Athéna Gervais est morte noyée, dit le coroner, montrant du doigt les boissons sucrées alcoolisées

La consommation excessive de boissons sucrées alcoolisées a joué un rôle dans la mort de la jeune Athéna Gervais l'année dernière, selon le coroner.
Photo: Elaine Thompson Archives Associated Press La consommation excessive de boissons sucrées alcoolisées a joué un rôle dans la mort de la jeune Athéna Gervais l'année dernière, selon le coroner.

Désorientée après avoir consommé une grande quantité de boisson sucrée alcoolisée, Athéna Gervais est morte noyée, conclut le rapport du coroner Martin Larocque.

« Athéna Gervais est décédée dans deux pieds d’eau. C’était hautement accessible pour elle de se sortir de là. On voit que l’effet du calage [d’alcool] a eu des répercussions fatales sur [sa vie] », a indiqué Me Larocque mercredi matin en rendant public son rapport.

La jeune fille de 14 ans a été retrouvée sans vie dans un ruisseau derrière son école secondaire à Laval en mars 2018. Le jour de sa mort, le 26 février, elle avait bu avec des amis trois canettes de 568 ml de FCKDUP — une boisson sucrée d’une teneur en alcool de 11,9 % désormais interdite — en 35 minutes. Soit l’équivalent de douze verres de vin, selon les calculs du coroner.

La jeune fille était toutefois la principale consommatrice, considérant la quantité d’alcool retrouvée dans son corps. Les analyses toxicologiques ont montré une concentration sanguine d’éthanol de 192 mg/100 ml, plus du double de la limite permise pour conduire une voiture.

De quoi désorienter sérieusement l’adolescente, dont les « fonctions cognitives ont été à ce point perturbées que cela a entraîné son décès [par noyade] », précise Me Larocque, qui met aussi en cause l’hypothermie.

« Il faut retenir du décès d’Athéna qu’il est impératif qu’un ensemble de mesures soient adoptées pour prévenir les dangers inhérents à la consommation excessive d’alcool chez les jeunes », a-t-il déclaré, notant que les cas d’intoxications aiguës à l’alcool et aux boissons sucrées alcoolisées chez les 14-24 ans sont « une problématique de santé publique réelle et préoccupante ».

Et les fabricants de boissons sucrées alcoolisées ont leur part de responsabilité, dit-il, puisque leurs produits s’adressent principalement aux jeunes. Que ce soit la grande quantité de sucre qui masque le goût et les effets de l’alcool, les publicités colorées aux slogans « cool », le prix d’achat ou encore l’accessibilité dans les dépanneurs et épiceries : « l’ensemble de ces facteurs banalise les dangers réels » de ce type de boisson, selon lui. « Est-ce que Athéna aurait pris 12 verres de vin en 35 minutes ? La réponse est non. »

Un avis partagé par le père de l’adolescente, Alain Gervais, qui s’est dit surpris de la quantité d’alcool consommée par sa fille. « Ça goûte le punch, le jus. Ça ne goûte pas [l’alcool], c’est hypocrite comme boisson. »

Recommandations

Afin qu’aucune autre tragédie ne survienne, le coroner recommande à Santé Canada de limiter la teneur en alcool dans les boissons sucrées alcoolisées à celle d’une consommation standard et non à une et demie comme dans le projet de réglementation actuel.

Il conseille aussi d’établir des normes de commercialisation, pour que leur emballage soit plus neutre et que ces produits ne soient pas positionnés de « façon stratégique » dans les commerces. Il parle même d’interdire la vente de ceux dont le nom ou l’image banalise la consommation d’alcool.

Enfin, le gouvernement devrait revoir les règles sur la publicité pour qu’elles s’appliquent également au contenu diffusé sur Internet et sur les réseaux sociaux, où les jeunes sont très présents.

Contacté par le Devoir, l’organisme fédéral dit examiner « attentivement le rapport du coroner et [qu’il prendra] en considération ses recommandations au fur et à mesure que se finalise [la] réglementation ».

De son côté, l’organisme Éduc’alcool a appuyé les recommandations du coroner, mais aurait souhaité qu’il aille plus loin. « Ces boissons ne devraient pas se retrouver dans un dépanneur, mais être vendues essentiellement à la Société des alcools du Québec [SAQ] », juge son directeur général, Hubert Sacy.

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