Québec inflexible devant les chauffeurs de taxi

Les chauffeurs de taxi ont fait la grève hier dans plusieurs villes, notamment à Montréal et à Québec, pour montrer leur opposition à la réforme de l’industrie que veut leur imposer le gouvernement. Ils devraient toutefois reprendre le volant aujourd’hui.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les chauffeurs de taxi ont fait la grève hier dans plusieurs villes, notamment à Montréal et à Québec, pour montrer leur opposition à la réforme de l’industrie que veut leur imposer le gouvernement. Ils devraient toutefois reprendre le volant aujourd’hui.

Pendant que des milliers de chauffeurs avaient verrouillé les portes de leurs taxis dans tout le Québec, lundi, le ministre des Transports, François Bonnardel, fermait la sienne à toute majoration de l’enveloppe de 500 millions de dollars promise aux chauffeurs pour compenser l’abolition des 8367permis de taxis.

Il était en fait impossible de trouver un taxi au Québec lundi. De 7 h à 19 h, les chauffeurs ont fait la grève pour protester contre le projet de loi 17, déposé la semaine dernière, qui déréglemente l’industrie du taxi. À Montréal, Québec, Saguenay, Gatineau, Sherbrooke, Trois-Rivières, entre autres, des chauffeurs ont ralenti la circulation créant, à certains endroits, des bouchons de circulation monstres.

Dans la région métropolitaine, en pleine heure de pointe matinale, des convois circulant à très basse vitesse ont pris d’assaut l’autoroute 40 à la hauteur d’Anjou et l’autoroute 15 à Laval pour se diriger vers l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau. Les chauffeurs ont ensuite convergé vers les bureaux du ministère des Transports, sur le boulevard René-Lévesque Ouest, au centre-ville de Montréal, où la circulation a été complètement bloquée pendant quelques heures.

À Québec, des centaines de chauffeurs s’étaient rassemblés en convois à plusieurs endroits de la ville en matinée pour ensuite se diriger vers l’Assemblée nationale. Ils ont par la suite pris la direction de l’aéroport Jean-Lesage.

Ce dont le ministre ne se rend pas compte, c’est qu’on se bat avec l’énergie du désespoir. On n’a plus rien à perdre.

Malgré la colère des chauffeurs de taxi et bien qu’il assure ressentir « beaucoup d’empathie » pour eux, le ministre Bonnardel maintient le cap. « Le projet de loi, il est bon […] Il aurait dû être déposé ça fait des années déjà », a-t-il déclaré en point de presse en matinée.

Selon François Bonnardel, le gouvernement caquiste a trouvé un « bel équilibre entre le taxi traditionnel et les nouvelles technologies ». Mais pour Abdallah Homsy, porte-parole de l’industrie du taxi, ce projet de loi a été « dicté par Uber » et signe l’arrêt de mort du taxi traditionnel.

« C’est un projet de loi inhumain, qui va complètement raser l’industrie », souffle-t-il en entrevue.

Le projet de loi 17 prévoit l’abolition des permis de taxis et la fin des territoires de desserte. Il ouvre la porte aux nouveaux joueurs de l’industrie, en mettant fin aux projets-pilotes et en officialisant deux types de courses : les courses à prix variable, commandées par l’entremise d’une application mobile, et les courses à prix fixe, sollicitées par téléphone ou en hélant une voiture.

Pour tenter de désamorcer la crise, une rencontre aura lieu mardi entre le ministre des Transports et des représentants de l’industrie du taxi. François Bonnardel a toutefois déjà prévenu qu’il n’était pas question de renégocier la somme prévue pour éponger la perte que subiront les titulaires de permis de taxis. « Un demi-milliard, c’est beaucoup d’argent. […] C’est un montant final. »

On ne sait pas encore comment cette enveloppe sera répartie. Au 31 mars 2018, on comptait 8367 permis de propriétaires de taxi au Québec. La grande majorité de ces permis sont transférables et peuvent être revendus à fort prix. Leur valeur varie toutefois en fonction des régions.

