Québec met sur pied un comité pour accompagner les victimes d'agressions sexuelles

L’annonce a été faite lundi à Montréal par la députée libérale Hélène David, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, la députée péquiste Véronique Hivon et la députée solidaire Christine Labrie. 
Photo: Jacques Nadeau L’annonce a été faite lundi à Montréal par la députée libérale Hélène David, la ministre de la Justice, Sonia LeBel, la députée péquiste Véronique Hivon et la députée solidaire Christine Labrie. 

Québec vient de mettre sur pied un comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale — un comité qui aura un an pour proposer des solutions pour notamment redonner confiance dans le système judiciaire.

L’annonce a été faite lundi à Montréal par quatre députées des partis représentés à l’Assemblée nationale, dont la ministre de la Justice et procureure générale du Québec, Sonia LeBel.

« Depuis mon entrée en poste comme ministre de la Justice et depuis bien avant, j’étais préoccupée par le sentiment que ressentent certaines victimes, le sentiment de ne pas avoir été crue, de ne pas avoir été accueillie avec humanité. […] J’étais préoccupée également par le manque de confiance en notre système de justice », a dit la ministre LeBel.

Le comité aura pour mandat de proposer des solutions pour développer des mesures pour les victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale ou d’adapter les mesures existantes, dans le but de leur redonner confiance dans le système judiciaire.

Y siégeront notamment Patricia Tulasne, membre des Courageuses, Elizabeth Corte, ex-juge en chef à la Cour du Québec, Michel Dorais, chercheur et professeur en criminologie à l’Université Laval, Hélène Cadrin, spécialiste en matière de violence conjugale, Sylvain Guertin, enquêteur spécialisé en matière d’agressions sexuelles, ainsi que des représentants des CALACS et CAVAC — des organismes qui viennent justement en aide à ces victimes.

La ministre LeBel a bien indiqué qu’il ne s’agissait pas de réviser le Code criminel, comme certains l’ont suggéré, pour renverser le fardeau de la preuve dans les cas d’agressions sexuelles.

« Mais le Québec peut faire énormément pour changer les choses » dans son champ de compétence, a insisté la députée péquiste Véronique Hivon. Elle a d’ailleurs fait un parallèle avec l’aide médicale à mourir, rappelant que lorsqu’elle avait lancé son projet, plusieurs lui disaient que c’était de compétence fédérale et que le Québec n’y pouvait pas grand-chose.

Financement des groupes d’aide

Déjà, des groupes présents sur place disaient croire qu’un financement accru des organismes qui font justement de l’accompagnement des victimes paraît inévitable.

« Nous espérons qu’effectivement, quand on parle d’accompagnement des victimes, on fera en sorte que les groupes qui sont spécialisés auprès des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale auront les moyens de faire leur travail. À l’heure actuelle, il n’y a pas eu de rehaussement suffisant depuis plusieurs années. Dans les maisons, on manque de places. Dans les CALACS [Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel], il y a des listes d’attente », a commenté en entrevue Louise Riendeau, porte-parole du Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale.

Manon Monastesse, directrice générale de la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, renchérit, affirmant qu’en bout de ligne, il faudra « assurer un meilleur soutien de nos groupes afin qu’on puisse mieux soutenir les femmes quand elles sont dans le processus judiciaire ».

L’an dernier, quelque 9800 demandes d’hébergement ont dû être refusées, faute de places et de budget, avait souligné Mme Monastesse, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars. Une maison d’hébergement de 12 places reçoit une somme de 600 000 $ par année.