Le dernier dénombrement montre une aggravation du phénomène d'itinérance

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre d’itinérants «visibles» serait de 3149 à Montréal.

Le 24 avril 2018, près de 5800 personnes étaient en situation d’itinérance « visible » au Québec, révèlent les données d’un dénombrement effectué ce jour-là par des escouades de bénévoles dans 11 régions. À Montréal, une hausse de plus de 8 % du nombre d’itinérants a été observée entre 2015 et 2018. Mais ce portrait est loin d’être parfait puisqu’il fait abstraction de l’itinérance « cachée », qui échappe aux statistiques.

Un premier dénombrement avait été effectué à Montréal le 24 mars 2015. Il avait alors révélé que 3016 personnes étaient dans une situation d’itinérance dans la métropole. Le même exercice a été repris 3 ans plus tard, mais cette fois, dans l’ensemble du Québec.

Au total, 5789 personnes étaient en situation d’itinérance en 2018, que ce soit dans les rues ou les services d’hébergement.

À Montréal, ce sont 3149 itinérants « visibles » qui ont été comptabilisés. Comme il a fallu procéder à certains ajustements méthodologiques pour la 2e édition du dénombrement, la hausse de 2015 à 2018 se situe entre 8 et 12 %.

 
38%
Cest la proportion de 30-49 ans parmi les itinérants «visibles».

Dans la région de la Capitale-Nationale, 545 personnes étaient en situation d’itinérance, contre 423 en Estrie et 297 en Mauricie–Centre-du-Québec.

Les hommes, qui représentent près des trois quarts des personnes dénombrées, sont surreprésentés, tout comme les Autochtones — les Inuits en particulier — et les personnes homosexuelles ou bisexuelles, a révélé la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. À l’inverse, les femmes sont minoritaires, même si elles vivent aussi dans la rue en grand nombre. La ministre a promis, pour 2020, un portrait plus complet de l’itinérance au Québec.

En effet, les données dévoilées lundi ne tiennent pas compte de l’itinérance « cachée », des gens qui dorment chez des amis ou qui font du « couchsurfing ». « Nous n’avons pas prétendu compter les personnes en situation d’itinérance cachée. C’est très difficile de le faire », a admis le Dr Eric Latimer, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas, qui a piloté l’enquête.

Ailleurs au Canada

Les 30 à 49 ans sont le groupe d’âge le plus touché par l’itinérance visible, soit 38 % des personnes dénombrées, alors qu’ils représentent 26 % de la population générale. Et quatre personnes dénombrées sur dix disent avoir vécu l’itinérance pendant toute l’année précédente.

Des comparaisons ont aussi été effectuées entre Montréal et d’autres grandes villes canadiennes. La hausse du nombre d’itinérants a été plus marquée à Toronto qu’à Montréal, mais cette situation serait en grande partie attribuable au fait que, dans la Ville Reine, de nombreux réfugiés et demandeurs d’asile se sont retrouvés dans les ressources d’hébergement d’urgence, alors qu’à Montréal, ils ont été dirigés vers des ressources spécifiques et n’ont pas été comptabilisés avec les itinérants.

Pendant ce temps, à Edmonton et Calgary, le nombre d’itinérants a baissé, une observation qui s’explique par la politique de lutte contre l’itinérance appliquée en l’Alberta et la mise en place de programmes d’accès à des logements permanents, a-t-on indiqué.

« Un Polaroïd »

« C’est encore un Polaroïd imparfait de la situation d’un moment », estime Pierre Gaudreau, directeur du Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal. « On ne peut pas résumer l’itinérance au 24 avril 2018. Ce qu’on voit un soir, c’est une partie limitée de la réalité. »

Ce portrait incomplet fait en sorte que l’itinérance vécue par les femmes ne se traduit pas dans les chiffres. « Les femmes vivent autant l’itinérance que les hommes, mais on les voit moins parce qu’elles acceptent de se retrouver dans des logements insalubres, chez des clients ou chez des ex violents », explique M. Gaudreau.