À Montréal, certains titulaires ont payé plus de 150 000 $ pour acquérir leur permis. « C’est notre fonds de pension […] On va aller jusqu’au bout [de la mobilisation] », laisse tomber Wilson Jean-Paul, porte-parole du Regroupement des travailleurs autonomes Métallos, qui représente plus de 3000 chauffeurs et propriétaires de taxis du Québec. L’association réclame que le gouvernement rachète les permis de taxis selon la valeur du marché.

Un rapport de 2016 du Comité provincial de concertation et de développement de l’industrie du taxi, un organisme représentant l’industrie, chiffrait la valeur totale des permis à 1,5 milliard, une somme trois fois plus élevée que celle actuellement promise par le gouvernement en guise de compensation.

Les chauffeurs préviennent qu’une escalade des moyens de pression pourrait survenir dans les prochains jours. « Ce dont le ministre ne se rend pas compte, c’est qu’on se bat avec l’énergie du désespoir. On n’a plus rien à perdre », lance Abdallah Homsy, qui demande l’abandon complet du projet de loi 17.

Lundi en soirée, M. Jean-Paul a toutefois indiqué que la grève serait suspendue mardi afin de faciliter la rencontre avec le ministre Bonnardel, prévue à 13 h. La situation sera reconsidérée à la suite de la réunion.

Transport adapté

Lundi, le conflit s’est particulièrement fait sentir chez les personnes handicapées qui dépendent des taxis pour faire leurs activités. À Québec, où 85 % des déplacements en transport adapté se font en taxi, 2145 voyages ont dû être annulés lundi. Les véhicules disponibles ont été affectés en priorité aux rendez-vous médicaux, a expliqué l’élu responsable du transport à la Ville de Québec, Rémy Normand, en précisant que les travailleurs à mobilité réduite n’avaient pas tous été servis.

Selon ses informations, 4 des 20 taxis adaptés ont maintenu leurs activités malgré la grève. Au Regroupement des personnes handicapées de Québec (ROP-O3), on trouve que les chauffeurs vont trop loin. « Il y a d’autres moyens de mettre de la pression sur l’État que de s’en prendre à ces personnes-là », fait valoir le porte-parole, Olivier Collomb d’Eyrames.

Du côté de Montréal, la Société de transport a elle aussi dû prioriser les rendez-vous médicaux et annuler tous les déplacements prévus vers les centres de réadaptation en déficience intellectuelle, notamment.

Touristes

À l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau et à l’aéroport Jean-Lesage, plusieurs touristes ont dû composer avec la grève des taxis à leur arrivée. À Québec, les passagers étaient invités à utiliser le service Uber, à louer un véhicule ou encore à utiliser les navettes mises à disposition par certains hôtels. À Montréal, le service Uber était également recommandé, tout comme la ligne d’autobus 747, le service de train de Via Rail et les liaisons d’autobus privées.

Avec Alexis Riopel

2 commentaires
  • François Boulay - Abonné 26 mars 2019 10 h 21

    Taxi

    Dépenser 500M$ dans le seul but d'acceuillir une multinationale qui ne paie ni taxes ni impôts et qui causera la faillite de centaines de travailleurs, je ne comprends pas. En plus, avec la tarification à taux variable, le client ne fera aucune économie. Par hasard, vous verrez, ce sera variable vers le haut. On avait juste à dire NON et on aurait économisé 500M$. Quelle tristesse.

  • Daniel Thouin - Abonné 26 mars 2019 10 h 34

    Le vrai portrait du taxi?

    Les articles sur l'industrie du taxi mentionnent qu'il y a 8367 permis en circulation. On ne mentionne nul part le nombre de ces permis qui sont détenus par des entreprises, ceux détenus par des individus comme dans les coopératives et tous les chauffeurs qui gravitent autour de ce secteur. Pourrait-on obtenir un portrait plus juste de l'ensemble du secteur pour que les lecteurs du Devoir puissent avoir une meilleure lecture de l'offre qui est faite aux propriétaires de permis dans le projet de loi déposé par le gouvernement?