Le modèle des ÉcoQuartiers: une «utopie réaliste»

Un projet d’ÉcoQuartier à Strasbourg, en France. À Montréal, un collectif de citoyens, appuyés par la mairesse d’arrondissement Maja Vodanovic, rêvent de faire de Lachine-Est un ÉcoQuartier «made in Québec».
Photo: Jérôme Dorkel Un projet d’ÉcoQuartier à Strasbourg, en France. À Montréal, un collectif de citoyens, appuyés par la mairesse d’arrondissement Maja Vodanovic, rêvent de faire de Lachine-Est un ÉcoQuartier «made in Québec».

Depuis une dizaine d’années, des quartiers écologiques, appelés ÉcoQuartiers, fourmillent en France. On en dénombre environ 600 à ce jour. Sortes de villes du futur, ces quartiers misent sur la densité urbaine, les énergies renouvelables, les constructions écologiques et le transport collectif pour créer des milieux de vie attrayants et respectueux de l’environnement. À Montréal, un collectif de citoyens, appuyés par la mairesse d’arrondissement, Maja Vodanovic, rêve de faire de Lachine-Est un ÉcoQuartier made in Québec.

Les ÉcoQuartiers, c’est en quelque sorte une « utopie réaliste », résume en entrevue Alain Jund, président de la commission nationale ÉcoQuartiers française. « C’est la conviction que c’est localement qu’il faut assumer la mise en oeuvre des accords internationaux sur le climat. »

De passage à Montréal la semaine dernière, celui qui occupe également les fonctions d’adjoint au maire de la ville de Strasbourg, responsable de l’urbanisme et de la transition énergétique, dit vouloir bâtir des ponts avec la Ville de Montréal pour que germent ici aussi ces « utopies réalistes ».

Déjà, l’expertise de ce grand défenseur des ÉcoQuartiers a été mise à contribution lors du Sommet de Lachine-Est, qui s’est tenu le 9 mars. Organisé par le collectif Imagine Lachine-Est, ce grand remue-méninges a réuni quelque 200 personnes qui souhaitaient réfléchir, le temps d’une journée, à ce qui pourrait éclore dans cet ancien quartier industriel de l’arrondissement Lachine, dans l’ouest de Montréal.

Plus d’une vingtaine de conférenciers ont participé à cet exercice de réflexion, au cours duquel Alain Jund a présenté l’expérience française.

La ville de demain

« La démarche ÉcoQuartier, c’est de se demander comment on fabrique la ville de demain et comment, dès aujourd’hui, on enclenche la transition dans nos villes », explique-t-il.

En amont de tout projet doit se tenir une consultation publique. « C’est primordial de rêver d’abord à ce que peut être le quartier et après confronter cette vision à la réalité dans une discussion avec les élus, les architectes, les urbanistes », soutient Alain Jund.

De ces réflexions naissent des quartiers aux contours et aux grandeurs variables, déclinés dans une multitude de formes. Des quartiers où l’expérimentation et l’innovation sont mises au service du développement durable. Des quartiers où l’on repense la consommation énergétique, la gestion des déchets, la mobilité, les matériaux utilisés, les espaces communs.

Photo: SERS

Sans pour autant être bannie, la voiture est souvent moins visible dans ces microcosmes de la cité du futur. Le logement social y occupe une part importante pour éviter d’en faire des quartiers « bobo ». Et les formats des logements garantissent une certaine densité urbaine permettant la viabilité de commerces de quartier.

Le pari est qu’ensuite ces ÉcoQuartiers deviennent un levier de transformation pour toute la ville. « C’est un moyen de se dire si c’est possible de le faire à l’échelle d’un quartier de 1000 logements, ça veut dire que, progressivement, on peut le faire à l’échelle d’une ville ou d’une agglomération. »

Une occasion extraordinaire

En entrevue au Devoir, Maja Vodanovic, mairesse de l’arrondissement de Lachine, se dit convaincue qu’un quartier écologique, à l’image des ÉcoQuartiers français, naîtra dans Lachine-Est.

« C’est comme un rêve qui est en train de se réaliser », évoque cette élue de Projet Montréal. « J’ai toujours été convaincue qu’il fallait que quelque chose de riche sorte de cette terre brûlée. »

Une terre brûlée, puisque Lachine-Est est une ancienne friche industrielle, d’une soixantaine d’hectares, aujourd’hui détenue par plusieurs promoteurs privés. Bordé par le canal Lachine et desservi par une nouvelle gare de train de banlieue, ce secteur pourrait voir quelque 4000 logements sortir du sol dans les prochaines années.

