Sinistre: les édifices québécois bien protégés?

L’incendie qui a ravagé lundi la cathédrale Notre-Dame à Paris met en relief le danger qui guette les bâtiments patrimoniaux. Les immeubles anciens et les églises au Québec sont-ils aussi vulnérables face aux sinistres ?

Les édifices montréalais ne sont pas à l’abri, reconnaît Louise Desrosiers, chef de section au Service de sécurité incendie de Montréal (SIM), mais sur le territoire de l’agglomération de Montréal, 80 % des églises sont dotées de gicleurs automatiques, indique-t-elle. « Les normes de sécurité incendie sont beaucoup plus sévères en Amérique du Nord qu’en Europe », précise-t-elle.

Les églises d’ici comportent aussi moins de bois et davantage de béton, ajoute-t-elle. La basilique Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal, a été mise aux normes à la suite de l’incendie de 1978 qui a endommagé la chapelle du Sacré-Coeur. Elle est désormais dotée de systèmes d’alarme et de gicleurs, tout comme l’oratoire Saint-Joseph, qui avec sa structure en béton présente un risque peu élevé, assure-t-elle.

Le SIM a procédé à 400 inspections dans les lieux de culte au cours des quatre dernières années. « Les assureurs vont être parfois plus sévères que la réglementation pourrait l’être dans ce type de bâtiment », fait valoir Mme Desrosiers.

Les chantiers

Les travaux qui sont effectués dans les bâtiments peuvent toutefois présenter des risques. En 2002, la basilique-cathédrale Sainte-Cécile, à Valleyfield, avait subi d’importants dommages lorsqu’un incendie s’était déclaré à l’occasion de travaux de rénovation.

De son côté, l’hôtel de ville de Montréal, qui avait été ravagé par un incendie en mars 1922, fera l’objet de travaux majeurs de restauration au cours des trois prochaines années. Faut-il s’en inquiéter ?

À cet égard, des précautions particulières s’appliquent, indique Louise Desrosiers. Ainsi, comme dans tout immeuble, s’il y a des travaux impliquant des « procédures par points chauds », comme la soudure, et qu’il y a présence de matériaux combustibles, une surveillance jusqu’à 60 minutes après les travaux est requise et une inspection est obligatoire quatre heures après la fin des opérations.

Des vocations à trouver

L’évêque auxiliaire de Montréal, Alain Faubert, estime aussi que compte tenu des normes en vigueur et des exigences des assureurs, l’ensemble des églises ouvertes au public sont bien protégées, qu’il s’agisse de la basilique Notre-Dame ou des petites églises paroissiales.

Mais les églises où les activités ont cessé sont beaucoup plus à risque. C’est le cas des églises Saint-Eusèbe-de-Verceil, dans Ville-Marie, et Saint-Bernardin-de-Sienne, dans Saint-Michel, qui étaient fermées depuis des années et qui ont été incendiées au cours des derniers mois.

« Le vrai défi, ce n’est pas la protection contre les incendies, mais c’est de faire tenir les églises debout à travers les intempéries, le gel-dégel, les problèmes de structures et de toits qui coulent, d’infiltrations, de champignons et d’insalubrité », explique Mgr Faubert.

Le Diocèse de Montréal espère d’ailleurs pouvoir rencontrer des représentants de l’administration Plante afin de discuter de l’avenir de certaines églises. « Il y a bien sûr une responsabilité pour les communautés ecclésiastiques de prendre soin des bâtiments dont elles ont hérité, mais la mission première de ces communautés n’est pas d’être uniquement concentrées sur la préservation de bâtiments, mais aussi d’être au service du sens et de la dignité des personnes dans leur milieu », explique-t-il.

Trouver une nouvelle vocation à ces bâtiments tout en restant fidèle à leur mission première de lieu de rassemblement représente un défi dans un contexte où les fabriques disposent de budgets limités, dit-il : « À tout vouloir garder, on va tout perdre. »

Une aide du Québec ?

Le premier ministre François Legault croit qu’il y a des leçons à tirer de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris quant aux mesures de protection à appliquer aux immeubles patrimoniaux au Québec. « C’est quelque chose qu’il faut regarder », a-t-il commenté en mêlée de presse. « On n’a pas le même mode de propriété. Là-bas, [les édifices religieux] appartiennent à la France. Chez nous, ce sont plus des communautés religieuses qui sont toujours propriétaires », a-t-il signalé.

Le Québec pourrait prêter main-forte à la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris. « Hier, ça me faisait tellement mal au coeur de voir ce qui se passait là-bas », a-t-il relaté. « Si le Québec peut apporter une contribution, on est plus qu’ouverts. […] C’est le monde entier qui perd un joyau. »

Il n’a pas précisé quelle aide pourrait être offerte, mais elle pourrait être financière ou se traduire par le recours à l’expertise québécoise pour l’orgue de la cathédrale, par exemple, a-t-il suggéré.

Avec Mylène Crête