Scruter les inégalités pour mieux les combattre

L’Observatoire québécois des inégalités veut informer et documenter le phénomène des inégalités et veut contribuer ainsi à les diminuer.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’Observatoire québécois des inégalités veut informer et documenter le phénomène des inégalités et veut contribuer ainsi à les diminuer.

Pour mieux éclairer les décideurs, les médias et les citoyens sur la question des inégalités, des chercheurs et des personnalités unissent leurs forces pour créer l’Observatoire québécois des inégalités.

Organisme indépendant et non partisan, l’Observatoire, basé à l’Université de Montréal, aura pour mission de documenter le phénomène des inégalités de revenus, d’occasions et de qualité de vie.

En entrevue au Devoir, Nicolas Zorn, directeur de l’Observatoire, décrit le nouveau centre comme un « fact tank », par opposition aux « think tanks », colorés par une idéologie.

« C’est important de partir de faits », insiste-t-il, disant vouloir développer au Québec le « réflexe scandinave ».

« Quand un enjeu social est soulevé dans les pays scandinaves, ils ont le réflexe de se demander ce que disent les faits et la science et ils se tournent vers des centres de recherche qui s’intéressent à ces questions-là. Ils ont tout un écosystème d’expertise pour éclairer le débat public. »

Le 1 % le plus riche a vu ses revenus doubler alors que ceux des 99 % restants ont essentiellement fait du surplace. Quant aux personnes, aux parents et à leurs enfants ne parvenant même pas à couvrir leurs besoins de base, ils pourraient remplir plus de 60 fois le Centre Bell.

 

L’Observatoire québécois des inégalités veut devenir cette boussole qui, à force d’informer et de documenter le phénomène des inégalités, contribuera à les diminuer.

Soutiens de taille

Pour marquer son lancement, jeudi, l’Observatoire a rendu publique une lettre ouverte signée par une centaine de personnes, dont de nombreuses personnalités du monde des affaires et des milieux syndical, universitaire et communautaire.

Parmi ceux-ci : Louise Arbour, ex-Haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Louis Audet, président du conseil d’administration de Cogeco, Thomas Piketty, professeur à l’École d’économie de Paris, Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’est de Montréal, et Jacques Létourneau, président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

Bien que les écarts économiques au Québec entre les moins et les mieux nantis soient plus faibles qu’ailleurs en Amérique du Nord, cet écart s’est tout de même accru depuis les années 1980.

« Le 1 % le plus riche a vu ses revenus doubler alors que ceux des 99 % restants ont essentiellement fait du surplace. Quant aux personnes, aux parents et à leurs enfants ne parvenant même pas à couvrir leurs besoins de base, ils pourraient remplir plus de 60 fois le Centre Bell », peut-on lire dans la lettre.

Or, selon Nicolas Zorn, il existe un consensus autour de la nécessité de réduire les inégalités lorsqu’elles deviennent trop élevées, au point qu’« elles génèrent des coûts importants pour l’économie et pour la société ».

Un consensus similaire à celui qui existe autour des changements climatiques, estime-t-il. « Et tout comme pour les changements climatiques, il faut envoyer le message que ça concerne tout le monde et que c’est important de s’appuyer sur des faits », appuie M. Zorn.

La première initiative de l’Observatoire ne tardera pas à arriver. Le 25 mars, le centre publiera le Bulletin des Budgets 2019, une évaluation des budgets fédéral et provincial ayant comme prisme d’analyser l’impact sur les inégalités. Quelque 70 experts participeront à l’exercice.