C’est localement qu’il faut assumer la mise en oeuvre des accords internationaux sur le climat

 

Pour Charles Grenier, chargé de projet pour Imagine Lachine-Est, la création de ce nouveau quartier est « une occasion extraordinaire ». « Les étoiles sont alignées pour vraiment faire de ce quartier un projet avant-gardiste », estime-t-il.

Actif depuis 2015, Imagine Lachine-Est s’est donné comme mission d’être la « voix de la communauté » pour que ce quartier devienne un exemple de développement urbain durable.

Pour y parvenir, il faut toutefois « vendre l’idée » aux promoteurs, convient Charles Grenier. En France, note Alain Jund, le promoteur « doit se conformer » à la volonté édictée par le pouvoir public de développer un ÉcoQuartier. Mais pas ici.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alain Jund, président de la commission nationale ÉcoQuartiers française

La mairesse Vodanovic n’y voit pas un problème pour Lachine-Est. « On est pas mal tous alignés dans la même direction. C’est une conjoncture incroyable », dit-elle avec enthousiasme. L’Office de consultation publique de Montréal mène actuellement une consultation publique sur l’avenir du secteur Lachine-Est en amont du développement du projet. Un bon signe, estime Maja Vodanovic, qui dit également pouvoir compter sur l’appui de la Ville de Montréal et de la ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau.

Des sommes publiques

D’importantes sommes publiques doivent être investies dans le secteur pour bâtir des infrastructures, rappelle Mme Vodanovic. « Les promoteurs ont besoin de ces investissements pour qu’ils puissent construire sur le site. Donc il faut qu’on travaille ensemble. »

Une petite partie du secteur, située sur l’ancienne fonderie Jenkins, est déjà en construction. Mais tout le reste est à faire. La décontamination des sols, le système de transport, la construction des écoles, des parcs, du système d’égouts, etc. L’occasion parfaite pour développer des pratiques novatrices, croit Mme Vodanovic.

Plusieurs idées ont émergé lors du Sommet de Lachine-Est. « Plutôt que de transporter la neige l’hiver dans un dépôt à neige, on pourrait la garder sur place pour permettre aux enfants de glisser », rapporte la mairesse. Ou encore, le bassin de rétention pourrait être bâti en surface, ce qui permettrait également d’aménager un terrain de jeu. « Et plutôt que d’envoyer l’eau de ruissellement dans les égouts, on pourrait la garder en surface et créer des étangs ou encore des ruisseaux », avance Mme Vodanovic.

Autant de solutions vertes, et également financièrement avantageuses pour les promoteurs, croit-elle. « On pourra ensuite démontrer que ce modèle est reproductible ailleurs à Montréal. »

Un chantier d’expérimentation

Fin février, la Ville de Montréal a annoncé avoir conclu une entente avec le consortium de recherche sur la climatologie régionale et l’adaptation aux changements climatiques Ouranos pour la mise en place du projet Labo Climat Montréal dans le secteur de Lachine-Est.

Le Labo Climat permettra de planifier le développement du quartier dans un contexte d’adaptation aux changements climatiques.

Lachine-Est deviendra ainsi un chantier d’expérimentation collaboratif auquel les citoyens seront conviés.

Une certification ?

Le projet Lachine-Est sera-t-il le premier ÉcoQuartier au Québec ? Difficile à dire, puisqu’il n’existe pas de certification ÉcoQuartier au Québec.

« N’importe qui peut s’autoproclamer ÉcoQuartier », lance Christian Yaccarini, président et chef de la direction de la Société de développement Angus, un OBNL qui développe le Technopôle Angus dans le quartier Rosemont.

Jumelant un quartier d’affaires à un ensemble résidentiel, le Technopôle Angus se décrit également comme un ÉcoQuartier. « Mais je le mettrais quand même entre guillemets, tempère M. Yaccarini. On essaye d’intégrer le développement durable le plus possible dans le projet. »

En France, un « label » ÉcoQuartier a été adopté en 2012. Pour pouvoir être appelés ÉcoQuartiers, les projets doivent remplir 20 engagements.

Une telle certification serait souhaitable au Québec, selon tous les intervenants interrogés.

« Un ÉcoQuartier, c’est un terme porteur pour le marketing », remarque M. Yaccarini, soulignant la nécessité que des normes claires soient établies. « Un label, c’est une garantie de qualité pour les personnes qui vont l’habiter », souligne Alain Jund.