Levée de boucliers pour sauver un immeuble patrimonial à Pointe-Claire

Jusqu’en juillet dernier, l’ancien hôtel à valeur patrimoniale abritait le resto-bar Le Pionnier.
Photo: Google Street View Jusqu’en juillet dernier, l’ancien hôtel à valeur patrimoniale abritait le resto-bar Le Pionnier.

Dans l’espoir de sauver de la destruction un ancien hôtel datant de 1901, la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe-Claire entend contester une décision rendue la semaine dernière par le comité de démolition de la Ville. Celui-ci a approuvé les plans visant la construction d’appartements sur le site.

Jusqu’en juillet dernier, l’ancien hôtel abritait le resto-bar Le Pionnier. Mais l’établissement a fermé ses portes et l’immeuble de trois étages a été vendu à un promoteur immobilier. Celui-ci souhaite démolir l’immeuble patrimonial et acheter le stationnement adjacent — de propriété municipale — pour construire un projet immobilier de trois étages comportant des espaces commerciaux au rez-de-chaussée et des unités résidentielles aux étages supérieurs.

Plusieurs citoyens sont outrés de voir un bâtiment patrimonial disparaître et ils l’ont laissé savoir la semaine dernière aux membres du comité de démolition lors d’une séance visant à approuver les plans du projet d’appartements.

« Ce qui est proposé présentement, c’est un monstre. Ça ne s’intègre pas dans un village de 300 ans », a déclaré le citoyen Claude Arsenault aux membres du comité.

Selon les esquisses du projet présenté lors de cette assemblée par l’architecte du promoteur immobilier, un bâtiment de briques rouges de trois étages remplacera l’actuel bâtiment à être démoli. Certains éléments du bâtiment rappelleront l’ancien hôtel, comme une toiture mansardée et l’ajout de balcons, a-t-il expliqué.

Malgré les critiques de nombreux citoyens, le comité de démolition a donné son approbation au projet d’appartements au terme de l’assemblée.

Illustration: Développement Koebra Le projet immobilier de trois étages remplacera l'ancien hôtel datant de 1901.

Valeur patrimoniale

 

Situé dans le noyau villageois de Pointe-Claire, l’ancien hôtel a changé de vocation dans les années 1950 et a perdu son lustre d’antan. Non seulement a-t-il souffert d’un manque d’entretien, mais il a connu d’importantes transformations au fil des ans en plus d’avoir été contaminé par des infiltrations d’eau, la pourriture et l’amiante, indique une étude patrimoniale produite en 2018.

Sa valeur patrimoniale a été qualifiée de « faible » et la firme Architecture49 a recommandé sa démolition compte tenu des coûts élevés que nécessiterait sa restauration.

« C’est un bâtiment qui a subi beaucoup de transformations depuis sa construction en 1910. Il a perdu beaucoup de son cachet », reconnaît le président de la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe-Claire, Michel Forest. « Mais nous, à la Société, on considère que même si la valeur est faible, c’est un bâtiment qui mérite d’être sauvé et même d’être restauré. »

L’organisme n’entend pas en rester là et compte interjeter appel de la décision du comité de démolition. L’an dernier, l’organisme avait contesté sans succès l’autorisation de démolition.

Michel Forest explique que la Société tentera de mobiliser les citoyens autour de cet enjeu. « On a perdu une bataille la semaine dernière, mais la guerre est loin d’être finie », dit-il. « C’est un bâtiment qui est au coeur du village. Le projet de remplacement est un gros édifice, trois à quatre fois plus imposant que le bâtiment actuel. »

La majorité silencieuse

 

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires du maire John Belvedere, mardi. Il y a deux semaines, M. Belvedere a indiqué en entrevue à The Gazette que la « majorité silencieuse » appuyait la Ville dans ses efforts pour revitaliser le secteur.

Claude Arsenault estime que la construction des appartements va « détruire le caractère du village ». Ancien président de la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe-Claire, il a démissionné de son poste en juin 2018 quand il a appris que l’ancien hôtel allait être démoli. « J’ai démissionné pour pouvoir m’exprimer ouvertement sans avoir de menaces », a-t-il expliqué au Devoir.

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