Des chercheurs veulent avoir accès à des archives fédérales sur la guerre froide

Le président américain John F. Kennedy, en compagnie du premier ministre canadien, John Diefenbaker, en mai 1961
Photo: La Presse canadienne Le président américain John F. Kennedy, en compagnie du premier ministre canadien, John Diefenbaker, en mai 1961

Le Bureau du Conseil privé garde une pléthore de documents, vieux de plusieurs décennies, qui relatent l’histoire du renseignement canadien pendant la guerre froide, affirment des chercheurs qui s’efforcent de les rendre accessibles au public.

Ceux-ci ne comprennent pas pourquoi le Bureau du Conseil privé n’a pas encore transmis l’immense collection — qui couvre tout, des transfuges communistes jusqu’à une possible invasion soviétique — à Bibliothèque et Archives Canada pour conservation et diffusion publique.

« Les Canadiens ont le droit de comprendre leur histoire », affirme Alan Barnes, chercheur principal au Centre pour les études sur la sécurité, le renseignement et la défense de l’École des affaires internationales Norman Paterson de l’Université Carleton.

« Pour permettre au gouvernement de cacher cette histoire pour son propre confort, [le Bureau] va à l’encontre de l’objectif d’un système d’archivage », ajoute-t-il.

M. Barnes a lancé une pétition électronique sur le site du Parlement canadien visant à demander au premier ministre, Justin Trudeau, de garantir que les citoyens pourront consulter ces documents.

À la fin des années 1990, l’historien Wesley Wark avait jugé que ces archives étaient d’une valeur inestimable lorsqu’il avait été invité à rédiger un récit secret sur le renseignement canadien au cours des décennies ayant suivi la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Une première version avait été publiée en vertu de la Loi sur l’accès à l’information, en 2005, mais des parties considérables — dont un chapitre entier — avaient été censurées.

L’étude de M. Wark a fourni quelques aperçus des efforts de renseignement du Canada après la guerre. Elle a notamment révélé que le Canada avait accepté d’accueillir une trentaine de transfuges des missions diplomatiques et consulaires des pays de l’Est entre 1945 et 1952. Des espions canadiens ont aussi analysé en secret des films soviétiques pendant la guerre froide dans l’espoir de recueillir des renseignements utiles.

Aujourd’hui professeur à l’Université d’Ottawa, Wesley Wark, déplore que ces documents n’aient pas été préservés ou traités correctement. « Ils sont en train de moisir », a-t-il déclaré.

Le Bureau du Conseil privé n’a jamais été conçu pour archiver perpétuellement des documents importants. Selon le professeur Wark, aucun des documents en question n’a actuellement une valeur opérationnelle. « Mais les bureaucrates du Bureau du Conseil privé les gardent comme la prunelle de leurs yeux. Ils ont construit des murailles impénétrables pour tout chercheur assez courageux pour s’attaquer aux lois canadiennes en matière d’accès aux documents. »

Le porte-parole du Bureau du Conseil privé, Stephane Shank, a déclaré que l’agence examinait les dossiers pour s’assurer que les informations classifiées ne seront pas divulguées de manière inappropriée avant de les transférer à Bibliothèque et Archives Canada.

L’examen comprend plus de 8000 pages de procès-verbaux et autres documents du cabinet fédéral, y compris certains documents des archives de sécurité, a ajouté M. Shank. Cependant, il n’a pas dit ce qu’il adviendrait des nombreux dossiers de renseignements restants dans les archives.