Sur le terrain, l’augmentation de l’itinérance ne fait pas de doute, selon lui. Au cours des derniers mois, les refuges montréalais ont débordé et une nouvelle ressource a dû être ouverte à l’hôpital Royal-Victoria. Et l’itinérance est désormais présente dans des secteurs périphériques, comme Mercier, Ahuntsic, Montréal-Nord et l’Ouest-de-l’Île, note-t-il.

Pour sa part, Laury Bacro, coordonnatrice du Réseau solidarité itinérance du Québec, se réjouit que l’exercice de dénombrement ait été effectué dans l’ensemble de la province. « C’est important que l’itinérance dans les régions puisse être prise en compte », souligne-t-elle.

Mais comme le portrait sous-estime la réalité, elle craint que le travail des organismes oeuvrant auprès des itinérants à travers le Québec ne soit pas reconnu à sa juste valeur.

Le Mouvement pour mettre fin à l’itinérance à Montréal, un regroupement d’organismes, d’institutions et de gens d’affaires, a participé au projet de dénombrement. Sa directrice générale, Stéphanie Gareau, rappelle que bien qu’incomplètes, les données recueillies sont utiles. « Ça nous en prend pour avoir une idée de la direction qu’on doit prendre et pour les bâilleurs de fonds », dit-elle.

Après le premier dénombrement, le Mouvement, fondé en 2015, s’était fixé pour objectif de sortir 2000 itinérants de la rue d’ici 2020. Au 31 décembre 2018, on estime à 1176 le nombre de personnes qui ont pu trouver un logis, indique Mme Gareau.

La ministre McCann a promis que le gouvernement de la Coalition avenir Québec soutiendrait les organismes oeuvrant auprès des itinérants. « Dans le budget 2019-2020, nous avons déjà annoncé un financement de 30 millions pour les organismes communautaires », a-t-elle rappelé.

5 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 26 mars 2019 13 h 54

    Ils sont comptés

    Comme le compte annuel des oiseaux. Ce sont de moyens oiseaux.

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 26 mars 2019 15 h 52

    … dénombrons seulement ?!?

    « Pendant ce temps, à Edmonton et Calgary, le nombre d’itinérants a baissé, une observation qui s’explique par la politique de lutte contre l’itinérance appliquée en l’Alberta et la mise en place de programmes d’accès à des logements permanents » (Jeanne Corriveau, Le Devoir)

    De ce « pendant », à imiter d’urgence au Québec, l’itinérance, celle qu’on prétend connaître ou savoir, risque de devenir une question « obsolète » à débattre une fois pour toute !

    Entre-temps ou …

    … dénombrons seulement ?!? - 26 mars 2019 -

  • Denis Paquette - Abonné 26 mars 2019 16 h 55

    je suis convaincu que l'étinérance c'est souvent une affaire de milieux

    peut être faut-il mieux les préparer pour l'avenir, mon opinion est qu'ils sont perdus dans le monde d'aujourd'hui, selon moi c'est surtout une question de culture,et d'environnement , des sortes d'orphelins de la vie , peut être faut il prévoir des milieux de vie pour ces gens , des lieux ou il se sentirait acceuillis ,peut être faudrait il sensibiliser nos administrateurs a cette problématique

  • Yvon Bureau - Abonné 26 mars 2019 20 h 09

    Autres services et soins : oui

    « peut être faut il prévoir des milieux de vie pour ces gens » Denis Paquet. D'accord

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 26 mars 2019 20 h 50

    Nous n'avons plus les moyens d'être clochards

    Au tout début des années soixante et dix, la majorité des robineux que je croisais à Montréal étaient des vétérans de la Deuxième Guerre mondiale, lesquels à l'époque, après avoir quêté quelque menues monnaies, avaient le loisir de s'acheter à la SAQ une bouteille de sherry à deux piastres (2$) ou de se réfugier dans une taverne où la «draft» se vendait alors à vingt sous (0, 20 ¢) le verre -plus cinq sous de pourboire au «waiter»…

    Depuis, avec l'inflation, au prix où l'on vend aujourd'hui la dope et l'alcool, les citoyens n'ont même plus les moyens d'être clochards