SNC-Lavalin poursuit son ancien p.-d.g. Pierre Duhaime

Pierre Duhaime a plaidé coupable en février dernier à l’accusation d’avoir aidé un fonctionnaire à commettre un abus de confiance.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Pierre Duhaime a plaidé coupable en février dernier à l’accusation d’avoir aidé un fonctionnaire à commettre un abus de confiance.

SNC-Lavalin réclame plusieurs millions de dollars en dédommagement à son ancien p.-d.g. Pierre Duhaime, à qui elle reproche d’avoir nui à son image à la suite de son implication dans le scandale ayant entouré la construction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

« Les fautes commises par […] Pierre Duhaime ont eu pour conséquence de lier, dans l’opinion publique, SNC-Lavalin aux individus accusés ou condamnés pour des infractions criminelles, ternissant ainsi l’excellente réputation dont jouissait [la firme d’ingénierie] au Québec et à travers le monde », peut-on lire dans une requête déposée il y a quelques jours au palais de justice de Montréal.

SNC-Lavalin avait entrepris une poursuite civile l’an dernier contre plusieurs anciens hauts dirigeants. Elle y a ajouté le nom de M. Duhaime puisque celui-ci a plaidé coupable en février dernier à l’accusation d’avoir aidé un fonctionnaire à commettre un abus de confiance. L’ancien p.-d.g. a écopé de 20 mois d’emprisonnement à domicile.

Lors des audiences, la Couronne a relaté que l’ex-directeur général adjoint du CUSM, Yanaï Elbaz, avait fourni des informations privilégiées à SNC-Lavalin afin de favoriser le géant de l’ingénierie dans sa soumission pour l’obtention du contrat de construction du mégahôpital. M. Duhaime a reconnu avoir fermé les yeux sur les stratagèmes collusoires.

Yanaï Elbaz et Arthur Porter, ex-président du CUSM, avaient reçu 22,5 millions de dollars pour truquer le processus d’appel d’offres en faveur de SNC-Lavalin.

M. Porter est mort dans une prison du Panama en 2015, avant de subir son procès dans cette affaire.

« Le détournement de fonds a causé des pertes pécuniaires à SNC-Lavalin et a porté atteinte à sa réputation, en particulier au Québec », fait valoir l’entreprise.

Yanaï Elbaz avait plaidé coupable à quatre chefs d’accusation : acceptation d’un pot de vin, trafic d’influence, abus de confiance et blanchiment d’argent. Il a été condamné à 39 mois de prison.

Cette poursuite n’est aucunement liée aux allégations de collusion et de corruption avec le gouvernement libyen qui retiennent actuellement l’attention au fédéral.

Mauvaise foi reprochée

SNC-Lavalin reproche à M. Duhaime d’avoir agi de mauvaise foi en négociant une indemnité de départ lorsqu’il a démissionné en mars 2012. Il avait également obtenu une entente qui prévoyait le paiement de tous les frais d’avocats liés à tout dossier concernant ses fonctions de président-directeur général.

« M. Duhaime s’est volontairement abstenu de divulguer à SNC-Lavalin ses actes criminels […] Si SNC-Lavalin avait eu connaissance de tels actes, elle l’aurait congédié et n’aurait jamais conclu d’entente avec lui », soutient l’entreprise.

SNC-Lavalin réclame environ 7 millions à M. Duhaime. Celui-ci fait également partie d’un groupe de 11 individus à qui elle réclame une somme totale de près de 35 millions de dollars.