Le défi de travailler en français

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Plusieurs facteurs sont associés à une plus grande proportion du temps de travail en français.
Photo: Dylan Gillis Unsplash Plusieurs facteurs sont associés à une plus grande proportion du temps de travail en français.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine internationale de la francophonie

Difficile d’imaginer qu’à une certaine époque au Québec, les conventions collectives se négociaient en anglais, même si elles visaient des travailleurs francophones. Et si les choses ont bien changé depuis, c’est en partie grâce aux efforts déployés par la FTQ, qui a joué un rôle clé dans la francisation des milieux de travail. Aujourd’hui encore, l’organisation multiplie les efforts pour que plus de Québécois puissent travailler en français.

Une étude de l’Office québécois de la langue française (OQLF) réalisée en 2016 indique que l’usage du français au travail est stable depuis près de 20 ans. Cependant, on note une diminution de l’usage général ou exclusif du français au travail entre 1989 (73,4 %) et 2016 (67,3 %). Daniel Boyer, président de la FTQ, refuse de voir ces chiffres comme étant le reflet d’un échec dans les efforts de francisation. Il renvoie plutôt la balle aux derniers gouvernements au pouvoir : « Il y a beaucoup d’efforts qui ont été faits, mais peut-être moins ces dernières années. Les gouvernements en place ont accordé une moins grande importance au français au Québec. C’est pour ça qu’on revendique [à la FTQ] année après année des augmentations de subventions aux organismes qui préconise la langue française. »

L’impact du milieu de travail

Selon cette même étude de l’OQLF, plusieurs facteurs sont associés à une plus grande proportion du temps de travail en français. Par exemple, avoir étudié en français, travailler à l’extérieur de l’île ou de la couronne de Montréal, avoir plus de 55 ans ou ne pas occuper un poste de gestion sont des facteurs qui augmentent les chances de travailler en français. En fonction de l’employeur, la proportion de gens qui travaillent en français augmente lorsque ceux-ci œuvrent dans une entreprise privée dont le siège social se trouve au Québec mais à l’extérieur de la grande région de Montréal, ou encore lorsqu’ils travaillent pour une municipalité, le gouvernement provincial, un service d’enseignement public ou privé, un organisme communautaire ou un OSBL. Ces constats ne surprennent pas Daniel Boyer : « Dans tous les cas, comme organisation syndicale, on a un grand rôle à jouer dans le but de permettre non seulement aux gens qui ne maîtrisent pas la langue de l’apprendre, mais aussi de permettre à ceux qui la maîtrisent de pouvoir l’utiliser dans le cadre de leur travail. »

Outiller les immigrants

Le président de la FTQ est également d’avis que le déclin démographique au Québec complique les efforts de francisation au travail : « Il y a de plus en plus de personnes immigrantes qui viennent travailler ici. On a besoin de cette main-d’œuvre, mais elle n’est pas toujours francophone. Si les immigrants ne maîtrisent pas la langue, il faut leur permettre de l’apprendre. Une intégration réussie, ça passe par la connaissance de la langue d’usage au Québec, et le milieu de travail est l’endroit le plus propice pour l’apprendre. » Pour y arriver, il n’y a pas de solution miracle : il faut donner aux immigrants les outils nécessaires pour travailler en français. Par ailleurs, l’arrivée de François Legault au pouvoir pourrait donner un second souffle aux structures déjà en place : « On a déjà eu des ratés parce que les budgets et les efforts n’étaient pas au rendez-vous. Cependant, avec le nouveau gouvernement, on comprend qu’on veut mettre des efforts supplémentaires pour offrir des cours de français. C’est de la musique à nos oreilles, se réjouit Daniel Boyer. On sent qu’il y a un vent de changement et qu’on est prêt à mettre des ressources, tant financières qu’humaines, sur les cours de français pour les personnes immigrantes. »

Depuis plusieurs années, la FTQ revendique des amendements législatifs dans le but de permettre à plus de milieux de travail d’avoir des comités de francisation, mais demande également plus de latitude sur le terrain pour organiser des cours de français là où les employeurs sont moins enclins à le faire. « On va regarder comment le nouveau gouvernement de la CAQ se positionnera par rapport au programme pour la francisation qui sera mis en place. Comme organisation syndicale, on pense qu’on peut y jouer un grand rôle », assure M. Boyer. La plateforme LangueDuTravail.org, une initiative de la FTQ, est un bel exemple de la façon dont l’organisation et ses partenaires peuvent contribuer aux efforts des gouvernements et des employeurs pour la francisation.

50 ans de lutte pour un travail en français

Forte de ses cinq décennies à faire campagne pour préserver la place du français en milieu de travail, la FTQ présentera, du 18 au 22 mars, l’exposition 50 ans d’actions pour la francisation pendant la Semaine du français au travail. « Fernand Daoust, ancien secrétaire général et président de la FTQ, a été non seulement un ardent défenseur de la langue française, mais a aussi été un pionnier de la langue française comme langue de travail. C’est à partir de lui qu’on a fait l’historique de nos actions depuis l’adoption de notre politique linguistique en 1969, souligne l’actuel président, Daniel Boyer. Ça nous a permis de constater tout le chemin qui a été fait en matière de francisation, de revenir sur toutes les campagnes menées par la FTQ, sans parler des nombreuses revendications avec les gouvernements qui se sont succédé et de notre présence continuelle à l’Office québécois de la langue française à titre d’organisation syndicale. Il y a beaucoup de chemin qui a été parcouru et nous sommes très fiers de présenter cette rétrospective. »

L’exposition se tiendra dans le hall d’entrée de l’édifice du Fonds de solidarité FTQ, situé au 545, Crémazie Est, à Montréal. Pour un survol des grandes initiatives de la FTQ en matière de francisation, un volet virtuel de cette rétrospective a été mis en ligne à www.ftq.qc.ca/50ansfrancisation.

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