Les proches de Jocelyne Lizotte témoignent de leur douleur

Hanaé Désautels, une des petites-filles de Jocelyne Lizotte, a témoigné du déchirement que vit sa famille depuis la mort tragique de sa grand-mère. Elle était accompagnée de son père, David Désautels, fils de Mme Lizotte, et de sa mère, Nancy Guénette, qui ont également livré leur témoignage.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Hanaé Désautels, une des petites-filles de Jocelyne Lizotte, a témoigné du déchirement que vit sa famille depuis la mort tragique de sa grand-mère. Elle était accompagnée de son père, David Désautels, fils de Mme Lizotte, et de sa mère, Nancy Guénette, qui ont également livré leur témoignage.

La décision que rendra la juge au procès de Michel Cadotte, qui a exposé le drame quotidien des proches aidants, sera l’une des plus difficiles de sa carrière, a-t-elle confié, alors que la défense réclame une probation de six mois et la Couronne, huit ans d’emprisonnement.

« Je sais que ma décision ne fera pas l’unanimité. Je ne vais pas ramener Jocelyne [Lizotte], je ne vais pas ramener sa santé, je ne vais pas effacer la maladie d’Alzheimer ni les CHSLD, et je ne vais pas refaire la Loi sur l’aide médicale à mourir », a prévenu la juge Hélène Di Salvo. Elle rendra sa décision le 25 mai.

Les observations sur la peine à imposer à M. Cadotte se sont tenues vendredi au palais de justice de Montréal.

L’homme de 57 ans a été reconnu coupable le mois dernier d’homicide involontaire. Le 20 février 2017, il a étouffé sa femme, Jocelyne Lizotte, qui souffrait de la maladie d’Alzheimer. Un an plus tôt, il avait tenté d’obtenir l’aide médicale à mourir pour sa femme, mais elle lui avait été refusée.

« Je vais rendre une décision difficile, mais qui va correspondre à tout ce que j’ai entendu au cours de ce procès, et sachez que je vais parler de Jocelyne [Lizotte] », a-t-elle souligné.

Famille déchirée

Plusieurs membres de la famille de Jocelyne Lizotte ont témoigné des conséquences de cette mort tragique. Une des plus grandes répercussions du drame a été l’éclatement de la famille. Si tous ont confié comprendre la détresse vécue par M. Cadotte, plusieurs ont dit être incapables de lui pardonner.

« Malgré tout ce que tu as pu faire pour ma mère avant [le drame], pour moi, tu resteras celui qui l’a empêchée d’avoir une mort douce, paisible et naturelle », a lâché Danick Désautels, le fils de Mme Lizotte.

Une des petites-filles de Mme Lizotte a décrit le déchirement qui la tourmente dans une lettre adressée au tribunal. « Je ne m’identifie pas comme faisant partie d’un bord ou de l’autre. Il n’y a ni blanc, ni noir, plutôt du gris […] Je ne pense pas pouvoir te le pardonner, mais je comprends [pourquoi tu as fait ça] », a écrit Hanaé Désautels. Sa mère, Nancy Guénette, s’est désolée que la mémoire de Mme Lizotte soit à tout jamais associée à « la personne morte sous l’oreiller ».

Pardon difficile

Assis dans le box des accusés, M. Cadotte a essuyé ses larmes après chaque témoignage. Il a été le dernier à s’avancer à la barre des témoins, où il a demandé pardon aux proches de Mme Lizotte.

« Je me sens tellement les mains sales depuis que c’est arrivé. Je ne pourrai jamais oublier ça […] Je suis désolé que Jocelyne soit partie. J’aimerais ça qu’on me pardonne, mais je ne sais pas si ce sera possible », a-t-il laissé tomber.

Avant lui, la juge a pu entendre le Regroupement des aidants naturels du Québec et la Fédération québécoise des sociétés d’Alzheimer, qui ont témoigné de la détresse quotidienne des proches aidants.

L’avocat de M. Cadotte, Nicolas Welt, a d’ailleurs rappelé que l’inculpé a été l’aidant naturel de sa femme durant plusieurs années. Il a plaidé que les remords éprouvés par M. Cadotte, le fait qu’il était déprimé à l’époque, son potentiel de réhabilitation et sa volonté de suivre une thérapie devraient tous être pris en compte par la juge qui devra déterminer la peine. La défense recommande une peine de six à douze mois de prison ; or, M. Cadotte a déjà passé près de sept mois (205 jours) en détention préventive à la suite de son arrestation en 2017.

La procureure Geneviève Langlois a plaidé que la société avait besoin de savoir qu’on ne peut pas ainsi causer la mort d’autrui, même si l’on souffre énormément et qu’on est épuisé. La peine appropriée serait de huit ans de pénitencier, a-t-elle suggéré.

Avec La Presse canadienne
 



Une version précédente de ce texte, qui indiquait erronément qu'Hanaé Désautels était la fille de M. Danick Désautels, a été corrigée.