La STQ retire l’«Apollo», mais l’enquête du BST se transporte sur le vendeur

Le risque élevé de bris, l’ampleur des travaux de réparation à effectuer et les coûts qu’entraînent ceux-ci ont amené la STQ à mettre fin définitivement à l’utilisation de l’«Apollo».
Photo: Shhewitt CC Le risque élevé de bris, l’ampleur des travaux de réparation à effectuer et les coûts qu’entraînent ceux-ci ont amené la STQ à mettre fin définitivement à l’utilisation de l’«Apollo».

La Société des traversiers du Québec (STQ) jette l’éponge et retire le traversier Apollo de sa flotte après une nouvelle collision — cette fois avec le quai de Matane —, mais le vendeur de ce navire se retrouve désormais sous la loupe du Bureau de la sécurité des transports (BST).

En entrevue avec La Presse canadienne, l’inspecteur du BST, François Dumont, a expliqué que les dommages qu’il a découverts en inspectant le navire n’étaient de toute évidence pas récents, ce qui soulève tout à coup une foule de questions par rapport à Labrador Marine inc., qui manoeuvrait l’Apollo dans le détroit de Belle Isle jusqu’à sa vente, en janvier dernier, à la STQ.

« Je peux vous confirmer que le BST va couvrir cette question », a déclaré M. Dumont.

« On va assurément se pencher sur le fait que ce ne sont pas des dommages qui sont survenus dernièrement, lâche-t-il. C’est de la détérioration sur le long terme. Ce bateau a de toute évidence manqué d’amour, de supervision et d’entretien. On va creuser au cours des prochaines semaines la raison pour laquelle ce bateau naviguait entre St. Barbe, Terre-Neuve et Blanc-Sablon au Québec. »

Navigabilité et sécurité douteuses

François Dumont n’a pas mâché ses mots lorsqu’on lui a demandé de décrire les problèmes les plus importants. « Je vous dirais que c’est l’ensemble de l’oeuvre, autant de l’étanchéité des ponts et de la coque que la protection contre les incendies, les équipements de sauvetage du navire, la propulsion principale, auxiliaire, la distribution électrique, la commande des divers instruments. On a vu des défaillances et des défauts majeurs dans plusieurs départements », a-t-il laissé tomber.

Le BST avait pourtant inspecté ce même bateau il y a trois semaines, après sa collision avec le quai de Godbout, mais s’était concentré sur les dommages causés par la collision. Cette fois, « lorsqu’on a inspecté les dommages à la coque, on a eu la puce à l’oreille avec d’autres indices de corrosion qu’on a vus autour des dommages. On a trouvé des dommages qui n’avaient pas été causés par la collision en tant que telle », a expliqué l’inspecteur.

Sa conclusion est sans appel : « On a de sérieux doute sur l’état de navigabilité du navire et son niveau de sécurité pour les passagers et pour l’équipage », a-t-il dit, des doutes qui, maintenant, se transposent sur l’exploitation de ce navire dans le détroit de Belle Isle.

STQ : retour à la case départ

Le président-directeur général par intérim de la STQ, Stéphane Lafaut, a de son côté annoncé mardi que le risque élevé de bris, l’ampleur des travaux de réparation à effectuer et les coûts qu’entraînent ceux-ci ont amené la Société à tout simplement mettre fin définitivement à l’utilisation de l’Apollo.

La STQ annonce du même coup le maintien des navettes aériennes sept jours sur sept et la venue du CTMA Voyageur en relève à compter de jeudi, navire où la priorité sera donnée aux camionneurs.

En conférence de presse à Québec, M. Lafaut a précisé que la totalité des efforts de son organisme ira désormais à l’acquisition d’un navire de relève disponible à temps plein et dit avoir bon espoir de pouvoir annoncer une telle acquisition prochainement.

« La STQ est en démarche active afin de procéder à l’acquisition d’un navire de relève. Nous sommes dans la dernière ligne droite. J’espère pouvoir revenir devant vous très bientôt pour confirmer l’achat et la mise en service du navire de relève », a déclaré le p.-d.g.

« Achat de bonne foi »

Stéphane Lafaut n’a pas caché sa vive déception face à la tournure des événements. « Il s’agissait d’un achat de bonne foi dans un contexte d’urgence. C’était aussi le seul navire disponible », a-t-il rappelé.

« Le navire était en activité au Canada au moment de l’acquisition. Il était exploité par une entreprise canadienne. Il était soumis aux mêmes réglementations que la Société des traversiers du Québec et il était certifié par toutes les autorités en ce qui concerne son état de navigabilité. »

M. Lafaut a affirmé que l’Apollo, payé 2,1 millions, avait fait l’objet de plusieurs réparations à la suite de son acquisition, et ce, comme demandé par Transport Canada.

Avec les travaux requis lors de l’acquisition et les réparations qui se sont ajoutées après une première collision avec le quai de Godbout à la fin de février, l’aventure de l’Apollo aura coûté au bas mot 3,5 millions à la STQ.

Transports Canada sur la sellette

Le ministre des Transports, François Bonnardel, a fait écho aux propos de Stéphane Lafaut quant à la confiance que pouvait avoir la STQ au moment d’acheter l’Apollo : « À Terre-Neuve, Transports Canada avait fait toutes les inspections possibles. Quand on a acheté ce bateau, pour obtenir le certificat, Transport Canada a fait le même travail dans un espace de quelques mois. »

« Transports Canada est quand même un gage de certification important », a fait valoir le ministre, ce qui ne l’a pas empêché de se questionner sur cette certification. « Si ce processus doit être revu, je pense qu’il faut poser la question au fédéral », a-t-il déclaré.

Par contre, il ne s’est pas empêché de lancer une salve en direction du gouvernement précédent. « Les seuls qui devraient s’excuser, c’est le Parti libéral, qui n’a pas été assez prévoyant, avec les ministres des Transports de l’époque, pour préparer un plan de relève pour la situation que nous avons vécue avec l’arrêt du F.-A.-Gauthier. »

Le F.-A.-Gauthier, un traversier italien flambant neuf acquis pour 175 millions et entré en service en 2015, est toujours en cale sèche au chantier Davie de Lévis, où ses propulseurs ont été entièrement démontés dans l’espoir de déterminer la cause de vibrations anormales. On ne prévoit pas de pouvoir le remettre en service avant le mois d’août.