Comment valoriser la sphère d’Expo 67?

«Je crois vraiment qu’il s’agit d’une des oeuvres architecturales les plus importantes de la planète», soutient le président du conseil du Buckminster Fuller Institute, David McConville.
Photo: Catherine Legault Le Devoir «Je crois vraiment qu’il s’agit d’une des oeuvres architecturales les plus importantes de la planète», soutient le président du conseil du Buckminster Fuller Institute, David McConville.

Le président du conseil du Buckminster Fuller Institute est inquiet pour l’avenir de la sphère géodésique d’Expo 67. Joint en Californie par Le Devoir, David McConville est au fait que le gouvernement fédéral doit en principe cesser d’occuper la célèbre structure de l’architecte américain en décembre prochain. La Biosphère, le musée de l’environnement, doit alors en principe rendre l’âme.

Rien n’est prévu pour l’instant pour occuper cet espace de l’île Sainte-Hélène, bien qu’Ottawa se soit engagé à dépenser 10 millions pour en éclairer la structure au cours des prochaines années. « Il y a quelque chose de paradoxal », affirme M. McConville, à voir l’attention consacrée « au spectacle de cette sphère plutôt qu’à sa substance ». Il faut, selon lui, s’intéresser d’abord à son intégrité, à la synergie du bâtiment. « C’est à cela qu’on doit d’abord penser. »

David McConville considère que la sphère d’Expo 67, signée par Buckminster Fuller mais en partenariat avec Shoji Sadao, est l’une des structures architecturales les plus importantes du monde.

« Je crois vraiment qu’il s’agit d’une des œuvres architecturales les plus importantes de la planète. » À preuve, il évoque les nombreux prix remportés par ce bâtiment avant-gardiste qui fut le pavillon officiel des États-Unis lors de l’Exposition universelle de l’été 1967. Fuller a reçu la médaille d’or de l’Institut royal des architectes britanniques (1968) et la médaille d’or de l’American Institute of Architects (1970) en reconnaissance du fait que la structure renfermait le plus d’espace avec le moins de matériaux.

« Ce n’est pas la plus grande sphère qu’ait conçue Buckminster Fuller. Mais c’est la plus grande qui soit aussi légère. Et c’est à ce titre, entre autres choses, qu’on avait reconnu son génie. C’est par ailleurs, à ma connaissance, le seul bâtiment qui ait inspiré un modèle moléculaire d’un Prix Nobel, sir Harold Kroto. »

Le président du conseil du Buckminster Fuller Institute a vécu quelque temps à Montréal. « La vision qu’avait Fuller de son œuvre s’intègre bien à ce que sont les Montréalais. Pour Fuller, le dôme incarne les principes d’intégrité et de synergie qui, je crois, en disent long sur le caractère et les aspirations de Montréal. Plusieurs projets et mouvements contemporains de Montréal sont imprégnés de l’esprit de la vision originale de Fuller pour le pavillon américain, qu’il proposait d’ailleurs comme lieu de rassemblement international. »

À son sens, les idéaux de l’architecte décédé en 1983 perdurent dans les préoccupations montréalaises du développement durable, des arts médiatiques, de la santé planétaire, de l’innovation sociale et technologique, des laboratoires vivants et un large engagement pour l’égalité et de l’éducation.

C’est dans cette direction, croit-il, que doit être pensée l’utilisation future de ce dôme géodésique unique. En 2018, à l’occasion de consultations publiques tenues à Montréal, cet organisme américain qui veille à la pérennité de l’œuvre de l’architecte avait fait des recommandations à la Ville qui vont d’ailleurs en ce sens.