Christchurch ravive de douloureux souvenirs à Québec

Le porte-parole du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, a ajouté que ses pensées allaient aux familles des victimes en Nouvelle-Zélande. «C’est terrible», a-t-il dit.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne Le porte-parole du CCIQ, Boufeldja Benabdallah, a ajouté que ses pensées allaient aux familles des victimes en Nouvelle-Zélande. «C’est terrible», a-t-il dit.

Malgré la tristesse et l’incompréhension, Aymen Derabli a regardé les images des attaques terroristes en Nouvelle-Zélande, vendredi. Celles-ci ont fait remonter d’atroces souvenirs de cette soirée de janvier 2017 dont il portera à jamais les séquelles.

L’homme devenu tétraplégique s’est présenté pour la prière du vendredi au Centre culturel islamique de Québec, où six de ses camarades ont été tués sous les balles d’Alexandre Bissonnette.

En visionnant la vidéo des attaques de Christchurch, il n’a pu s’empêcher de remarquer de nombreuses similitudes avec l’attentat dont il a été victime.

« Le plus difficile, c’est [que le tireur] s’est inspiré de ce qui s’est passé ici avec des idoles, a-t-il constaté. Le tueur à la mosquée, il l’avait comme idole aussi. C’est écrit sur ses armes. On avait l’impression que c’était comme un jeu vidéo. »

Bissonnette se dissocie

L’auteur présumé du massacre avait écrit le nom d’Alexandre Bissonnette sur l’arme qu’il a utilisée pour commettre ses crimes, mais ce dernier a tenté de se dissocier de cette nouvelle tuerie survenue à plus de 13 000 kilomètres à vol d’oiseau de sa ville.

« M. Alexandre Bissonnette est très affecté par cet événement et est particulièrement troublé du fait que son nom soit associé à cette attaque », ont fait savoir ses avocats Charles-Olivier Gosselin et Jean-Claude Gingras dans un communiqué.

Le jeune homme condamné à la prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 40 ans « ne cherche en aucun temps à être imité ni à servir de modèle à quiconque voudrait perpétrer un acte de violence ou voudrait suivre ses traces », ont assuré les deux hommes.

Ils ont poursuivi en soulignant qu’il « regrette profondément les actes qu’il a commis » et qu’il incitait « toute personne vivant des problèmes ou des difficultés » à aller « chercher de l’aide ».

Aymen Derabli, qui se déplaçait péniblement avec son fauteuil roulant électrique sur la glace recouvrant la chaussée à l’entrée de la mosquée, doute de l’authenticité de ces regrets. « Il se dit très affecté, mais on ne peut jamais savoir s’il est sincère ou pas, a-t-il dit. Je ne pense pas. »

Alexandre Bissonnette a récemment porté sa sentence en appel. Une démarche visant à soulever « un débat juridique et non à minimiser d’une quelconque manière la gravité des gestes qu’il a commis le 29 janvier 2017 », selon ses avocats.

Quarante-neuf morts

Le responsable du Centre culturel islamique de Québec, Boufeldja Benabdallah, a eu l’impression de revivre l’attentat de janvier 2017 quand la nouvelle des attaques terroristes en Nouvelle-Zélande est parvenue à ses oreilles.

« J’ai senti la même douleur, j’étais vraiment troublé [vendredi] matin, a déclaré M. Benabdallah lors d’un bref entretien avec Le Devoir vendredi. Ça fait revivre en nous les mêmes sentiments de détresse et de trouble, de choc. »

Le porte-parole du CCIQ a ajouté que ses pensées allaient aux familles des victimes en Nouvelle-Zélande. « C’est terrible. C’est terrible », a-t-il dit. Le CCIQ envisage d’ailleurs d’organiser une collecte de fonds ou un autre geste de solidarité pour témoigner du soutien de la communauté.

De nombreux fidèles, certains craintifs, ont assisté à la prière du vendredi, la plus importante de la semaine.

« Ça fait 46 ans que je vis au Québec, je n’ai jamais vu des choses comme ça qui se passent dans le monde, a déploré Hassan Douahi. C’est incroyable. Nous sommes vraiment dans un état désespéré. Nous ne savons pas comment gérer cette situation. »

Houlfat Mahouchiza a hésité à se rendre à la mosquée, de crainte qu’elle soit de nouveau la cible d’un attentat. « Je me suis dit : est-ce que je veux vraiment y aller ? On ne sait jamais », a-t-elle confié.

Puis, elle s’est ravisée. « Je me dis que Dieu est grand et si c’est mon jour, que je dois partir, bien… », a-t-elle dit en acceptant qu’elle « pourrait être au mauvais endroit au mauvais moment ».

La présence policière autour de ce lieu de culte aménagé dans les anciens locaux d’une Caisse Desjardins en a rassuré plus d’un. De temps à autre, on pouvait apercevoir les autopatrouilles du Service de police de la Ville de Québec circuler autour de la mosquée.

Dans une déclaration vendredi matin, le premier ministre François Legault s’est dit solidaire de son homologue néo-zélandaise. « Il n’y a pas de place pour l’extrémisme dans nos sociétés ; il n’y a pas de place pour l’intolérance. Nous ne permettrons pas à la violence de prendre racine dans nos sociétés démocratiques. »

Plus tard en après-midi, les drapeaux du Québec et de la Nouvelle-Zélande ont été mis en berne devant l’hôtel du Parlement. De nombreux organismes ont exprimé leur indignation vendredi face au drame, dont le Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA-Québec).

Ça fait 46 ans que je vis au Québec, je n’ai jamais vu des choses comme ça qui se passent dans le monde. C’est incroyable. Nous sommes vraiment dans un état désespéré. Nous ne savons pas comment gérer cette situation.

 

« Les attentats antimusulmans meurtriers en Nouvelle-Zélande sont une agression contre les valeurs que nous chérissons et défendons », a réagi son coprésident, Reuben Poupko.

Le prêtre anglican de l’église Holy Trinity, Christian Schreiner, s’est lui aussi rendu à la mosquée. « Il faut que ça arrête et ça va arrêter […] quand on [va démontrer] que nous, on est des frères et soeurs, on est solidaires », a-t-il dit.

« C’est la meilleure défense contre ce genre d’actes », a renchéri Neji Ghaddab, à ses côtés.