Une tournée du Québec pour aider les victimes d’agression sexuelle

Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop, espère que l'alliance avec l'Association du jeune Montréal, dont Julien Nepveu-Villeneuve est vice-président, permettra de multiplier les arrêts de la caravane juridique destinée aux victimes d'agression sexuelle.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop, espère que l'alliance avec l'Association du jeune Montréal, dont Julien Nepveu-Villeneuve est vice-président, permettra de multiplier les arrêts de la caravane juridique destinée aux victimes d'agression sexuelle.

Juripop lancera une caravane juridique qui sillonnera le Québec dès cet été pour offrir services et conseils aux victimes de harcèlement et d’agression sexuelle, a appris Le Devoir.

« Notre objectif, c’est que ce ne soient pas seulement les Montréalais qui puissent avoir accès aux ressources. Il y a des besoins ailleurs et on veut pouvoir aider les gens qui ont été victimes de violences sexuelles, peu importe où ils se trouvent au Québec », explique Me Sophie Gagnon, directrice générale de Juripop.

Dans les jours suivant l’éclatement du mouvement de dénonciation #MoiAussi en octobre 2017, Juripop avait tenu une clinique juridique dans la métropole. C’est d’ailleurs à la suite de ces rencontres que l’entreprise d’économie sociale s’est fixé l’objectif de se rendre en région.

« Quand on habite loin, ce n’est pas toujours facile de prendre le temps d’aller chercher de l’aide », rappelle Me Gagnon. « Nous voulons nous rendre accessibles, pour que les gens ne soient pas forcés de faire trois heures de route », ajoute-t-elle.

À bord de cette nouvelle caravane se trouveront un avocat et un travailleur social de la région visitée. « Le but n’est pas de forcer les personnes victimes à porter plainte, mais bien de clarifier toutes les questions qui demeurent nébuleuses pour elles dans le processus de dénonciation », souligne Me Gagnon.

Arriver au bon moment

Pour Cassiopée*, Juripop est arrivé au bon moment. La Montréalaise avait vécu harcèlement psychologique, harcèlement sexuel et agression sexuelle sur son lieu de travail, ce qui l’a menée à un épuisement professionnel.

« Les chiffres concernant les agressions sexuelles sont alarmants, mais ça ne me surprend malheureusement pas que les victimes n’aillent pas jusqu’au bout du processus, parce que c’est souvent très long et compliqué pour quelqu’un qui est en détresse », souligne-t-elle.

Notre objectif, c’est que ce ne soient pas seulement les Montréalais qui puissent avoir accès aux ressources

La femme qui travaillait dans l’événementiel a bénéficié de l’aide de L’Aparté, une clinique juridique spécifiquement destinée au milieu de la culture au Québec, lancée en octobre dernier par Juripop.

« Si Juripop n’avait pas été là, j’aurais abandonné mes démarches parce que j’étais vraiment écoeurée. Je n’avais plus l’énergie de continuer », confie-t-elle. « Ma dernière priorité, c’était de payer un avocat pour savoir comment m’enligner. »

Après avoir rencontré une avocate de Juripop, Cassiopée dit avoir senti qu’un énorme poids s’enlevait de ses épaules. « Si moi qui suis à Montréal j’ai eu de la misère à trouver les ressources, je me dis qu’ailleurs les victimes doivent aussi vivre du découragement », souligne-t-elle.

Multiplier les arrêts

La caravane juridique commencera sa tournée cet été et s’arrêtera dans les régions de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Capitale-Nationale, du Centre-du-Québec, de la Côte-Nord, de l’Estrie, des Laurentides, de la Montérégie, de l’Outaouais et du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Juripop a reçu une contribution financière de 50 000 $ du ministère de la Justice, un montant qui ne lui permettrait de faire qu’un arrêt par région. Pour multiplier les arrêts au sein d’une même région, Juripop s’allie avec l’Association du jeune Montréal, un organisme de jeunes bénévoles mobilisant chaque année la communauté montréalaise autour d’un enjeu nécessitant une aide financière urgente.

« Chaque année depuis quatre ans, on choisit un enjeu auquel on veut s’attaquer pour aider à faire changer les choses […] Avec le mouvement #MoiAussi, on trouvait qu’on avait une belle occasion de propulser la discussion au-delà du mouvement et de soutenir un projet très concret », souligne Julien Nepveu-Villeneuve, vice-président de l’AJM.

Une soirée-bénéfice au profit des cliniques juridiques et sociales panquébécoises de Juripop se tiendra le 10 mai prochain au Centre des sciences de Montréal. L’objectif de l’AJM est de mobiliser 650 jeunes et personnalités politiques et du milieu des affaires et d’amasser 150 000 $ pour déployer la caravane non seulement dans plus d’endroits, mais aussi sur plus d’un an.

* Le nom a été changé pour préserver l’anonymat.