Bientôt une politique d’égalité homme-femme à l’UMQ

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Extrait de la bande dessinée publiée par l’Union des municipalités du Québec à l’occasion de la Journée internationale des femmes.
Photo: Sophie Bédard Extrait de la bande dessinée publiée par l’Union des municipalités du Québec à l’occasion de la Journée internationale des femmes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Journée internationale des femmes

La mairesse de Sainte-Martine, Maude Laberge, a été nommée l’an dernier présidente de la Commission Femmes et gouvernance de l’Union des municipalités du Québec (UMQ). À l’occasion de la Journée internationale des femmes, elle revient sur ce qui freine aujourd’hui encore la parité en politique municipale et sur les solutions que l’Union met en place pour accélérer le mouvement.

Est-ce que ça reste difficile de s’imposer en politique municipale lorsque l’on est une femme ?

Maude Laberge : Les statistiques parlent d’elles-mêmes, puisque l’on ne compte que 18 % de mairesses aujourd’hui. Plusieurs raisons expliquent cela, mais l’enjeu économique est important. Il y a plus de femmes dans les municipalités où il y a des partis politiques parce qu’il est devenu mal vu de présenter des listes qui ne sont pas paritaires. Or, ce sont souvent les plus grandes villes, et les salaires y sont décents. Dans les plus petites municipalités, lorsqu’elles doivent concilier le travail en mairie et un autre emploi pour payer l’hypothèque, sans parler de la conciliation travail-famille pour les plus jeunes d’entre elles, c’est certain qu’elles y réfléchissent à deux fois.

L’UMQ lance une bande dessinée sur le sujet, et la première planche, publiée hier (le 8 mars), évoque plutôt la confiance en soi. Les femmes auraient-elles plus de mal à faire le pas ?

Plusieurs études démontrent qu’un homme à qui on fait une proposition va donner sa réponse tout de suite. Une femme va prendre un temps de réflexion pour déterminer comment concilier toutes les sphères de sa vie. Il faut lui reposer la question quatre fois avant qu’elle dise oui. La politique municipale, les femmes pensent a priori que ce n’est pas pour elles parce qu’elles croient ne rien y connaître en voirie, en déneigement, en traitement des eaux, etc. Or, c’est le volet qualité de vie qui prend de plus en plus de place : l’environnement, la politique familiale, etc. Et ça, sans tomber dans les stéréotypes, ce sont des domaines qui sont traditionnellement plus féminins.

Nous comptons à peu près 2 % de mairesses de plus chaque élection

Quel est l’objectif de cette bande dessinée ?

De conscientiser les élus qui sont déjà là, tout le monde n’en étant pas au même point dans cette réflexion. Mais aussi de toucher le grand public afin d’aller chercher plus de candidates aux prochaines élections. Nous allons publier huit planches — une par semaine —, toutes issues de témoignages. Et chaque fois, nous souhaitons créer un momentum. Cela fait partie de notre plan d’action consistant à travailler en continu. Auparavant, nous nous mobilisions un an avant les élections environ. Mais il s’agit maintenant de changer les mentalités, et ça, c’est un travail de tous les jours.

Vous travaillez également à la mise en place d’une politique d’égalité au sein de l’UMQ…

Elle devrait être finalisée et votée lors des prochaines assises de l’UMQ en mai. Il s’agit d’entériner des mesures permettant à terme d’atteindre la zone de parité, qui se situe entre 40 et 60 %. Ça passe par le partage de connaissances et d’informations sur les bienfaits de l’égalité homme-femme en politique. Mais aussi par une gouvernance plus paritaire au sein des instances de l’UMQ, tant politiques qu’administratives, et par la mesure des résultats à la suite des décisions adoptées. Nous avons déjà quelques statistiques à l’UMQ, qui nous permettent d’avancer, mais il nous en faut plus si nous voulons aller plus vite.

Constate-t-on quand même des avancées en la matière ?

Très, très lentes puisque nous comptons à peu près 2 % de mairesses de plus à chaque élection, donc tous les quatre ans. Nous avons jugé bon d’accélérer la cadence ! Ce que l’on constate tout de même, c’est que chez les moins de 35 ans, on est dans la zone de parité ; 42 % des maires et conseillers étant des mairesses et conseillères. Chez les plus de 65 ans, elles ne sont que 6 %… Le problème, c’est que les moins de 35 ans ne représentent que 5,5 % des élus municipaux parce qu’ils ont trop de chose à concilier à ce moment de leur vie. Dans les petites municipalités, on trouve surtout des retraités puisqu’ils touchent leur pension. On en revient toujours à l’enjeu économique…

Il s’agit pourtant bien d’un enjeu de société puisque plusieurs études démontrent que la population vit mieux là où la parité est atteinte…

On y gagne notamment des points d’espérance de vie, et ce sont d’ailleurs les hommes qui en profitent le plus ! Sans vouloir tomber dans les stéréotypes, les hommes et les femmes ne réfléchissent pas de la même manière, ils analysent différemment les situations. Lorsqu’une décision est prise par une assemblée paritaire, elle tient donc compte de plus de critères, et elle est donc logiquement meilleure.