Le français se porte-t-il bien dans le monde?

Catherine Martellini Collaboration spéciale
Vue aérienne du marché central de Bamako, au Mali. Le Mali fait partie de ces pays d’Afrique subsaharienne où le français continue de progresser.
Photo: Michele Cattani Agence France-Presse Vue aérienne du marché central de Bamako, au Mali. Le Mali fait partie de ces pays d’Afrique subsaharienne où le français continue de progresser.

Ce texte fait partie du cahier spécial Semaine internationale de la francophonie

À l’heure où l’anglais s’impose comme langue internationale, on pourrait penser que le français perd peu à peu du terrain. Or, ce dernier serait plutôt en progression, nous apprend l’ouvrage La langue française dans le monde.

Depuis 10 ans, on dénombre 35 millions de francophones de plus à l’échelle planétaire, soit un total de 300 millions, fait état l’ouvrage La langue française dans le monde, rapport quadriennal de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), publié par Gallimard le 3 avril.

L’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone (ODSEF), dont le siège social est à l’Université Laval, a contribué une troisième fois à cette édition, sa première collaboration datant de sa fondation, en 2009. Son apport à l’ouvrage est significatif : son réseau de chercheurs provenant de 40 pays dans le monde a permis d’ajouter de la rigueur au processus de dénombrement des francophones en fournissant à l’OIF des données de qualité.

« Il n’existe pas de recensement international du nombre de francophones dans le monde », souligne Richard Marcoux, professeur titulaire au Département de sociologie de l’Université Laval et directeur de l’ODSEF.

Grâce au travail de l’ODSEF, le calcul du nombre de francophones repose maintenant à 93 % sur des statistiques fiables. « Pour un pays comme Monaco qui compte 250 000 habitants, que l’on obtienne des données de 92 % ou de 95 %, l’écart ne gêne pas trop, mais pour la République démocratique du Congo, où les estimations variaient auparavant de 15 à 60 millions de francophones, la marge d’erreur n’avait aucun sens. »

L’Afrique, reine du français

« Des 300 millions de francophones, 235 millions font partie de ce qu’on appelle la galaxie francophone, soit les pays pour lesquels le français est une réalité, c’est-à-dire où on trouve de l’affichage en français et une population qui le parle », précise Richard Marcoux.

C’est le cas de la France, du Québec, de certains pays du Maghreb, comme le Maroc, la Tunisie, l’Algérie, et de l’Afrique subsaharienne.

65 millions d’autres font partie d’un pays où le français n’est pas une langue officielle ou n’est pas une réalité quotidienne.

Dans la galaxie francophone, 90 % proviennent de l’Afrique, dont 75 % de l’Afrique subsaharienne et 15 % de l’Afrique du Nord.

« Cette progression s’explique d’abord par la forte croissance démographique des pays d’Afrique subsaharienne, mais aussi par des investissements majeurs dans l’éducation en français dans des pays comme le Sénégal, le Burkina Faso et le Mali », ajoute-t-il.

Tout n’est toutefois pas rose pour cette région qui doit faire face à des enjeux de taille liés à la qualité de l’enseignement et au climat sociopolitique. « Au Burkina Faso, les écoles se vident par crainte des parents d’y envoyer leurs enfants à cause du climat d’insécurité qui y règne. Même les enseignants ne veulent plus se présenter, car ils sont menacés », note le directeur de l’ODSEF.

Si le français en Afrique progresse, les pays asiatiques, eux, sont parmi ceux où la langue de Molière connaît peu d’essor. Il en va de même en Europe du Nord, où des pays comme la Finlande, la Norvège, les Pays-Bas et la Suède, qui jouissent d’une langue nationale très forte, s’orientent vers l’anglais plutôt que le français dans l’apprentissage d’une autre langue.

Être ou ne pas être francophone

Le plurilinguisme prend également le pas sur l’unilinguisme, observe-t-on. C’est pour cette raison que dans les estimations, la langue maternelle n’est pas choisie pour définir ce qu’on entend par « francophones » dans le monde.

« Si on ajoutait cette dimension à la définition, il n’y aurait pratiquement aucun francophone en Afrique, soutient Richard Marcoux. Léopold Sédar Senghor et Dany Laferrière, tous deux membres de l’Académie française, ne seraient donc pas considérés comme des francophones ! »

Bien que l’ODSEF tente d’harmoniser les définitions de « francophones » en les adaptant aux réalités de chacun des pays, des différences demeurent. En Afrique, par exemple, c’est la capacité à lire et à écrire en français qui se révèle un bon indicateur de la francophonie sur ce continent.

Au Canada, c’est la définition de Statistique Canada qui est utilisée, soit la capacité de parler dans les deux langues officielles, ce qui correspondrait à 10 millions de personnes. Cela inclut les gens de langue maternelle anglaise, qui utilisent l’anglais comme langue parlée à la maison, mais qui lors du recensement déclarent être à même de comprendre et de s’exprimer en français dans une conversation.

De plus, ce n’est pas parce que le français a progressé que cela signifie a contrario que l’anglais régresse. « L’anglais est vraiment en train de se consolider comme langue internationale : elle est partagée par des milliards d’individus comme première langue, mais aussi comme langue seconde et tierce. On est vraiment dans un contexte plurilingue. »

Des présentations de l’ouvrage La langue française dans le monde sont prévues à Québec, le 11 avril au Salon international du livre de Québec, et le 12 avril prochain à Montréal, à Bibliothèque et Archives nationales du Québec.