Catherine Ethier: pour l’amour de sa langue

Martine Letarte Collaboration spéciale
Catherine Ethier
Photo: Marie-Ève Levesque Catherine Ethier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

En vue de faire découvrir de nouvelles expressions de langue française et d’enrichir au passage nos interactions quotidiennes, l’Office québécois de la langue française (OQLF) est allé chercher la chroniqueuse Catherine Ethier pour produire Le petit guide du parler formidable, sous forme de capsules vidéo. Celles-ci portent sur un sujet chaud — mais abordé avec humour —, à savoir celui de se faire servir en anglais au restaurant, au magasin et au café. Le Devoir a rencontré la chroniqueuse.

Pourquoi avez-vous accepté de devenir le visage (et le cerveau !) derrière Le petit guide du parler formidable ?

Je trouve que c’est une belle façon de se battre pour le français, quelque chose que j’essaye de faire d’une certaine façon dans tous mes mandats. On me dit souvent que je parle comme un dictionnaire, mais ce n’est pas un personnage, c’est ma façon de m’exprimer. C’est intéressant aussi parce que les capsules sont un peu funny, dans la légèreté, alors que les gens se fâchent souvent lorsqu’il est question de parler français.

Et vous, comment réagissez-vous lorsqu’on vous sert en anglais dans un commerce ?

Je suis toujours polie, mais je réponds en français. La plupart du temps, la personne comprend et je trouve qu’il n’y a rien de plus charmant que quelqu’un qui fait un effort pour essayer de parler en français. Plus jeune en revanche, j’étais intimidée lorsque les gens me parlaient en anglais et j’avais tendance à répondre en anglais en m’excusant de mon accent. Je trouve qu’il faut plutôt être fier de parler français et qu’on a tendance à plier un peu trop facilement lorsqu’une personne parle anglais.

Avez-vous rédigé vous-même les capsules ?

Oui ! L’OQLF m’a laissé beaucoup de liberté. Il a accepté mon ton un peu décalé.

Je sais bien que la vie est très occupée, qu’on n’a pas nécessairement le temps de se mettre de la dentelle sur la noix pour déclamer nos plus belles phrases, mais parfois c’est le “fun” de faire un petit effort

Vous êtes dans différents médias, que ce soit à Gravel le matin à ICI Première le vendredi, ou dans le journal Métro, où vous maniez le verbe avec brio. Mais cette carrière n’était pas tracée d’avance pour vous. Quel a été votre parcours et comment êtes-vous tombée amoureuse de la langue française ?

J’ai toujours été forte en français à l’école et j’ai toujours aimé écrire et lire, mais je ne baignais pas dans un milieu très littéraire et je ne pensais jamais que je pourrais en faire carrière. J’avais choisi le chemin des sciences, plus précisément de la biochimie, dans le but de devenir médecin. Une catastrophe ! J’ai finalement abandonné le baccalauréat pour étudier en publicité. Lors de voyages, j’ai commencé à écrire de longs courriels de groupe sur Hotmail : il n’y avait pas Facebook à l’époque. C’était des récits de voyage où j’exagérais, et je me suis rendu compte que je pouvais avoir un public, que les gens aimaient me lire.

Vous aimez beaucoup les expressions : quel est votre coup de cœur en ce moment ?

J’ai toujours aimé porter attention aux expressions. J’habite sur le Plateau, où il y a beaucoup de Français, et j’adore les écouter pour en apprendre de nouvelles. J’écris tout ce que j’entends dans un carnet de notes. Jeune, j’adorais par exemple quand mon grand-père me sortait des expressions du genre : « ce n’est pas lui qui a inventé les springs après les sauterelles », pour dire que ce n’était pas quelqu’un de très brillant. Récemment, j’ai appris cette expression en vieux français que j’aime beaucoup : « y a fait un petit bout sur le poil des yeux. » Ce qui signifie qu’il est tombé face la première. Il y a plusieurs personnes qui ont fait un petit bout sur le poil des yeux cet hiver ! Ça me rend très heureuse de pouvoir placer une expression de ce genre dans une chronique !

Y a-t-il une expression que vous détestez ?

Ces temps-ci, le franglais est très présent et j’utilise moi-même beaucoup de mots en anglais dans mes textes pour créer des effets et faire rire. Mais on entend plusieurs expressions chez les jeunes, comme « I guess que… » Je trouve ça d’une laideur inouïe ! Ça revient toujours, comme une béquille, et au final, ça constitue les trois quarts du vocabulaire d’une personne. Je trouve qu’on s’assoit parfois sur notre français. Je sais bien que la vie est très occupée, qu’on n’a pas nécessairement le temps de se mettre de la dentelle sur la noix pour déclamer nos plus belles phrases, mais parfois c’est le fun de faire un petit effort.

Pour visionner les capsules : https://bit.ly/2HehF4h