La Ville de Chambly visée par l’UPAC et mise sous tutelle

L’UPAC s’est rendue à l’hôtel de ville de Chambly mercredi matin.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’UPAC s’est rendue à l’hôtel de ville de Chambly mercredi matin.

Au centre de nombreuses polémiques depuis des mois, la Ville de Chambly a été placée sous tutelle par le gouvernement du Québec mercredi. Cette décision a été prise alors que l’Unité permanente anticorruption (UPAC) procédait à des perquisitions à l’hôtel de ville ainsi que dans deux autres édifices municipaux.

La ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, a indiqué que la tutelle avait été décrétée à la suite de vérifications effectuées par la Commission municipale du Québec (CMQ) concernant la gestion de la Ville et les allégations sur des manquements en matière d’éthique et de déontologie. Mais les perquisitions de l’UPAC ont précipité la décision du gouvernement, a-t-elle reconnu en point de presse : « Là, l’UPAC est arrivée ce matin à la ville de Chambly. C’est certain qu’on est porté à croire qu’il y a eu des événements ou des gestes qui ont été posés. »

« Il est essentiel pour moi d’assurer le bon fonctionnement de la ville pour ses citoyens, a-t-elle poursuivi. On veut une tutelle parce qu’il n’y a plus de lien de confiance. »

Des tuteurs seront bientôt nommés. En parallèle, la Commissaire à l’intégrité municipale et aux enquêtes (CIME) procède également à sa propre analyse.

La Ville de Chambly et son maire, Denis Lavoie, sont sous le feu des critiques depuis des mois.

En novembre dernier, la ministre Laforest avait demandé à la CMQ d’examiner les agissements du maire Lavoie à la suite d’un reportage de l’émission Enquête. Radio-Canada avait diffusé des extraits d’enregistrement du maire Lavoie démontrant qu’il avait tenté d’utiliser ses fonctions pour faire congédier un entraîneur de soccer. M. Lavoie s’est aussi fait reprocher l’usage répété de poursuites contre des citoyens de sa municipalité pour des propos qu’il jugeait diffamatoires. Des employés ont également fait état d’un climat de travail tendu.

L’administration Lavoie a par ailleurs essuyé de nombreuses critiques après qu’elle eut ordonné la démolition de la maison Boileau, un édifice patrimonial dont la Ville était propriétaire.

La CMQ « accompagnera » la Ville de Chambly jusqu’à ce que la lumière soit faite dans ce dossier. Le conseil municipal continuera de se réunir et d’adopter des résolutions et des règlements nécessaires à son fonctionnement, mais toutes ses décisions devront être approuvées par la CMQ. Celle-ci pourra aussi obliger la Ville à exécuter certaines mesures et aura des pouvoirs spécifiques en matière financière, comme l’approbation du budget et le recouvrement de taxes impayées.

L’UPAC débarque

En matinée mercredi, l’UPAC s’était présentée à l’hôtel de ville de Chambly ainsi que dans les bureaux administratifs et le garage de cette municipalité de la Rive-Sud de Montréal afin de procéder à des perquisitions. Tous les bureaux de la Ville ont été fermés et les employés ont dû retourner à la maison pour la journée.

En entrevue à TVA Nouvelles, le maire de Chambly, qui est au repos depuis novembre dernier, a reconnu être visé par l’enquête de l’UPAC. Lui-même un ancien policier, Denis Lavoie a reproché à l’UPAC de s’être présenté à l’hôtel de ville sans avertissement. « C’est de valeur. Ces gens-là, au lieu d’agir de même, ils seraient venus nous voir et on leur aurait donné un bureau et on leur aurait même payé le café », a-t-il déclaré.

Les policiers n’ont effectué aucune arrestation et l’enquête se poursuit, a indiqué l’UPAC.

Les employés municipaux reviendront au travail jeudi matin. « On attend que des directives soient données à la Ville. On n’a pas plus d’informations que vous », a indiqué Micheline Le Royer, du Service des communications de la Ville.

Denis Lavoie est maire de Chambly depuis 2005 et a été réélu à trois reprises. Il a été auparavant enquêteur à la Sûreté du Québec et avocat.

Avec La Presse canadienne