État d’urgence à Beauceville après les crues printanières

Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le centre-ville de Beauceville a été inondé quand un embâcle a cédé.

Surpris par une rapide montée des eaux après qu’un embâcle eut cédé, des résidents de Beauceville, dans Chaudière-Appalaches, ont dû être évacués d’urgence tôt mardi tandis que d’autres sont demeurés prisonniers de leur résidence.

« C’est arrivé vraiment vite, on est restés pris à la maison. Nous ne pouvons pas sortir, nous sommes isolés », raconte Louise Bélanger, qui a assisté de sa fenêtre à l’évacuation de plusieurs de ses voisins.

La Beaucevilloise s’estime tout de même chanceuse, puisque sa résidence a été épargnée par l’inondation. « Je suis sur une petite côte, alors l’eau n’est pas arrivée jusqu’ici, mais deux maisons plus bas, ils ont été inondés. C’est assez émotif », mentionne-t-elle.
 

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La municipalité de 6339 habitants a décrété l’état d’urgence. Vers 6 h mardi, la rivière Chaudière est sortie de son lit après qu’un embâcle, qui s’était formé dans les derniers jours, eut cédé. Il est depuis impossible de circuler au centre-ville. Au moins 230 résidences ont été évacuées et plus d’une quarantaine de personnes ont été localisées dans les deux centres d’hébergement et seront prises en charge par la Croix-Rouge.

Habitués des crues printanières, les résidents assurent que la situation actuelle représente du jamais vu. « C’est au moins deux pieds d’eau de plus que la pire inondation que j’ai vue, et j’ai 50 ans », témoigne Jean-François Duval. À l’aide d’un drone, le résident a capté d’impressionnantes images au-dessus de la rivière Chaudière. « Cette fois, les gens ont été pris par surprise. On voit beaucoup de véhicules sous l’eau, les gens les avaient laissés dans leur stationnement », souligne M. Duval. 


La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, s’est rendue à la rencontre des sinistrés en après-midi. « C’était important pour nous d’être ici pour rassurer les sinistrés quant à cette situation critique. Nous sommes là et sommes prêts à toute éventualité », a expliqué Mme Guilbaut.

La veille, la ministre avait annoncé un nouveau programme d’aide financière aux sinistrés des inondations « plus souple, plus efficace et plus humain ». Il élimine notamment le besoin de fournir des pièces justificatives dans certains cas, ce qui ralentissait l’évaluation des demandes.

La ministre a également indiqué que les sinistrés pourraient envisager de se reconstruire ailleurs que dans une zone inondable.

C’est au moins deux pieds d’eau de plus que la pire inondation que j’aie vue, et j’ai 50 ans 

« Ça fait plusieurs fois que Beauceville est inondée. C'est toujours la même chose, les gens sont “tannés”, sont saturés de cette situation-là. Si le gouvernement peut offrir un incitatif financier, un soutien logistique pour se localiser ailleurs que dans une zone manifestement inondable, je pense que ce sera bienvenu », a-t-elle indiqué.

Les autorités surveillent toujours le secteur, puisque l’embâcle s’est reformé en aval de Beauceville, mettant à risque d’autres municipalités qui longent la rivière, dont Saint-Joseph-de-Beauce.

Rivières surveillées

Ailleurs dans la province, plusieurs rivières sont surveillées à l’approche de la longue fin de semaine du congé pascal. « Mercredi, ce sera plus calme, mais dès jeudi, une première dépression amènera une vague de précipitations », indique André Cantin, météorologue chez Environnement Canada.

« C’est certain que la fin de semaine va amener d’autres problématiques, et ça n’aidera probablement pas du côté de la Beauce », indique M. Cantin. D’ailleurs, les crues printanières risquent de toucher les régions de l’Outaouais, des Laurentides et de Québec, où on attend de 40 à 60 millimètres de pluie de jeudi à samedi. Dans les régions plus au sud, soit la Montérégie et l’Estrie, de 25 à 40 millimètres sont aussi attendus.

« Je veux rassurer les Québécois, on surveille la crue des eaux partout, et nous faisons le maximum en ce moment pour mettre toutes les chances de notre côté pour contrôler la situation », a indiqué mardi la ministre Guilbaut.

Plusieurs municipalités sont d’ailleurs sur le mode préventif. À Rigaud, une des villes les plus touchées lors des inondations de 2017, où l’armée avait été appelée en renfort, les citoyens ont été invités à commencer l’installation de sacs de sable devant leur résidence.

« On a une zone inondable 0-2 ans où résident plusieurs citoyens. Ils sont habitués à voir l’eau monter, mais on leur demande de se tenir prêts, au cas où ça deviendrait plus sérieux, et surtout de respecter les consignes des autorités », indique Marie-Andrée Gagnon, directrice des communications de la Ville de Rigaud.