L’hiver 2018-2019 a été long, plutôt froid et neigeux

D’autres accumulations devraient s’ajouter, environ une quinzaine, voire une vingtaine de centimètres de plus si on se fie aux habitudes de mars et avril.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir D’autres accumulations devraient s’ajouter, environ une quinzaine, voire une vingtaine de centimètres de plus si on se fie aux habitudes de mars et avril.

L’hiver est terminé, le printemps commence sa première journée complète et l’heure est donc au bilan. Et alors ?

Et alors, ça dépend. Ça dépend de ce qu’on compare. Qu’est-ce que l’hiver ? Combien de temps dure cette saison ? De la première à la dernière neige ? Ou les trois mois de la division saisonnière officielle ?

« On peut parler de trois types d’hiver, explique au Devoir Alexandre Parent, météorologue à Environnement Canada. Il y a un hiver météorologique, qui s’étend en décembre, janvier et février. Il y a un hiver astronomique, qui va du 21 ou du 22 décembre au 21 mars. Il y a aussi l’hiver social, qui commence avec les premières neiges. Au fond, on ne se préoccupe pas des dates. Ce sont les impacts concrets de l’hiver qui nous importent. »

Durée

Allons-y alors avec cet hiver dit social. Tout compte fait, le météorologue le dit tout simplement : « Cet hiver a été long. » Il n’a pas duré seulement trois mois comme en météo ou en astronomie. Il a commencé tôt, en novembre, et la neige est pratiquement restée au sol jusqu’à maintenant.

Cette durée étendue n’a évidemment pas fait que des malheureux. Les sportifs s’amusent depuis des mois et le merveilleux ski de printemps prend maintenant le relais.

Cela dit, le yo-yo météo a joué avec les gros nerfs de tout le monde, même les plus mordus de la belle saison blanche. Environnement Canada a lancé plus de 1000 avertissements au Québec en janvier et février, deux fois plus que d’habitude. « C’est une bonne représentation de cet hiver sans répits : on traversait une tempête pour se retrouver avec une pluie verglaçante ou un refroidissement soudain, dit M. Parent. Il n’y a pas eu de semaines tranquilles, à l’exception des deux dernières qu’on vient de passer. »

Températures

Cela dit, il n’y a pas de quoi s’exciter ou se plaindre outre mesure si on considère la variable des températures. Deux, et seulement deux, records de froid ont été battus, les 21 et 22 novembre dans la région de Montréal, qui n’a connu que huit épisodes en dessous de moins 20 degrés, par rapport à 14 en moyenne habituellement. « L’hiver a été froid, mais pas dans les extrêmes, résume le spécialiste. Par contre, entre novembre et mars, on a enregistré à Montréal 75 nuits sous les moins 10 alors qu’on en compte 60 normalement. Il y a donc eu un peu plus de périodes froides. »

 

M. Parent rappelle qu’en 2013-2014, la saison dite morte avait laissé une moyenne globale de deux degrés sous les normales. Cette année, en fonction de la date du début de l’hiver adoptée, la baisse va d’un demi à un degré seulement sous les normales saisonnières. C’est notable, mais dans la variabilité attendue.

Neige

Il a neigé. Beaucoup. Toutes les régions du Québec ont accumulé plus de congères qu’à l’accoutumée, particulièrement dans l’est du Québec. Il en est tombé encore et encore, et, en plus, la neige n’a pas fondu, faute de redoux. Dans la région de Québec, les accumulations dépassent déjà les 350 cm, comparativement à environ 300 cm habituellement. « On est encore loin du record de 2008 », dit le météorologue Alexandre Parent, quand le couvert s’était élevé là à environ 4 mètres.

La tempête qui a touché la région de la Baie-des-Chaleurs dans la première semaine de janvier a laissé au total 58,6 cm de neige, selon les relevés de l’aéroport Michel-Pouliot. Le dernier record, établi en 1936, n’était que de 36 cm. Au total, la Gaspésie s’approche des 5 mètres d’accumulation (un mètre de plus que la normale) et se dirige vers un de ses cinq hivers les plus neigeux des cinquante dernières années.

À Montréal, le total passe déjà les 212 cm, tandis que la normale se trouve juste en dessous. Et ça continue. D’autres accumulations devraient s’ajouter, environ une quinzaine, voire une vingtaine de centimètres de plus si on se fie aux habitudes de mars et avril.

Heureux d’un printemps ?

Mais bon, tout ça s’achève. Reste à voir si les accumulations abondantes vont créer des inondations.

Le météorologue explique que la fonte de la neige ne représente qu’un des ingrédients dans la recette potentiellement catastrophique. La vitesse de la fonte et l’ajout de pluies printanières complètent le tableau. « Il faut considérer la manière d’installer le printemps », résume-t-il.

Il faudra aussi positionner cette saison froide terminée (ou presque) dans le grand tout des bouleversements du climat. M. Parent note que depuis quelques années les records de froid en hiver dans un lieu donné sont maintenant contrebalancés par deux records de chaleur en été là où il ne s’en trouvait qu’un seul dans les années 1970 et 1980.

« On n’a qu’à se rappeler qu’en 2018 on a battu des records en juin, en juillet et en août, conclut le pro. Battre deux fois plus de records de chaleur que de froid témoigne d’un réchauffement de fond. Le climat change. La mouvance est en accord avec le constat des changements climatiques. »

Un pays, des hivers…

La perception de l’hiver varie d’un lieu à l’autre. Ce pays, qui est l’hiver, est large comme le continent et les réalités climatiques virent du tout au tout quand on s’y promène.

Mardi midi, à la veille de l'équinoxe du printemps, il faisait une vingtaine de degrés de plus à Whitehorse, au Yukon, que dans les Laurentides au Québec. Pourtant, le mois de février a été glacial dans les Prairies, avec des températures de 13 degrés en dessous des normales, du jamais vu de mémoire de météorologue.

Les bilans diffèrent même quand on se concentre sur le Québec. Le bilan pour la région de la Capitale-Nationale parle du pire hiver de la décennie en fonction de certains paramètres objectifs. La saison froide s’est étirée sur la moitié de l’année en frappant avec des températures en dessous de la moyenne.

Et dans la métropole ? Selon les données des relevés de l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau de Montréal (voir les graphiques) compilées à partir de données d’Environnement Canada, il a fait plus froid que d’habitude au cours des derniers mois, mais pas extrêmement froid non plus. Il est tombé beaucoup de neige, un peu plus que la moyenne des dernières décennies. Il a aussi plu un peu plus souvent qu’au cours des dix dernières années.