Des organisations partent en lutte contre le gaspillage alimentaire

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Photo: La Transformerie

Ce texte fait partie du cahier spécial Alimentation

Au Canada, on évalue le gaspillage alimentaire à 11,2 millions de tonnes chaque année du début à la fin de la chaîne alimentaire, de la fourche à la fourchette. Cela représente suffisamment d’aliments pour nourrir toute la population pendant près de cinq mois… De plus en plus de gens et d’organisations s’insurgent contre cette situation et tentent de lutter contre le phénomène.

Rien ne se jette, tout se transforme, pourrait-on dire. Transformer une carcasse de poulet en bouillon. Congeler ou mettre dans la boîte à lunch les restants et les petites portions. Utiliser les fruits trop mûrs pour en faire des smoothies, des tartes et des compotes, ou les carottes et le brocoli fatigués pour un potage… Toutes ces options sont à considérer plutôt que de jeter les aliments, explique Recyc-Québec sur son site Web.

L’organisme rappelle par ailleurs que le gaspillage alimentaire est un enjeu planétaire important. Le tiers de la nourriture produite dans le monde est perdu ou jeté, ce qui équivaut à environ 1,3 milliard de tonnes par an. Par ailleurs, la nourriture produite mais non consommée occupe inutilement près de 1,4 milliard d’hectares de terres, ce qui correspond à la superficie du Canada et de l’Inde réunis. Plus encore, la production de toute cette nourriture perdue ou jetée requiert environ un quart de toute l’eau utilisée en agriculture chaque année.

11,2 millions
Nombre de tonnes d’aliments dont ont évalue le gaspillage chaque année au Canada

Sans compter que l’enfouissement ou l’incinération de ces aliments génère des émissions de gaz à effet de serre qui contribuent aux changements climatiques. Et que le gaspillage alimentaire a également des impacts sur le pouvoir d’achat, puisque les 140 kilos de nourriture jetés chaque année par un ménage moyen génèrent une perte annuelle de 1100 $.

« Sauver » les fruits et légumes

Autant de raisons qui poussent de plus en plus de citoyens à réagir et à créer des organisations destinées à utiliser ces résidus encore bel et bien consommables. Parmi celles-ci, Loop, qui transforme les mal- aimés de l’industrie alimentaire en boissons que l’on peut aujourd’hui trouver dans la plupart des épiceries au Québec.

« Il y a trois ans environ, j’ai reçu un appel de Frédéric Monette, raconte David Côté, cofondateur de Loop. Il travaillait chez Courchesne Larose et il voulait que je vienne dans l’entrepôt. Il y avait là tout un mur de fruits et légumes qui allaient être jetés… 16 tonnes de fruits et légumes. C’était comme ça tous les jours. Le gaspillage alimentaire, on en parle de plus en plus, on entend des statistiques, mais quand tu te retrouves devant un mur comme ça, ça donne les frissons. Il fallait agir. »

Photo: Sylviane Robini David Côté, Julie Poitras-Saulnier et Frédéric Monette veulent «sauver» les fruits et légumes destinés à être jetés.

À l’époque à la tête de Rise Kombucha et de la chaîne de restaurants bios Crudessence, David Côté entraîne Frédéric Monette et Julie Poitras-Saulnier, une autre passionnée de l’alimentation. Ensemble, ils décident de « sauver » ces fruits et légumes en les transformant en jus pressés à froid.

Depuis, ils commercialisent également des bières faites à partir de miches de pain destinées à être jetées. Et bientôt arrivera un gin fait à partir de pommes de terre récupérées chez un industriel québécois des chips et des pizzas confectionnées avec les surplus de légumes. La pulpe des jus entre également dans la composition de la pâte.

Des aliments de qualité

La Transformerie est une autre de ces organisations utilisant l’économie circulaire pour lutter contre le gaspillage alimentaire. Son credo à elle : les fruits et légumes jetés chaque jour non pas par les grossistes, mais par les épiceries elles-mêmes. Elle les collecte, en redistribue une partie à des organismes de bienfaisance et transforme le reste en tartinades salées ou sucrées, vendues ensuite dans les épiceries où les denrées auront été collectées.

« À l’époque, j’étais chef aux 400 coups et Thibault Renouf proposait des produits locaux aux chefs de Montréal, raconte Guillaume Cantin, co-instigateur du projet. Il m’a lancé le défi de cuisiner un souper gastronomique à partir de produits récupérés dans les conteneurs d’épiceries. Au départ, je n’étais pas très chaud à l’idée, puis j’ai décidé de relever le défi. Je n’ai pas vraiment été surpris par la quantité de produits, mais plutôt par leur qualité. Je m’attendais à ce qu’ils soient moisis ou abîmés, mais beaucoup étaient mûrs, à point. »

Photo: La Transformerie Guillaume Cantin, Marie Gaucher, Thibault Renouf et Bobby Grégoire ont fondé La Transformerie pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

Dès le mois d’avril, les produits seront sur les tablettes de trois épiceries partenaires et six mois plus tard, une dizaine d’enseignes participeront au projet.

« L’idée n’est cependant pas de sortir des millions de pots, explique M. Cantin. Nous souhaitons plutôt capter l’attention, sensibiliser, éduquer à la fois les commerçants et les consommateurs, afin que chacun réfléchisse à ses propres pratiques. L’économie circulaire n’est pas une finalité. À terme, il s’agit bien d’enrayer le gaspillage alimentaire à tous les niveaux de la chaîne. »