Les budgets vus à travers le filtre des inégalités

Parmi les mesures analysées dans le budget Morneau, plusieurs ne font pas de doute quant à leur effet sur les inégalités.
Photo: iStock Parmi les mesures analysées dans le budget Morneau, plusieurs ne font pas de doute quant à leur effet sur les inégalités.

Les budgets provincial et fédéral de la semaine dernière ont contribué à la réduction des inégalités, mais dans une moins grande mesure que ceux de l’année dernière. Voilà la conclusion du Bulletin des budgets produit par l’Observatoire québécois des inégalités et dévoilé aujourd’hui, pour lequel une soixantaine d’experts ont évalué les mesures clés de chaque exercice.

Québec obtient donc la note de B-, comparativement à un B il y a un an. Ottawa décroche B, tandis qu’il obtenait un B + en 2018. Toutefois, « malgré la détérioration des notes, il ne faut pas occulter le fait que les deux budgets contribuent à la réduction des inégalités, souligne Nicolas Zorn, le directeur général de l’Observatoire. C’est particulièrement vrai dans le cas du budget fédéral, élaboré par un gouvernement qui nous avait déjà habitués à de tels exercices. La barre était déjà haute. »

C’est la première fois que l’Observatoire québécois des inégalités — lancé il y a tout juste dix jours — réalise ce bulletin. La nouvelle structure reprend l’effort de l’Institut du Nouveau Monde, qui l’avait produit à quatre reprises dans les dernières années.

Parmi les mesures analysées dans le budget Morneau, plusieurs ne font pas de doute quant à leur effet sur les inégalités. La bonification du supplément de revenu garanti, la limitation des avantages fiscaux pour l’achat d’actions par des dirigeants de sociétés cotées en Bourse et les investissements pour améliorer la qualité de vie des Autochtones ont rallié les experts quant à leur effet positif sur la résiliation des inégalités, qu’elles soient économiques (écarts de revenus et de richesse) ou sociales (espérance de vie, mobilité sociale, accès aux services publics, etc.).

À l’inverse, l’augmentation à 35 000 $ du plafond des retraits du REER sans devoir payer d’impôts pour l’achat d’une première résidence a divisé les panélistes : 38 % d’entre eux estiment que cette mesure aura un effet positif sur la réduction des inégalités, mais 40 % croient que son effet sera négatif. Seuls les jeunes adultes les mieux nantis auront été en mesure de mettre de l’argent de côté dans leur REER, notent plusieurs panélistes dans le bulletin. De toute manière, la plupart des spécialistes estiment que la mesure n’entraînera pas des effets d’une grande ampleur, étant donné que la majorité des acheteurs bénéficiant de ce programme ne retiraient pas l’intégralité des 25 000 $ jusqu’à maintenant permis.

Québec moins bien classé

Avec une note de B-, le premier budget caquiste se situe à un seul cran du C + représentant un exercice ayant un effet neutre sur les inégalités. Contrairement au budget fédéral, celui d’Eric Girard regroupe des mesures ayant des impacts diamétralement opposés. L’uniformisation de la taxe scolaire creuse les inégalités, alors que les incitatifs fiscaux pour maintenir les 60 ans et plus au travail les adoucissent efficacement.

Qu’espère l’Observatoire en produisant une telle analyse ? « Notre Bulletin est consulté en haut lieu, répond M. Zorn. J’ai des échos que, tant au niveau fédéral que provincial, il est lu. Pour ceux qui élaborent les politiques publiques, c’est une des seules occasions d’obtenir une rétroaction en temps réel, produite par des chercheurs reconnus et basée sur les meilleures connaissances scientifiques du moment. »