n’est plus envisageable de bâtir si près de la rivière. « Les maisons au bord de l’eau sont de toute beauté, mais être pris avec le même problème chaque année, c’est non pour moi », insiste-t-il.

Le bord de l’eau pourrait aussi être abandonné par la municipalité de Beauceville, dont la mairie est située dans la zone inondable.

« Absolument [on aimerait déménager]. Ça fait quelques années que c’est à l’étude et qu’on envisage de déplacer l’hôtel de ville, mais on est une très petite municipalité, et ça prend des sous et de l’aide financière », a souligné le maire François Veilleux lors d’une mêlée de presse. Il a rappelé qu’il est toutefois impossible d’envisager le déménagement de tous les commerces et résidences du centre-ville.

« Ça serait assez compliqué de déménager 200 maisons en même temps », a-t-il admis. « On a toute une réputation, les Beaucerons, de se retrousser les manches et de travailler, mais les commerçants sont essoufflés. Je vois leurs visages, leurs larmes. On a hâte d’avoir de l’aide concrète et permanente », a-t-il confié.

Plusieurs avertissements de crue

Plusieurs millimètres de pluie et des températures chaudes sont attendus prochainement sur le Québec, ce qui pourrait provoquer des inondations dans différents secteurs de la province. Outre la rivière Chaudière, la rivière des Mille Îles à la hauteur de Laval est sortie de son lit, mais les résidences ne sont pas touchées pour l’instant. Un embâcle s’est aussi formé dans la rivière Matapédia, en Gaspésie, mais seule une route était inondée au moment où ces lignes étaient écrites. Le ministère de la Sécurité publique signale un « risque élevé » d’inondations pour les régions au nord du fleuve Saint-Laurent, de l’Outaouais jusqu’à la Capitale-Nationale. La région de Montréal pourrait aussi être concernée, tout comme les municipalités au sud du fleuve qui sont situées près des cours d’eau, dont la Montérégie et le Centre-du-Québec. Certaines villes ont déjà commencé à se préparer : Gatineau, Trois-Rivières et Laval distribuent des sacs de sable. La ville de Rigaud a de son côté activé les mesures d’urgence. La Presse canadienne

1 commentaire
  • Denis Paquette - Abonné 18 avril 2019 06 h 50

    et oui,il y a dieu mais également la bonne volonté humaine qui souvent devrait nous guider a moins de se croire directement envoyé de dieu

    faut-il rendre responsable années après années, le gouvernement des avaries désirés par dieu,, voila la grande question, n'y a--t-il pas une certaine sagesse populaire qui devrait primée sur ces actes of god,